Ce post a été publié en mai 2014, quand je jetais les bases de Codezero, alors sous forme de blog. Raison pour laquelle il est écrit à la première personne. Il est assez personnel, ce qui est rare dans mon cas. Mais c’est un plaisir de le publier car il résonne bien après le texte sur la voile que vous avez plébiscité il y a quelques jours. D’autres billets ont suivi, nombreux, tout comme les rencontres. Sont arrivés ensuite Rodolphe et Nolan. Codezero est devenue une néo-agence marketing, merci à eux. La suite va être passionnante, ne quittez pas comme on disait avant au téléphone…..

Mes parents n’ont pas eu de Requin, je n’ai pas souvenir de week-end en famille sur un Corsaire, je n’ai pas usé mes fonds de culotte dans un Optimist, nous n’allions pas en vacances, loin s’en faut, dans les West Indies. Aucun aïeul non plus dans la marine, sauf un cousin qu’on disait pêcheur en Bretagne, un autre chercheur d’or dans l’ouest américain parti après un vrai chagrin d’amour. Mon regard ne trouvait que le mur d’une usine de tubes pour ricocher  et lorsque ma grande soeur est revenue des Glénans avec plein de belles choses à raconter, mon coeur était à ce moment là étanche à ce genre d’évocation. Je n’y voyais aucune raison de fuir la morne banlieue parisienne, l’idée même de la quitter m’était encore étrangère. Ma culture de l’eau se limitait aux gorges de l’Ardèche en canöe gonflable avec mon père que je salue au passage pour son enthousiasme et à la pêche à l’éperlan. Je me rappelle même de leur voracité dans le petit port de Saint Jacques, Morbihan. A vrai dire, je préférais le moto-cross et les 24 heure du Mans.

Toujours est-il que quelques années plus tard, la petite photo d’un combi VW avec des surfs sur le toit allait enclencher un processus irréversible… Une porte sur le monde s’ouvrait, mon petit monde ne survécut pas à cette dépressurisation violente. Aspiré, je fus. Ensuite, il y eu le windsurf, la « glisse », le monde, les voyages, la liberté, les vagues pour de vrai, la photo, la presse. Et la réalité aussi. Quel que soit le décor, il y a toujours un envers.

Il m’a fallu des années pour véritablement « voir » un bateau. Avant, ils se contentaient d’entrer dans mon champ de vision. Les choses ont bien changé. Il y a un temps pour tout et au bout du parcours, une certitude, la culture de la mer est un tout.

On peut continuer à aimer AC/DC, redécouvrir les Stones, se mettre à kiffer le dubstep et de l’électro sur le tard et finir par avouer qu’il y a du bon dans le jazz. Il y a des privilèges à « grandir ». C’est un peu pareil pour les bateaux. Un voilier, enfin pas tous, c’est l’élégance sur l’eau et une certaine idée de distance avec le monde. Et puis il y a les vieux bateaux, les chantiers traditionnels, le bois, le coton, les îles et tout l’imaginaire qui va avec, toute l’histoire aussi. La tradition, les temps anciens et les anciens. La mémoire. On dit que le bois a une mémoire. C’est peut-être la raison pour laquelle les bateaux fait avec des arbres en appellent à la nôtre.

Je ne saurais dire quel effet me fait la première minute de ce projet de documentaire, ce teaser date un peu et je le revois chaque fois avec le même frisson. Les images ont un pouvoir, c’est certain.

Thierry Seray