Wingfoil : histoire et analyse d’une hybridation

4 Sep. 2020 | Analyses VISION, Glisse, Les incontournables

Nous avons très tôt, parlé du phénomène wingfoil. Il est grand temps d’y revenir, car aussi incongru que ce nouveau jouet ait pu paraître, aux yeux des non-initiés, il est la suite logique du processus de miniaturisation et d’individualisation de la voile. Il est également un pas supplémentaire dans l’évolution tendant nettement vers une interaction plus ludique avec la mer, basée sur un autre imaginaire, tournée vers un autre espace, plus proche de la plage, très longtemps resté un espace de « non-navigation ».

Le wingfoil est surtout la synthèse inattendue de ce que respectivement, le windsurf, le kitesurf et le foil – surtout le supfoil avec ce que nous avions souligné (dès 2016) la possibilité de la lenteur en vol – ont pu apprendre aux développeurs et aux riders.

Par ailleurs, nous en avions parlé, la glisse est un groupe de pratiques, toujours très « libres », qui par conséquent ne sont pas corsetées par des règlements. L’innovation y est donc très présente, voire naturelle, puisque les concepteurs et autres riders n’ont aucune limite entravant leur imagination. Bien au contraire.

Le développement du wingfoil a surpris tout le monde, y compris ceux qui avaient su saisir leur chance quand le kitesurf est apparu. Là, tout s’est passé encore plus vite. Des protos à la distribution, en passant par l’industrialisation, tout n’a pris que quelques mois. Au début, les interrogations étaient nombreuses et légitimes. La glisse a en effet souvent produit son lot d’innovation, de rupture… avec le client.

Ce nouvel avatar un peu bizarre, très radical au premier abord avait-il un avenir ? À peine plus d’un an plus tard où en est-on ?

Beaucoup de questions ont trouvé leurs réponses :

  • Le wingfoil est une nouvelle pratique à part entière
  • Contrairement à ce que l’on aurait pu penser, c’est relativement accessible. Au moins pour ceux qui ont un bagage windsurf, kitesurf, surf ou similaire.
  • Il n’y a pas de composante « risque » comme en kitesurf.
  • La mise en œuvre est moins contraignante, toujours comparé au kitesurf. Le départ peut en effet se faire de presque n’importe où, et sans aide extérieure.
  • Le wingfoil semble être la manière la plus aisée (toute proportion gardée) d’apprendre à foiler.
  • Le matériel requis est moins contraignant que le foil en windsurf (planche plus petite, pas de gréement proprement dit), la configuration matérielle est plus simple.
  • La plage de vent requise est en pleine évolution mais elle s’élargit.
  • Les écoles de kitesurf peuvent facilement s’en saisir, aux autres structures de faire de même (écoles de surf ou de voile notamment).

S’il est un peu tôt pour en tirer des conclusions définitives, on peut d’ores et déjà tracer quelques grandes lignes :

  • Le wingfoil possède assez d’atouts pour s’installer dans le paysage nautique.
  • C’est une synthèse entre le windsurf, le kitesurf et le surf. Il a ses avantages et ses inconvénients, mais c’est un concept marquant.
  • L’annulation totale de la puissance est un avantage en matière de sécurité et un atout en surf. Cela ouvre des perspectives entièrement nouvelles.
  • Le wingfoil doit beaucoup au… stand-up paddle à foil et créé une vraie connexion avec le surffoil.
  • Il pourrait faire de l’ombre au windsurf.
  • Les nouvelles générations, Kai Lenny, Titouan Galea, mais aussi Bobo Gallagher (entre autres) s’en saisissent et vont agrandir très rapidement le champ des possibles. L’attractivité suivra.
  • Que des personnalités comme Loïck Peyron aient été vues en wingfoil est très révélateur.
  • Enfin, et surtout, serait-on tenté de dire, le wingfoil n’est ni un sport de puissance ni un sport de vitesse, et sa symbolique est très forte. Elle invite à une autre façon de naviguer.

C’est une pratique d’équilibre et de sensation.

En cela, elle ne se situe pas dans le champ des valeurs (majoritairement masculines) dominantes aux 19e et 20e siècles : puissance, vitesse, performance absolue, notamment liées au capitalisme, comme le soutenaient Jean Marie Brohm ou d’une façon moins politique Albert Jacquard. Par ailleurs, c’est un sport par essence très nomade. Peu de matériel requis, aisément transportable. C’est aussi un sport d’efficience (capter au mieux l’énergie renouvelable) pour avancer en s’appuyant sur la technologie (le foil), pour voler au-dessus de l’eau. Remonter la houle avec l’aile, pour la descendre, sans. Le caractère très marqué du Wingfoil, mais aussi cette forte hybridation, pourrait aussi se retourner contre lui. Impossible de le dire aujourd’hui !

Si les constructeurs notamment, n’hypersegmentent pas beaucoup et trop rapidement leur offre comme ils l’ont fait avec le stand-up paddle, et ne donnent pas du sport une image trop complexe, trop radicale, tout ça trop vite, on peut être raisonnablement optimiste.

Share This