L’histoire du surf s’est majoritairement écrite sous des latitudes très favorables et dans les eaux transparentes d’îles qu’on dépeignait comme paradisiaques, suite logique finalement de l’influence de la culture Tiki dans l’Amérique des années 60. « Life is better in boarshort » comme le dira plus tard une marque de surfwear désireuse de consolider le mythe. L’héritage de tout ça, digéré par le marketing, étant si on veut bien l’admettre une « philosophie » qui vous prémunit de toute surcharge intellectuelle.

Mais le monde change et le surf aussi. La plus grosse vague de la planète est Portugaise, le mythe de l’endless summer est usé jusqu’à la corde et les nouveaux aventuriers surfers préfèrent l’eau froide. Le surf se découvre un autre art de vivre, les nouveaux créateurs – cinéastes, couturiers, influenceurs et même ingénieurs sont européens. What else ?

La légende. En Atlantique
La vérité apparait sur tous les « écrans » du monde à partir de novembre 2011. On apprend que sur la côte Portugaise peuvent surgir des vagues monstrueuses engendrées par un particularité abyssale locale. Un canyon sous-marin, gigantesque, dont l’origine est à plus de cinq mille mètres de profondeur, catalyse l’énergie inouïe de l’Atlantique pour la faire exploser à la surface. Jusqu’à présent les lieux de culte habituels des big wave riders étaient entre autres, Maverick en Californie du nord, Cortes Bank au large de la Californie du sud, Waimea sur la côte nord d’Oahu à Hawaii ou Peahi sur la cote nord de Mauï. Dans le grand récit du surf mondial, les spécialistes des vagues de taille inhumaine suivaient les grandes pulsations des océans à la trace, prenaient l’avion pour être à l’endroit requis le jour J, mais jamais leur route ne les amenait en Europe. Laird Hamilton, une voix qui portent dans ce monde hors normes, a eu beau faire la fine bouche sur Nazaré, acte de protectionnisme inconscient qui sait, la légende s’est écrite dans ce village de pêcheurs. Le monstre ultime est bien là. Le Portugal confirmera son statut de « super-puissance » du surf durant l’hiver 2013 puis les suivants. On pourrait aussi parler de l’Irlande. Mullaghmore ou vit Fergal Smith, surfer et cultivateur.

La réalité. L’eau froide
L’eau froide, la réalité pour tous les surfers européens (mais aussi pour beaucoup d’américains), du Portugal au pays du nord, s’invite en couverture des magazines et prend une bonne place dans les réseaux sociaux. Une marque – Finisterre – en fait même son identité. Le rêve, la vague parfaite dans des eaux turquoises et chaudes, avec personne à l’eau est vieillissant. Il sera de moins en moins une réalité sous les latitudes faciles, altérées par le tourisme de masse et la démocratisation du surf. Depuis quelques années, ça dépasse le cadre du signal faible, les surfers partent à la recherche des swells ignorés dans des contrées jugées hier infréquentables en raison de températures franchement basses. Alaska, cercle arctique, Kamtatchka, même les filles si mettent comme  la snowboardeuse Aline Bock et la freeskieuse Lena Stoffel qui partent surfer en Norvège dans les îles Lofoten.

Art de vivre. Avantage Europe
Le surf se découvre aujourd’hui une autre identité. L’Europe, en se révélant comme une terre de surf, ne se contente plus de singer les clichés. Les acteurs (surfers, réalisateurs, photographes, et même marques) réécrivent l’histoire en se nourrissant de leur propre expérience, de leur réalité, fondamentalement différente. C’est l’image même du surf qui se modifie, sous l’influence d’un nouveau continent. Les européens apprennent à assumer leurs vagues et leur culture, forcément divergente. Les réalisateurs et autres fabricants d’images usent alors d’un autre imaginaire, développent d’autres récits, se basent sur une esthétique nouvelle. Les italiens et les français font des films de surf qui sont des films d’auteurs. Peninsula ou Bella Vita montrent justement une version beaucoup plus équilibrée du surf, plus apaisé sans doute, une autre manière de le vivre. Le réalisateur s’appuyant sur le retour de Chris Del Moro (américain) dans son pays d’origine (l’Italie), et en mettant clairement en avant des valeurs comme l’art de vivre, les amis, la tradition et même la famille. Baffa s’affranchit des codes en vigueur dans la vidéo et tourne autant le dos aux séquences d’action ou seul compte l’engagement et la puissance, sans aucune autre considération, tout en réinventant l’idée même du surf trip, sorte de mythe dont il convient tôt ou tard d’accepter les limites. Enfin, les années passent… Les majors du surfwear qui ont symbolisé la domination d’une vision du surf très anglo-saxonne ne sont plus que l’ombre de ce qu’elles rêvaient de devenir. Des créateurs réinventent les codes du vêtement cool et du coté de l’élégance et de la mode, qui pourrait rivaliser avec les français ou les italiens si on y réfléchit bien…

La vague artificielle de demain. Européenne
Les évolutions de la société ont des répercussions sur les idéaux sportifs. Si le surf et les autres sports de glisse se sont développés dans les années 80 en fondant leur identité sur des valeurs nouvelles, la liberté notamment et en prônant une sorte de synchronisation avec les rythmes naturels, jusqu’à idéaliser les heures passées à attendre les bonnes conditions, l’évolution des pratiques sportives, l’explosion de l’offre, le goût pour la multiplication des expériences ont fait voler en éclat cette vision des choses à part pour une minorité de passionnés. L’imagination et la technologie ont fait le reste. La vague artificielle de Wave Garden est une réalité. C’est une société espagnole et la suite de l’histoire pourrait vous surprendre.

Le surf n’est plus tout à fait ce qu’il était, mais il a toujours évolué. L’Europe a un rôle à prendre.