Au delà de l’admiration que l’on peut porter aux sportifs, joueurs, et autres pilotes, la question du sens de la victoire, de sa perception aussi, nous a interpellé, lors du déferlement médiatique qui a suivi le succès de Roger Federer à Melbourne. Celui-ci passant la barrière des vingt victoires en Grand Chelem.

Valeur d’exemple, mais jusqu’à quel point, d’une telle trajectoire ? Le moment nous a semblé opportun pour nous interroger, lancer un débat, sans volonté aucune d’imposer une réponse. Se questionner sur le long terme est un exercice utile.

Que transmet tout ceci  sachant que les grands médias sportif ou généralistes relayent le même discours qui s’accompagne uniquement de constatations admiratives et beaucoup de chiffres. Sans forcément aller aussi loin que Jean Marie Brohm ou Nicolas Oblin, qui comparent directement sport moderne et capitalisme, peut-être avec la justesse qui caractérise Isabelle Queval dans son questionnement philosophique sur le dépassement de soi, l’une des premières questions à se poser porte sur le sens justement d’un telle accumulation de victoires, de titres et de records que plus rien ne semble pouvoir expliquer ou surtout justifier ?

A partir du moment où l’on débat sur l’accumulation de richesse dans la sphère économique, pourquoi devrait-on se passionner pour la même obsession quand il s’agit de victoires. C’est une autre sorte d’ accumulation mais dans la sphère sportive.

  • être le meilleur, certes, mais jusqu’où cette motivation peut-elle aller ?
  • à partir de quel moment a t-on le droit de la trouver discutable ?
  • quel but poursuit un athlète déjà multiple champion du monde ?
  • qu’entendent-ils réellement ceux qui voulent « entrer dans l’histoire ?
  • peut-on poser la question de l’égo ?
  • quelle image donne le sport dans ce cas là ?

Beaucoup de passionnés de tennis ressentent un plaisir profond à voir durer un joueur tel que Federer, se délectent de la persistance de son geste, de son style. De ses capacités de remise en cause de son jeu. On retrouve le même genre d’admiration en moto de vitesse. Valentino Rossi vaut à lui tout seul une large page des audiences du motoGP. Sa personnalité sur et hors la piste est évidemment un atout qui lui a valu l’adhésion d’un très large public. On pense, évidemment, à Kelly Slater en surf.  A l’inverse on pourrait aussi citer Hélène Mac Arthur, étoile filante de la voile mondiale, dont la trajectoire sportive fut modifiée par ce qu’elle vit au large et qui œuvre aujourd’hui pour l’économie circulaire loin des podiums et des records.

  • que propose t-on comme idéal aux nouvelles générations ?
  • que font-ils de ce genre d’exemple ?
  • quels sont les points positifs ?
  • quels sont les aspects plus discutables beaucoup moins abordés ?

Surtout, quel visage peut avoir le champion de demain ? Tout ceci concerne le spectacle sportif, mais le sport qui se regarde (cf Alain Loret) a un impact direct sur le sport qui se pratique. La meilleure preuve étant le football, l’hypothèse pour une infime fraction de gagner beaucoup d’argent est dans la bouche de tous les plus jeunes aujourd’hui.

A l’heure où toutes les institutions sportives dégainent leur #2024 pour repenser le sport, il faudrait rappeler chaque jour que ce qu’est vraiment le sport aujourd’hui et quel rôle social on lui prête demain. Changeons le discours sur le sport. Changeons le vraiment.