C’est un fait, les roues de 29 pouces de diamètre sont en train de se généraliser en VTT. D’abord plus favorables au rendement en XC (cross country) et au franchissement, répondant au besoin de stabilité et à l’augmentation des vitesses de passages en DH (descente) ainsi qu’en enduro, mais tout cela, il est très important de le préciser, dans le cadre de la compétition, elles sont progressivement adoptées par la plupart des marques sur leurs modèles de production.

Quelles leçons peut-on en tirer ?

Faisons un bref retour en arrière. Il y a quelques années, le diamètre standard en VTT était de 26″. Le VTT n’ayant jamais cessé d’innover, des progrès immenses venant très souvent de la compétition ont été réalisés sur les cadres (géométrie, arrivée du carbone), les suspensions (débattement, réglages) et tout ce que l’on désigne comme les « périphériques » en vélo : transmissions, freins à disque et pneus. Les vélos sont devenus très « performants » à tout point de vue. Rien à redire si ce n’est que le prix moyen a fait un considérable bond en avant, un vélo d’enduro à 3800 € étant aujourd’hui considéré comme un milieu de gamme.

Les roues de 29 pouces sont apparues il y a quelques années. Les constructeurs s’en sont rapidement saisis, mais ont souvent gardé deux gammes. Comme Specialized par exemple (un des leaders mondiaux) qui a commencé par proposer deux lignes de produits sur certains modèles. Une en 26, l’autre en 29. Puis le 27,5 est arrivé, preuve que le 29 semblait un peu extrême. La fin du 26 pouces, le format originel était annoncé. Les marques se concentrèrent sur le 27,5 et 29. Présentant même des modèles compatibles pour les deux tailles.

Dans l’absolu le 29 apporte plus de rendement, plus de vitesse en tout-terrain, mais vous perdez en sensation, en maniabilité, en poids, en relance. L’encombrement n’est pas négligeable non plus lorsqu’il s’agit de transporter le vélo. L’objet de cette analyse n’est pas de déterminer la valeur du 29″, mais de remettre en perspective les conséquences. La première, étant que vous n’aurez plus le choix.

D’une certaine manière, le VTT nous fait penser à l’industrie du windsurf longtemps aveuglée par la compétition et qui courra à sa perte en grande partie parce que les produits collaient de moins en moins au besoin client, et qu’ils se renouvelaient sans arrêt. L’industrie du vélo tout terrain n’hésite pas à innover, mais jusqu’à quel point cette innovation permanente venant du haut niveau se justifie-t-elle toujours ? Un vélo est un assemblage de composants. Dans les forums, la taille des roues fait largement débat. À l’heure où le renouvellement incvessant du matériel est lui aussi source de questionnement (consommer moins ou différemment), sujet sur lequel les marques vont devoir se pencher dans l’optique d’une vraie politique RSE (la législation va le rendre obligatoire), la question peut se poser.

Il faut aussi y réfléchir dans le sens où les comportements d’achat sont susceptibles d’évoluer. Un passionné peut finir par choisir de garder son cadre (la géométrie est fonction de la taille des roues) plus longtemps et se reporter sur les accessoiristes pour le faire durer dans le temps et l’adapter. En Australie par exemple, le marché du 4x4 fonctionne beaucoup sur ce principe. On garde et reconstruit des véhicules à très fort kilométrage.

Jusqu’aujourd’hui, l’innovation était orientée vers la recherche de la performance. Les roues de 29 vont dans ce sens. Il en était de même en kitesurf. Allez plus vite, sauter plus haut, jusqu’à ce que le discours soit inaudible.

  • Comment consommerons-nous demain ?
  • Quel rôle aura l’innovation autre celui de nous faire racheter du « nouveau »
  • Comment la « production » intégrera t-elle la protection de l’environnement
  • Dans quelle direction les comportements d’achat iront ?
  • Quel critère remplacera la performance pure
  • Les marques de sport devront-t-elles engager un vrai débat de fond sur leur rôle ?
  • Plus vite, plus haut, plus fort. Bref toujours plus. En êtes-vous sûrs ?