Les femmes revendiquent une reconnaissance accrue dans le sport. Réfléchir à la place qui doit être la leur oblige à prendre conscience que le sport est un monde d’hommes, imaginé par eux et pour eux, très stéréotypé, basé sur des valeurs majoritairement masculines qui s’ancrent très tôt (performance, puissance, agressivité, violence parfois, vitesse, domination). Des valeurs qui se transmettent sans trop de remise en cause, qu’on valorise assez souvent dans le sport pour la plupart les déplorer quand il s’agit de société. Dans un deuxième temps, on peut donc se demander si les valeurs que propose le sport occidental aux hommes sont les bonnes.

Premier constat, les femmes peuvent très bien s’accaparer les disciplines existantes, mais on peut aussi imaginer que le sport des femmes ne soit pas forcément une déclinaison directe du sport des hommes. Pour les raisons que nous venons d’évoquer. A moins que ce soit faire injure aux femmes de penser qu’elles ne sont pas différentes des hommes. A débattre.

Nous l’avons cité plusieurs fois ici, Michaël Kimmel est un sociologue américain qui a avancé des thèses intéressantes à propos de la masculinité. La masculin de féminité n’est en effet pas la virilité. Que dit Kimmel ? Que le monde change, que la société évolue. Il faut également lire Olivia Gazalé. Elle décortique « Le mythe de la virilité »

Dans les années 1960, à l’époque où j’ai grandi, (source Libération-Next) il y avait trois institutions majeures de socialisation : la famille, l’église et l’école. C’est là qu’on nous apprenait à être de «vrais hommes». Aujourd’hui, j’ajouterai deux autres facteurs : les médias, et surtout, les pairs. Ce sont toujours les autres hommes qui évaluent et qui testent votre masculinité. Prenez la phrase  «ça, c’est un truc de pédé» entendue à longueur de journée, ce sont presque toujours des hommes qui la prononcent.

Michael Kimmel

Il existe un modèle traditionnel de ce que doit être un homme, même si cette définition a changé au fil des années. Quand je demande : «Qu’est-ce que ça veut dire être un vrai homme ?», la plupart des hommes que j’interroge répondent invariablement : être fort, ne pas pleurer, être compétitif, agressif, avoir du succès avec les femmes, réussir financièrement.

Michael Kimmel

Mais Kimmel note beaucoup de changements positifs. Même si beaucoup de progrès restent à faire, les rapports hommes femmes évoluent dans le bon sens dans les sociétés occidentales où la pression religieuse a diminué.

Venons-en enfin à ces deux vidéos. Ohmme est une marque de vêtements de Yoga. Ces modèles font preuve de grandes aptitudes physiques mais ils bousculent les codes habituels. On ne résiste pas au plaisir de souligner dans la première vidéo de l’importance du yoga qui considéré sous cet angle nous ramène également aux images d’entrainements physique en salle, fitness, gymnastique aussi, on citerait bien Frank Medrano pour la partie maîtrise, le parallèle est osé mais on vous invite à y penser. Dans la seconde d’images de mouvements influencés par la danse et les arts martiaux (cf tricking).

Le résultat, une image de l’homme sportif différente ou en évolution pourrait dire notre sociologue américain. La puissance est là, elle s’accompagne de maitrise, d’équilibre au sens propre comme au figuré. Vous avez le droit de préférer Ronaldo. En fait, plusieurs images du sportif ou de la sportive peuvent cohabiter, l’essentiel serait qu’elles soient toutes visibles. Or les médias grands publics n’en donnent à voir qu’une partie, souvent la plus commerciale, en tout cas rarement la plus progressiste. C’est bien en changeant l’image du sportif, de la sportive, en faisant évoluer cet exemple, qu’on pourra agir aussi sur le sens du sport dont nous parlions dans notre dernière analyse.

La place de la femme dans le sport évoluera à mesure que l’image de la « virilité » dans le sport changera elle aussi. « Et si les deux sexes avaient parfois des intérêts communs à déconstruire les stéréotypes et assignations sexués » relevait récemment Télérama. C’est un hypothèse que l’on peut souhaiter.