« Une histoire populaire du football ». Fiche de lecture

10 Avr. 2020 | Culture sportive

Nous avons parlé de football récemment et nous nous en sommes expliqués. Le texte qui suit est une fiche de lecture que nous propose Vincent Chrétien, journaliste sportif et écrivain. Dernier ouvrage paru « La Mémoire et la Mer » aux éditions de la Bête à Cornes. L’idée de ces fiches de lecture sera de temps à autre d’attirer votre attention sur un ouvrage inspirant. 

“ La beauté vient en premier. La victoire en second. L’important, c’est la joie. ” (Socrates, célèbre joueur brésilien des années 80, surnommé “le Docteur”.

Le pitch du livre pour commencer : “ Le football ne se résume pas au foot-business : depuis plus d‘un siècle, il a été un puissant instrument d’émancipation pour les ouvriers, les féministes, les militants anticolonialistes, les jeunes des quartiers populaires et les contestataires du monde entier” : Une Histoire Populaire du Football de Mickaël Correia, publiée en mars 2018 aux éditions de La Découverte, nous propose une histoire “par en bas” du ballon rond et nous rappelle que “le football peut être aussi généreux que subversif”.

 “ Crée par le pauvre, volé par le riche. “ (Banderole déployée par les supporters du Club africain de Tunis à l’occasion d’une rencontre contre le P.S.G. le 4 janvier 2017)

Comme le constate Mickaël Correia dès l’introduction de son ouvrage : “ qu’on le déplore ou non, le constat s’impose. Le football mondialisé, parangon du sport marchand et de sa culture de masse, incarne plus que jamais les dérives du capitalisme débridé. Les grands clubs sont devenus des “marques”. C’est le cas par exemple du FC Barcelone, qu’un de ses dirigeants a comparé récemment, pour s’en réjouir, à la Walt Disney Company : “ ils ont Mickey Mouse, nous, nous avons Lionel Messi. Ils ont Disneyland ? Nous avons le Camp Nou (le stade du Barça). Ils font des films, nous produisons des contenus. Nous ne regardons plus ce que font les autres clubs, car nos référents appartiennent aujourd’hui à d’autres univers”…”

Et à l’auteur de poursuivre quelques pages plus loin : “ En 1918, dans ses chroniques turinoises publiées dans Avanti !, l’intellectuel marxiste Antonio Gramsci analysait déjà le football comme révélateur de l’hégémonie culturelle conquise par la bourgeoisie capitaliste.” Mais, poursuit-il, “ en parallèle de ce football dominant qui tiendra une place croissante dans la culture consumériste, un autre football s’est construit par en bas grâce à sa diffusion au sein des masses populaires.”

 Un autre football

C’est à cet “autre football”, moins médiatisé, que s’intéresse cet ouvrage. “ À rebours des critiques radicales du sport, qui décrivent sans nuance le football comme un nouvel “opium du peuple” et considérant avec hauteur les millions de personnes qui se passionnent pour ce sport comme une masse indistincte d’aliénés, ce livre invite à découvrir ce qu’il y a de subversif dans le football et à s’intéresser à toutes celles et ceux qui en ont fait une arme d’émancipation.” Au cours de l’histoire et aux quatre coins du monde, poursuit Mickaël Correia, le football a été en effet le creuset de nombre de résistances à l’ordre établi, qu’il soit patronal, colonial, dictatorial, patriacal ou tout cela à la fois. “Il a également permis de faire émerger de nouvelles façons de lutter, de se divertir, de communiquer – bref, d’exister.”

“ Social Football Club ”

 Soit, un livre décalé, érudit et généreux (dont nous ne saurions que trop vous recommander la lecture – ça se dévore comme un roman, voire un polar), composé de vingt-deux chapitres “qui font circuler le récit, de manière non linéaire, à la manière d’un ballon, sur cet immense terrain de lutte qu’est la “planète football”, de Manchester à Buenos Aires, de Dakar à Istanbul, de Sâo Paulo au Caire, de Turin à Gaza, (…), des tribunes du Barca sous le joug du franquisme comme sur les terrains sud-africains durant les heures sombres de l’apartheid, dans les clubs ouvriers français de l’entre-deux-guerres comme dans les communautés zapatistes du Chiapas dans les années 2000, …”

Sans oublier les passionnant chapitres où l’on découvre la difficile lutte du football féminin pour exister dans ce monde d’hommes et tenter de “tacler le sexisme et lutter contre le patriarcat sportif” : depuis ses origines (et “la première rencontre internationale de football féminin, qui opposa le 9 mai 1881 l’Ecosse à l’Angleterre” devant une poignée de spectateurs – et suscitera ce commentaire acerbe du journaliste du Glasgow Herald : “D’un point de vue de footballeur, le match était un fiasco, même si certaines avaient l’air de comprendre le jeu”), jusqu’au mois de novembre 1991 où, après sept coupes du monde officieuses, le football féminin entre enfin dans l’arène des grand(e)s avec l’organisation en Chine de la première Coupe du monde féminine sous l’égide de la FIFA, remportée haut la main en finale par l’équipe étatsunienne face aux joueuses norvégiennes devant… 63000 spectateurs…

Vincent Chrétien

“Une Histoire Populaire du Football” de Mickaël Correia aux éditions de La Découverte – 407 pages – 21 euros.

 

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