Victor Hugo, le peintre, avait une âme de surfer

11 Avr. 2014 | Design

« Je vous écris ceci un peu pêle-mêle, un peu au hasard. Rendez-vous compte de l’état de mon esprit dans la solitude splendide où je vis, comme perché à la pointe d’une roche, ayant toutes les grandes écumes des vagues et toutes les grandes nuées du ciel sous ma fenêtre. J’habite dans cet immense rêve de l’océan, je deviens peu à peu un somnambule de la mer, et, devant tous ces prodigieux spectacles et toute cette énorme pensée vivante où je m’abîme, je finis par ne plus être qu’une espèce de témoin de Dieu. C’est de cette éternelle contemplation que je m’éveille pour vous écrire.

Lettre à Franz Stevens, 10 avril 1856

Victor Hugo dessinait et peignait avec talent. A ce sujet, nous vous invitons à lire ce billet dans le blog de Pierre Assouline. Ce qui nous fascine dans cette peinture  intitulée « Ma Destinée » et peinte en 1867, c’est cette représentation on ne peut plus réaliste d’une très grosse déferlante à la forme parfaite comme on en voit souvent dans la magazines de surf.

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Plume et lavis d’encre brune, gouache, sur papier vélin. 1867.
Paris, Maison de Victor Hugo, Inv. 927. © PMVP

Contrairement à la plupart des marines, celle-ci ne présente pas un navire luttant contre le courant, mais porté par la vague ; elle est comme l’équivalent graphique des propos de Victor Hugo dans son discours Aux marins de la Manche : « en proie aux événements comme vous aux vents, je constate leur démence apparente et leur logique profonde ; je sens que la tempête est une volonté, et que ma conscience en est une autre, et qu’au fond elles sont d’accord ; et je persiste, et je résiste, […] et je fais mon devoir, pas plus ému de la haine que vous de l’écume. »

Dès les premiers voyages, le spectacle de la mer fascine Victor Hugo. Mais c’est l’exil à Jersey puis à Guernesey qui va lui procurer sa véritable rencontre avec l’océan. Tempêtes et naufrages, univers sous-marin, rudesse de la vie des gens de mer, mouvement des vagues et leur murmure qui ressemble à des voix : c’est tout cela que contemple le poète. De là naissent poèmes et romans, des « Pauvres gens » à « Pleine mer » ; de l’univers fantastique des Travailleurs de la mer aux scènes de naufrages dans L’Homme qui rit ou Quatre vingt-treize, et nombre de dessins : tantôt sombres compositions où ciel, terre et océan s’abolissent dans un noir profond, où brouillards, flocons d’écume sont suggérés par des rehauts de gouache blanche, tantôt lavis d’encre traduisant la transparence de l’océan et la dynamique du vent et des vagues. Après l’exil, la mer reste source d’inspiration : « J’ai eu deux affaires dans ma vie, Paris et l’océan », dira-t-il en 1872.

 

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