En janvier dernier, l’agence Codezero intervenait – en compagnie de Patrick Roult, directeur du pôle haut niveau de l’INSEP – à la conférence sur la mobilité de demain initiée et organisée par François Bélanger de Transit City, dans le superbe Pavillon de l’Arsenal à Paris.

L’axe de réflexion et de prospective portait sur l’influence des nouvelles tendances du sport sur les formes futures de mobilité. L’idée étant de voir loin.

Nous avons décliné notre intervention en prenant les facteurs clés suivant :

  • le territoire (aménagement du territoire, influence de la politique publique)
  • la société (évolution des valeurs et des besoins)
  • le sport (c’est quoi le sport ?, métamorphose de la culture sportive)
  • l’innovation (la technologie, les nouveaux objets sportifs)

 

Parmi les nombreuses pistes évoquées, qui tenaient autant à la technologie qu’aux usages, le vélo.  Faire de la prospective consiste à élaborer des scénarios innovants et ambitieux, mais également à ne pas perdre de vue les évidences. La simplicité et l’efficacité du vélo en fait partie – ainsi que le skate puisque l’axe de départ portait bien sur les « nouveaux sports ». Le skate est un des marqueurs de la (contre) culture sportive sportive apparue dans les 70’s, il n’est donc pas nouveau mais… il reste en marge de l’univers sportif traditionnel et demeure surtout un engin simple, profondément urbain, lié à la mobilité.

  • L’aspect prospectif
  • le cadre urbain, 70% de la population mondiale serait urbaine en 2050
  • le recul de la voiture classique dans les centre-villes (nouvelles valeurs, enjeux environnementaux, principe de réalité)
  • la ré-appropriation de l’espace publique par l’humain,
  • le développement de moyen de transport plus « verts » ,

Tout ceci concourrait dans le cas qui nous occupe, à projeter le skate non plus comme sport, contre-culture et univers, mais comme moyen de mobilité dans une certaine mesure « normalisé ».

Sachant que :

  • la technologie électrique est en capacité de faire de la planche à roulette, non plus seulement un objet génial et hélas « casse gueule », mais un outil contrôlable et docile, léger, transportable, fluide, efficient, en phase avec son époque
  • les nouvelles générations sont et seront à même de s’en saisir naturellement parce que le skate est pour elle, au moins en partie, un objet connu. (idem pour la trottinette)
  • son coté « transportable » est un atout majeur quand il faut insérer dans un déplacement, un segment de transport en commun par exemple. De plus, une fois arrivé à destination, il ne devient pas « encombrant ».

Justement. Bel alignement de planètes, le 27 février dernier, le magazine Les Echos Business, pas vraiment un magazine de farfelus illuminés, titrait : « Le skate électrique, le nouveau moyen de transport qui fait fureur en Californie ». Comme si la prospective d’ici était la réalité de là-bas.

« A côté des voitures, des bus et des vélos, le skate électrique s’est imposé depuis un an comme un moyen de transport très populaire chez les jeunes actifs dans les grandes métropoles américaines. Et le marché est en pleine ébullition ! Plus d’une douzaine de start-up, principalement californiennes et chinoises, se sont lancées sur ce créneau au cours des deux dernières années. En France, quelques jeunes pousses françaises comme Unikboards et Elwing Boards commencent à se positionner sur ce marché. »

On y apprend également que le leader du secteur, Boosted Boards, situé à Mountain View (Californie), a été créé en 2012 par trois doctorants de Stanford en robotique. « Plus petit et léger que le vélo ou la trottinette, le skate peut facilement être glissé dans un bus ou dans un train », souligne Jeff Russakow, le PDG de l’entreprise, ancien vice-président exécutif de Yahoo pour qui douterait du sérieux de ce genre d’initiative, qui veut faire du skate électrique un nouveau maillon du  transport multimodal. Ce dont on vient de parler justement. Par ailleurs, Starkboard, dont la vidéo illustre cette analyse est une startup… allemande. Nos cousins germains ne sont pas réputés pour être des rêveurs. Les collectivités s’intéressent à cette solution alternative aux vélos en libre-service « qui commencent à poser des problèmes, les usagers les laissant un peu partout. L’avantage du skate, c’est qu’on l’emporte avec soi », déclare encore Russakow aux Echos.

Reste à démocratiser un engin jugé instable : « 30 % de nos clients n’ont jamais fait de skate avant d’acheter notre produit, et 25 % n’en ont fait que 2 à 3 fois dans leur vie » assure t-on chez Boosted et ne doutons pas que la technologie embarquée permettra de contrôler les réactions de la planche. Le principal problème, selon Xavier Moleux, responsable des achats chez Altermove, un réseau de boutiques dédié à la mobilité électrique en France, est que « la majorité des personnes ne savent même pas que les skates électriques existent ».

Les choses pourraient changer. Reste un élément clé dont nous parlions en conférence. La capacité des élus à se projeter dans la modernité, à comprendre l’impact de ces nouvelles possibilités. On parle bien d’aménagement du territoire. De pistes, d’aires non interdites (le skate est à priori interdit et verbalisé à Bordeaux sauf dans les aires réservées) ou on peut rêver, dédiées. Codezero aborde le sujet depuis 2014….

Pour terminer, le propos de la conférence et de cette analyse ne se limite pas à dire que le skate électrique va remplacer le métro, l’autobus ou la voiture. Mais qu’il puisse être un des éléments de la mobilité de demain. C’est en ce sens qu’il faut voir les nouveaux sports et le corps actif comme éléments de la mobilité de demain. Tout comme la trottinette électrique (transportable, pliable) ou le vélo électrique (mois multi-modale). On parle aussi de run-commuting, de réactiver les possibilités offertes par les cours d’eau auxquelles les villes ont complètement tourné le dos. Il est question enfin du facteur santé – un enjeu européen et mondial – quand on réfléchit à passer du sport au trans-sport.

Le skate. De la contre culture à la mobilité urbaine de demain. Les californiens y croient. Et vous ? Attention, ils ont cru au skate, à la grimpe, à l’outdoor, au surf, à la planche à voile et au VTT….

 

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