L’idée sous-jacente est celle qui a toujours présidé au succès du ski et avant même, de la luge : se laisser glisser, parce que c’est un plaisir « élémentaire » que le corps comprend sans que l’on ait besoin de fournir une quelconque explication.

 

Olivier Haralambon, ex-coureur cycliste et philosophe, vient de publier « Le coureur et son ombre » dont nous avons parlé dans nos suggestions de lecture pour l’été. Il ré-enchante le vélo de route, le sort de son contexte, explique sa poésie, va au delà de l’image de l’effort (ou le transcende quand il en parle), de la pesanteur et de la douleur, parle sensation, perception du monde, met un peu d’épaisseur existentiel dans l’exercice. C’est très bien. Le vélo de route a beaucoup de succès, de très nombreux d’adeptes mais sa culture, ses codes ne conviennent pas forcément à tout le monde. Surtout, le surpoids culturel du Tour de France dans l’espace du deux roues a à notre sens étouffé d’autres perceptions du vélo.

Nous avons déjà évoqué ce point précis, ce sont des californiens qui ont inventé le mountain bike. A partir de ce moment là, le VTT est devenu une autre manière de faire du vélo, différente et complémentaire. Considérée comme une mouvance plus libre, il fera parti des sports emblématiques des fameuses Nuits de la Glisse au début des années 80. Plus tard, le mountain bike se fera malgré tout rattraper par la culture cycliste (pédaler, faire des efforts) tout le monde n’a pas la fibre poétique d’Haralambon. La fédération française récupérant le bébé, et n’envisageant que la compétition comme finalité, ce qui n’était absolument pas l’ADN de départ. Enfin, sous l’influence à nouveau de la culture glisse et du moto-cross, le VTT est revenu – au moins en partie – vers les pratiques descendantes et à un esprit plus libéré .

Aujourd’hui, il y a de nombreux parallèles entre l’état d’esprit qui règne dans les nouvelles tendances du VTT et le sports de glisse. La recherche de sensations notamment. Des marques comme ION en ont d’ailleurs fait un axe de développement . Ces ponts ne se limitent pas à la culture mais aussi à la pratique en elle-même, c’est ce que met parfaitement en pratique cette vidéo de Mike Hopkins pour Diamond Back, Flow State.

L’idée sous-jacente est celle qui a toujours présidé au succès du ski et avant même, de la luge : se laisser glisser, parce que c’est un plaisir « élémentaire » que le corps comprend sans que l’on ait besoin de fournir une quelconque explication.  D’ailleurs, aux cinq sens traditionnels – l’odorat, l’ouïe, la vue, le toucher et le goût – Alain Berthoz en ajoute un sixième : la kinesthésie ou sens du mouvement. Oui, il y a un plaisir du mouvement, exécuté ou perçu, comme il y en a un de chacun des autres sens. 

Alain Berthoz, auteur du livre « Le sens du mouvement » est professeur au Collège de France, titulaire de la chaire de Claude Bernard, et directeur du laboratoire de neurophysiologie de l’action.

Dans cette optique, le plaisir de la descente en VTT, et sans aller jusqu’à la radicalité de la DH (downhill) pratiquée en compétition (et géree par l’UCI) est bien comparable à celui rencontré en ski. Ce plaisir, c’est la vitesse, elle peut être relative, ce plaisir, c’est le mouvement en lui-même, l’enchainement, la fluidité, la ligne, les appuis, les rebonds, la « piste ». A ce point de vue, les ressentis en ski et en VTT sont comparables.

C’est ce que montre parfaitement cette vidéo de Mike Hopkins dont le titre ne doit rien au hasard. Codezero a parlé de l’état de Flow, de sa recherche. Le Flow est cet état de « fluidité » que vous pouvez ressentir en ski, en surf et donc en vélo tout-terrain également, quand tous vos mouvements s’enchainent, virages, appuis, sauts, sans heurt, état que l’on peut ressentir sur une poste bleu, verte ou rouge ou sur un trail en forêt. C’est une tout autre façon de pratiquer et c’est bien d’une différence culturelle dont il s’agit, ce qui veut dire qu’on ne s’adresse pas à ces passionnés là comme on s’adresse à des amoureux de la route.

L’avénement des vélos à grands débattements, associés aux progrès techniques des cadres, freins, et autres composants, font des VTT modernes des redoutables machines dont on peut tirer beaucoup d’efficacité et de plaisir. Les modèles d’Enduro offrant une pratique assez polyvalente qui finalement se rapproche de l’esprit de la randonnée. On descend ce que l’on a grimpé, on explore. Vous pouvez douter du bien fondé de cette analyse mais sachez qu’aujourd’hui l’enduro est bien le créneau sur lequel se battent la plupart des marques de VTT, surtout en Europe, mais les américains y viennent. Un circuit mondial, l’EWS (Enduro World Series a été monté à l’initiative des français d’ailleurs) mais c’est bien hors compétition que se situe les enjeux, et en arrière plan, le développement des VTTAE (assistance électrique) va donner un autre dimension à cette évolution. Des marques comme Yamaha, Shimano mais aussi Bosch et Panasonic sont sur le coup, ce n’est pas pour rien.

Reste à se projeter dans le futur. Le cyclisme traditionnel est un sport bien implanté dans toute l’Europe, des passionnés de tout âge roulent tous les week-end mais ces nouvelles façons d’envisager  le vélo, très ludiques pourrait bien se développer en montagne, station, dans les territoires où l’outdoor à un rôle à jouer, même en ville au travers des pump-tracks, ces pistes avec des bosses, en terre ou en goudron, où même les plus jeunes peuvent rapidement prendre du plaisir.

Pour finir sur un volet business, le marché du vélo est promis à un bel avenir électrique, ce qui aiguise les appétits ou attirent les volontés de croissance externe. La marque Rossignol acteur historique d’un marché du ski en nette baisse se positionne. Elle a racheté Time et l’américain Felt. Head a cédé une licence pour l’exploitation de la marque en VTT. Mais attention, si les sensations sont les mêmes, s’il s’avère que la recherche du flow est commune, la notoriété sur la neige n’induit pas de crédibilité automatique sur la terre.

Photos vignette Ryan Cleary