Dans l’absolu, sur le strict plan terrien, il n’y a rien de plus immobile qu’un bateau. Quel que soit le modèle que vous choisissiez, voilier ou bateau à moteur, c’est un « objet » ancré serait-on tenté d’écrire. Dans la plupart des cas, un bateau sera lié à un port. Ses trajectoires devront partir de là. En effet, même un « petit » bateau est un grand objet, souvent plus encombrant qu’une voiture, ce qui le rend difficilement transportable.

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Dans un monde de plus en plus mobile, où le lieu de vacances n’est plus immuable comme dans les années 70, quand les séjours se raccourcissent, se diversifient, que les loisirs se fragmentent, que le client veut de plus en plus de facilité, de moins en moins de contraintes, c’est un aspect que la voile ne peut pas ignorer. D’ailleurs la réponse du marché est hélas sans équivoque. Le voilier (habitable) dont on a fait un aboutissement, fait sans doute toujours rêver mais le passage à l’acte d’achat est de moins en moins envisagé même pour une partie de la clientèle qui en aurait les moyens

« Sailing is cool, owning a boat is complicated », c’est exactement l’idée de départ du projet Reverso. Proches de la philosophie des sports de glisse, les concepteurs voulaient un bateau transportable (rappelons que cette notion a été une des composantes du succès de la marque Zodiac) qu’on puisse emporter sur un « spot » quasiment comme on un quiver de windsurf, sa planche de surf ou son matériel de kitesurf. Un bateau qui se prépare très rapidement et qui permette de saisir les opportunités offertes par le vent. Nous avions écrit ici-même que la voile devait se remettre en cause à ce sujet, s’ouvrir à ce qui fait le sel des sports de glisse, la session au débotté, quand il fait beau, que les conditions sont bonnes et que vous pouvez poser une demi journée de congé pour en profiter. Nous écrivions que la voile devait intégrer l’idée du « freeride ».

Le Reverso est donc un petit (longueur 3,5 m) dériveur moderne (il est fait pour partir au planning), sa particularité est d’être démontable. Sa coque est composée de 4 sections assemblées en 3 minutes sans outils, elle peut prendre place dans le coffre d’un break mais aussi dans une cave ou un garage. Il a été pensé pour offrir des sensations, être sportif mais il reste très simple car son gréement l’est. Une grand voile, point barre. Rappelons qu’Hobart Alter l’inventeur du Hobie Cat, avait voulu que son catamaran soit facile à mettre à l’eau et aisé à utiliser, deux qualités qui ont fait son succès.

A bien y réfléchir, c’est bien à un changement culturel qu’invite ce drôle de bateau. Il permet à son propriétaire de naviguer où bon lui semble (ou presque), à vivre la voile comme les windsurfers, les kiteboarders vivent leur passion depuis le début. En nomade. Avant, il fallait faire de la voile à l’endroit où étaient les bateaux (école de voile) ou faire un trajet d’un port vers l’endroit désiré (jeter l’ancre dans une crique reste une puissante motivation des passionnés de mer), aujourd’hui, vous pouvez vous approprier n’importe quel spot, naviguer avec vos enfants, en Camargue en Août, en Bretagne en avril ou ailleurs.

Ce faisant, le Reverso se place sur le même terrain d’autres pratiques et donc d’autres jouets haut de gamme. Est-ce un problème ? Oui et non. Aujourd’hui, le CSP+ peut être tenté – et il l’est – par le kitesurf, le windsurf, le surf ou le stand up paddle pour ne citer que les tentations de l’univers nautiques. Question de génération, nous l’avons dit et répété. L’hypermodernité du kitefoil et même du windsurf à foil (dont les vidéos se multiplient sur le net) concurrencent clairement le Reverso. Qui plus est pour un budget et un encombrement moindre (on reste dans des sports couteux…). Le passionné de mer peut également être attentif à ce qui se passe du coté de la voile, révolutionnée elle aussi par l’arrivée du foil, mais en dehors de la sphère de la haute compétition, il ne trouvera pas coque à son pied.

En fait, ce voilier, car il s’agit bien d’un voilier relève bien de la navigation à la voile et de sa culture initiale. C’est sa chance aussi, la voile reste un microcosme conservateur. Vous êtes assis dans une coque qui vous protège, vous êtes dans l’environnement que vous connaissez, vous n’avez pas besoin de harnais, vous n’avez pas à mettre vos pieds dans des sangles, vous pouvez naviguer par petit temps, vous pouvez naviguer à deux, avec des enfants, vous pouvez naviguer vite ou lentement. Reste à savoir si le passionné de mer urbain auquel il s’adresse sera réceptif mais le bateau a des qualités c’est une évidence.

En août dernier le mensuel Voilemag concluait en essayant l’engin que le bilan de la navigation était excitant et qu’on oubliait vite que l’on naviguait sur un engin… démontable.