Magnifique film, une nouvelle fois, de Mathieu Le Lay, passé maître dans l’art de synthétiser ce qui nous fait aller « dehors » (donc outdoor..)

 

Ces images et ces mots nous aident sans doute à bien comprendre que l’outdoor dépasse largement le cadre sportif habituel pour embrasser un réalité beaucoup plus large. L’occasion de revenir sur les travaux d’Aurélien Niel et d’Olivier Sirost que nous avions déjà cité, les deux auteurs de Pratiques sportives et mises en paysages.

 

Souvent considérés comme une soif de liberté, une recherche de calme ou d’aventure, les sports de pleine nature peuvent être également perçus comme une façon spécifique et toute contemporaine de faire l’expérience de la nature. Ils répondraient au « désir d’éprouver l’espace par tout son corps et de ne pas se contenter d’une attitude spectatoriale. [Corbin 2002 : 180-181] Aurélien Niel, Olivier Sirost, Pratiques sportives et mises en paysage (Alpes, Calanques marseillaises

A propos d’Alain Corbin, on notera :

« Alain Corbin est un historien contemporain (né en 1936) dont les recherches portent sur l’histoire des sensibilités. En 1988, il publie une étude sur la transformation des sensibilités face à l’océan qu’il intitule Le Territoire du vide avec pour sous-titre : L’Occident et le désir du rivage, 1750 – 1840.
Historien attentif, il suit les prémices, toujours longues, de cette transformation qui fait passer le regard, les émotions et les sentiments, de l’effroi et du recul, au désir et au plaisir. …
Mais c’est dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle que cette attention aux paysages « sauvages » s’élabore, que prendront en charge les romantiques jusqu’à en faire une « évidence » pour les hommes et femmes du XIXe siècle, plus encore pour ceux du XXe siècle. Il s’attarde longuement sur ce que les romantiques ont apporté à cette nouvelle sensibilité, en insistant en particulier sur la cohérence de leur discours et de leur vision, faisant tout particulièrement « du rivage un lieu privilégié de la découverte de soi. » Source Maremurex

On voit bien aujourd’hui que ce que l’on pourrait appeler la nouvelle culture maritime, celle initiée par les sports de glisse porte également en elle la sensibilité dont parle Corbin, analysée plus tard par des gens comme Christian Pociello, mais aussi Jean Corneloup pour la montagne et Alain Loret pour la mouvance glisse, et ce « besoin »  de nature.

Une nature que l’on expérimente autant avec son corps qu’avec son esprit. C’est un, sinon LE moteur de cette culture outdoor qui n’est pas forcément facile à cerner puisqu’existe aussi une « branche » purement sportive, le trail et l’ultra-trail, qui reprend tous les fondamentaux de la culture sportive traditionnelle : lignes (de départ et d’arrivée), codes et normes (règlement), culture (chiffres, classement, record). Après tout l’un n’empêche pas l’autre, nous avons vu que la mouvance sportive hédoniste apparue au cours des années 70 a produit petit à petit pour quasiment chaque discipline, du format compétitif mais on notera que ça ne lui a pas fait perdre son âme pour autant qu’intrinsèquement, ces pratiques naturellement orientées « freeride » ont perduré telle quelle pour la majeure partie de leurs pratiquants.

 

Que retenir de tout ceci ? : la chance offerte par ces types de pratiques est bien de mobiliser le corps et l’esprit. Ce qui est vécu est de l’ordre de l’expérience personnelle, l’erreur serait justement de ne les considérer que comme des « pratiques sportives ». C’est pourtant – souvent – le cas. Or, on ne peut répondre au besoin des pratiquants, si l’on se trompe sur l’expérience (utilisateur) que celui-ci attend de vivre. Désolé pour ces mots très terre à terre pour conclure un si beau film mais l’économie est une réalité d’autant qu’elle peut-être aujourd’hui collaborative, circulaire, équitable et que dans ce secteur, l’outdoor a un grand rôle à jouer