Une ligne, pour ne pas dire, une fracture culturelle séparait jusqu’à présent le monde de la mer en deux. L’océan du marin n’était pas celui du surfer. Ces deux hommes (ou femmes) appartenaient pourtant au même monde.

La figure tutélaire du « marin » est étroitement liée à l’image du grand large. S’y mélangent des parfums d’exploration, de grande traversée, de courage, de solitude parfois, de force de caractère. La mer, la vraie, était celle des grands espaces. Pourtant, si l’on veut bien l’admettre, même en ces temps de Vendée Globe, le grand large et même le large ne concerne qu’un infime fraction de ceux qui naviguent en bateau. Le large est un territoire difficile, parfois hostile, c’est aussi un rêve et d’une certaine manière un luxe que beaucoup de passionnés ne peuvent pas atteindre. Il faut avoir soit de l’argent, soit du temps, parfois les deux.

Les surfers ont toujours été des personnages, des acteurs du « bord » de mer. En France au moins, ils n’ont jamais bénéficié de l’aura des grands navigateurs. On peut le comprendre, le surf est finalement un phénomène récent, il faut des décades voir bien plus pour graver les légendes. Mais les temps changent, la culture aussi. Kaï Lenny, Laird Hamilton et quelques autres affrontent des vagues de 15 mètres. Ils méritent le même niveau d’admiration. D’autre part, les marins d’aujourd’hui, y compris certains de ceux qui courent en ce moment même le Vendée Globe vont en mer de multiples façons. Parmi les jeunes générations de skippers, certains sont aussi kiteboarders, nombreux font du stand up paddle, sur surf ou du windsurf. Et s’affichent comme tel. Ainsi Alex Thomson, skipper d’Hugo Boss, Sébastien Josse, son homologue à la barre de Gitana ou Quentin Duforest, kiteboarder, marin en mini 6.50, à l’initiative du projet www.adopteunmarin.com

Cette figure, celle du marin, est un pleine mutation. Comme nous l’écrivions dans le sujet « Un hiroquois tatoué à la barre d’un Wally de 100 pieds », la barrière culturelle entre la voile et la glisse s’estompera à la faveur du changement de génération. C’est très bien pour ces deux mondes qui finalement s’ignoraient sans vouloir comprendre qu’ils aimaient la même chose mais d’une façon différente.

Nous l’affirmons aussi depuis le début, la manière d’aller en mer va massivement changer pour un ensemble de raisons aussi bien sociétales que culturelles et économiques, c’est aussi ce que veut dire cette sublime vidéo où l’on voit sur un même plan symbolique, un enfant, une femme et un homme, les deux premiers ayant toujours été au second plan, aussi bien dans la voile que dans le surf.

Le marin de demain est un enfant, une femme, un homme, il ou elle prend la mer avec un surf, une planche de kite, un stand up ou un bateau. Pour aller au bord ou un peu plus loin et là n’est pas l’important. Les surfers ne traversent pas les océans mais jouent là où les bateaux coulent. Il n’y a pas de hiérarchie à inventer. La culture maritime de demain commence aujourd’hui. Elle est différente, crossover, ouverte, mixte et familiale. Les femmes apprécieront

Merci à Takuma et à Cyril Coste pour ces 49 secondes d’imagination et d’apesenteur. Il nous donne des pistes futuristes en exhumant un gréement traditionnel et en le greffant sur une planche de stand up paddle, qui jusqu’à preuve du contraire est l’engin le plus simple et le plus basique pour simplement « aller sur l’eau »