Codezero regroupe un média, une néo-agence marketing et un think tank ; Qu’est-ce qu’un think tank ? : Un groupe de réflexions, une boite à idées, un outil de prospective, une structure qui réfléchit et propose. 

L’idée, c’est de décrypter, d’anticiper, de faire circuler les idées…en open source. Si 2017 aura été l’année où l’agence Codezero aura pris son envol, 2018 sera celle du Think tank qui a commencé à vraiment émerger ces derniers mois au travers du travail de nos premiers Insiders. Luc Bouvier nous propose cette fois-ci une réflexion dense et documentée sur ce qui pourrait bien être le prochain virage de l’industrie. Le retour du sur-mesure, le déclin de la grande série indifférenciée, augurant un changement de mode de production. Bonne lecture, n’hésitez pas à commenter. 

Il y eu le charbon et la machine à vapeur au début du XIX ème, puis l’électricité au début du XX ème. Le troisième temps de la valse advient dans les années 70 avec l’automatisation et l’informatisation qui constituent un préambule à la quatrième révolution industrielle, dont nous ne sommes encore qu’aux prémisses avec la prévalence du procédé sur l’énergie.

Moins de fumée, moins de transport et de stock. L’impression 3D serait en passe de bouleverser au-delà des chaînes de production, nos comportements d’acheteurs et consommateurs. A moins que nos comportements changeants ne soient les précurseurs de cette métamorphose technique.

Avant d’aborder ce tournant industriel et économique pour lequel l’équipement sportif est déjà bien placé {en effet même si le premier brevet du 3D de 1984 est français, aujourd’hui l’Allemagne (pays d’Adidas) et les Etats Unis (Nike) ont pris la tête de cette nouvelle production} il est intéressant de constater en parallèle un changement assez rapide de nos comportements.

Ce changement c’est le goût pour le personnalisé, la mesure. Le signal est faible mais il est là. Noyés sous des quantités incommensurables de produits fast fashion, indifférenciés, parfois d’usage unique tant la qualité est basse, soumis à une tyrannie (douce) du choix, les consommateurs qui n’avaient plus ce genre de considérations, prennent de nouveau à coeur le fait d’investir dans de belles pièces. Même chez les plus jeunes où les hipsters ont amené cela. On cherche du vintage et du beau travail, là encore le double vecteur du sens et de la démarcation. Le numérique a engendré une galaxie de bloggers et autres influenceurs, qui se sont mis à partager de plus en plus sur la qualité des marques, les processus de fabrication ou le savoir faire…Parfois certaines start-up de conseil vestimentaire en viennent à créer leur propre ligne puisqu’en échange permanent avec leurs lecteurs ; citons la réussite de bonnegueule.fr par exemple. Il est indéniable qu’un accroissement qualitatif global s’opère, quand le créneau est possible. Le low cost de la basket à 20 $ et son pendant la sneaker à 150 €. Le made in China et le retour de l’artisanat made in France.

Storytelling, engagement éthique et réel savoir faire sont devenus essentiels aux marques naissantes et PME. Etonnant en ces temps de crise? Non.

Même plutôt logique, moins mais de meilleure qualité « less is more », durable dans tous les sens du terme. Quand tout flanche, il s’agit d’offrir toujours plus de sens en affirmant non plus la personnalité de la marque comme motto (devise), mais celle du client.

La demande d’exclusivité n’a jamais été aussi marquée

Tancrède de Lalun, directeur des achats au Printemps

Ce que réclament les gens, désormais, c’est plus de produits personnalisés et délivrés à la demande.

Denis Pennel

Travail, la soif de liberté (Eyrolles, 2017)

Le sportif aussi n’échappe pas à cette vague et souhaite aussi que son produit lui ressemble. D’autant plus que l’argument de la performance s’ajoute ici. Connaitre de plus en plus, sinon vivre l’expérience, la création de ce qu’on va payer et porter, qui sera fait selon ses goûts, selon son pied. Quid du marché sportif ? Notamment en termes de running ? Produit « récent », il ne s’agit pas réellement du travail du cuir ou de l’artisanat tailleur et ses costumes bespoke créés ex-nihilo pour plusieurs milliers d’euros.

Le marché du textile sportif passera lui sans nul doute par l’impression 3D qui fait la part belle pour l’instant aux polymères et autres matières plastiques recyclées. C’est à la fois l’avantage et une limite, car la création 3D implique essentiellement des matières synthétiques déjà majoritaires dans le textile sportif mais ce qui limite le choix des matières, du moins pour l’instant.

C’est donc la synergie de l’industrie 4.0 et cette évolution comportementale qui façonnent le futur du l’équipement sportif et en premier lieu la chaussure. Vos chaussures faites à votre pied, son déroulé et sa foulée.

L’impression 3 D a le potentiel de révolutionner notre manière de concevoir presque tout.

Barak Obama

Jusqu’à notre révolution industrielle en cours, l’homme a créé et fabriqué de façon soustractive ; sculpter une statue en pierre, en bois ou tailler un costume depuis un rouleau de flanelle. On enlève la matière, on part du brut, les matières premières. Certes la mécanisation, les chaînes de montage fordistes et leurs moules ont modifié le processus, avec de l’assemblage de produits standards mais il restait toujours du rebut.

Avec l’impression 3D, nous sommes dans la fabrication additive, les couches (surtout plastiques pour l’instant mais métal également) sont ajoutées rendant la réalisation la rendant idoine. Le coût de production étant le même pour un prototype (d’ailleurs rendu bien plus facile) que 100000 pièces, il n’est plus vraiment opportun de faire produire dans de lointains outremers taïwanais. C’est la fin des économies d’échelles, des stocks et une baisse considérable des transports.

C’est là un argument important de l’industrie 4.0: sa relocalisation, à laquelle on peut objecter qu’elle ne s’accompagnera pas forcément d’un gain d’emplois, ni même de bienfaits environnementaux, le risque étant une production tous azimuts de gadgets en plastique. Ariel Kyriou de la revue Visions solidaires pour demain à propos de l’industrie 4.0: « l’homme n’existe plus que comme un dieu aux commandes de la machine autonome soit comme un esclave à son entretien. »

L’homme n’existe plus que comme un dieu aux commandes de la machine autonome soit comme un esclave à son entretien.

Ariel Kyriou

A propos de l’industrie 4.0 , Revue Visions Solidaires pour demain

Mais tout de même le processus de conception/design et production d’une basket peut d’ores et déjà passer d’un mois à un jour selon les experts.

Notre conviction, c’est que l’industrie de la chaussure est à la veille d’un bouleversement radical, d’une part les consommateurs vont vouloir des produits de plus en plus personnalisés, d’autre part l’organisation industrielle va évoluer.

Jean-Marc Pambet, président de Salomon

Les marques semblent bien avoir pris le tournant de la personnalisation 3D tels les constructeurs automobiles, celui de l’électrique et le KW à la place du cheval vapeur. On peut citer également Under Armour mais il est un autre exemple plus explicite encore et pour peu que vous acceptiez de payer une centaine de $ une paire de tongs, voici le futur de la chaussure selon nous avec la marque Wiivv.

Basée à San Diego, Wiivv est un pionnier dans la biomécanique en vous faisant une semelle absolument unique. Le modèle est encore plus abouti puisque par une application téléchargeable sur votre smartphone, vous prenez votre pied en photo et dix jours après vous recevez vos sandales/semelles sur mesure. Parfaite illustration de la révolution industrielle en cours ; au 19 eme siècle et avant, tout était sur mesure, mais la variété des matériaux et coloris demeurait modestes, au 20 ème siècle, on observe quasiment une inversion avec l’explosion du choix et une fabrication industrielle. Le marketing WIIV explique à juste titre que le 21 ème siècle va voir la fusion, le syncrétisme des deux : du choix et sur mesure.

Pour le textile sportif, le sur mesure 3D peut attendre par rapport à la chaussure, puisque la démarche et le soutien doit réellement être unique et adapté à votre pratique. Il est à parier que les habits où le sur mesure importe de façon capitale comme les combinaisons de surf ou de plongée s’emparent également du 3D PRINT. À ce sujet, l’acide polyactique (PLA) utilisé dans la fabrication additive est un remplaçant potentiel formidable du bon vieux néoprène que l’on sait polluant puisque biodégradable.

En allant plus loin, l’ère du partage, du Do It Yourself engendre celle du prosommateur. Consommer et/ou produire avec son impression 3D, ses modèles numériques de fabrication additive à emmener à son marchand producteur (dira-t-on mon imprimeur?) ou à faire chez soi. Jeremy Rifkin à qui l’on doit le néologisme affirme par ailleurs que nous sommes d’ores et déjà des prosommateurs de musiques ou de videos.