Luc Bouvier, membre du groupe des INSIDERS du think-tank Codezero, montagnard, passionné d’outdoor et fin observateur de l’univers sportif nous livre sa vision de l’avenir Olympique. En effet, il est loin le temps où les J.O représentaient l’horizon indépassable du sport. Si pour un compétiteur, une médaille reste un graal, pour beaucoup de passionnés de sports, le C.I.O et les J.O ne sont absolument plus représentatifs du sport qu’il aiment et qu’ils pratiquent. 

80 ans après la mort du baron de Coubertin, sûrement le seul baron que l’on cite encore et
encore, participer d’accord mais participer aux Jeux Olympiques semble devenir un idéal aux pieds d’argile . Les JO peuvent-ils conquérir les générations Y ? Les millenials veulent-ils eux, aller gagner des médailles ? Attardons nous sur les quatre futures éditions…

Pyeongchang 2018
Les prochaines olympiades hivernales se dérouleront l’année prochaine en 2018 à Pyeongchang en Corée, mais combien pourront encore avoir lieu dans un réchauffement climatique qui permet de moins en moins la prédictibilité ? Le ressenti de tout adepte du ski en Europe est assez pessimiste sur ce sujet. Face à cela Samsung, sans doute d’ores et déjà le plus gros fournisseur d’argent et récolteur d’or des épreuves, nous montre une première piste de rénovation, de renouvellement des spectateurs car la firme entend utiliser la réalité virtuelle pour que le sauteur à ski nous embarque avec lui plutôt que nous, passifs, le voyons voler dans sa tenue un peu clownesque sur notre écran TV.

Pour 2018, trois villes seulement s’étaient portées candidates (Annecy et Munich étant les deux autres), montrant un désintérêt voire une opposition grandissante à cette énorme machinerie. Les gouffres budgétaires pour le coup refroidissent les prétendants. De plus la démonstration universelle des JO n’est sensiblement plus vecteur aussi puissant depuis la mise en réseau du monde et la fréquence des voyages personnels. Le gigantisme devient « so 2000 » aujourd’hui face au désir expérientiel de chacun dont nous témoignons régulièrement ici sur Code Zero ; certes le fait de rêver devant des exploits perdure toujours mais le terrain de ces performances s’est tellement agrandi que le lancer de disques malgré son imaginaire antique nous laisse pour la plupart de marbre.

Faible enthousiasme donc pour les JO d’hiver de la part des villes des candidates. Ont-elles encore besoin de cette exposition ? A quel profit ? Les domaines skiables sont suffisamment connus et en cas de faible enneigement mieux vaut éviter la mauvaise pub… Sotchi est-il l’exemple à ne pas suivre …

Tokyo 2020
Plus démonstratif encore de la croisée des chemins olympiques face au 21 ème siècle : Tokyo 2020. Extension outdoor et « aroundoor » de la matrice JO puisque surf, escalade et skate entrent dans l’arène.

Il faut dire qu’avec l’avènement des « stades » de vagues où le surf s’invite dans les campagnes, et deviendra peut être un sport en partie délocalisable, son accession olympique est synchrone. Si le surf peut se pratiquer hors-sol, hors océan, alors sa capacité à s’organiser dans des lieux pas forcément réputés pour leurs vagues le rende « olympisable ». Pour Andy King, entraîneur de l’équipe nationale de surf australien, 3 jours d’entraînement au « wave garden » équivaudraient en apprentissage à 3 mois dans l’océan ! A Tokyo, 3 spots ont été choisis, dont le beach break de Kanagawa qui a inspiré la vague célèbre d’ Hokusai (même si la vague en question est bien plus modeste que celle représentée par l’artiste).

“Les nouvelles technologies de piscines à vagues restent évidemment à l’agenda du surf, et les prochaines générations de wave parks sont en chemin. C’est formidable de savoir que le surf se développe et grandit sur tellement de fronts différents à la fois. C’est une époque excitante pour notre sport”.

Fernando Aguerre, président en 2015 de l'ISA (international surfing association)

A la technique s’ajoute le sex appeal du surf, lui ancien, et voilà le surf aux JO. Mais le surf comme l’escalade signent un renouveau dans les épreuves avec une conscience écologique. Pour reprendre la catégorisation du chercheur Jean Corneloup1, le surf attache comme l’escalade ont connu leur mutation les rendant à la fois outdoor/indoor. Le skate street – le skate des origines – s’est peu à peu « parkisé » (idem ski/snowboard), comme l’escalade que l’on retrouve dans des salles. Et le cheminement de cette normalisation d’une partie de la pratique les a conduit à ce qui fait office de reconnaissance pour certains, d’enterrement pour d’autre: l’olympisme.

Cette normalisation de pratiques dont l’essence est la subversion ou au moins l’évasion crée inévitablement des schismes pour les pratiquants. Pratiquants qui se diront passionnés par un mode de vie, un lifestyle, plus que comme sportifs. C’est ainsi que pour le skateboard, une pétition a été lancée sur le net pour dire non à la récupération olympique arguant du fait que les JO avaient plus besoin du skate que l’inverse. Nous ne pouvons leur donner tort.

L’aroundoor

L’aroundoor (Corneloup, 2002) peut être défini comme une zone périphérique aux villes, stations et massifs qui se développe comme espace récréatif montant, intermédiaire entre l’artificialisation totale des équipements sportifs et ludiques de l’indoor (station, ville, murs d’escalade…) et la « naturalité » encore forte de l’outdoor (pleine nature peu artificialisée).

Rappelons-nous que les riders « core » n’étaient pas présents ou très peu aux compétitions et ça continue. Pour quiconque suivant sa pratique par les films, mis à part le cas hybride d’un Shawn White, tous les riders présents aux JO ne sont pas vraiment connus dans l’autre face du milieu. Mais conjointement, le snowboard subit-il une perte de vitesse suite à son olympisation ?

« C’est possible que ce soit surtout le CIO qui ait besoin du skate pour se rajeunir. Car entre le lancer de poids ou la perche, je vois très peu de jeunes intéressés par ces disciplines alors que j’en vois plein skater. J’ai hâte de voir l’ambiance du village olympique avec des skateurs à l’intérieur… Les règles et les codes vont devoir bouger un peu. On peut voir que le CIO va s’appuyer sur des personnes reconnues du skate pour créer les compétitions olympiques. C’est déjà un point positif. Mais les JO n’auront jamais autant d’impact qu’un mec qui a sorti une vidéo de dingue ou d’un mec qui a passé un trick complètement fou. Au final, c’est une fois tous les quatre ans et ça ne changera rien au skate !»

Sam Partaix

Pour le snowboard, les Olympiques ont standardisé le sport, la respectabilité de mise l’ont rendue de mise plus ennuyeux à regarder ; et le snowboard qui a engendré le rajeunissement du ski au début des années 2000 s’en trouve quelque peu perdant maintenant.
Que verront les téléspectateurs sur le surf ? Autour du monde, l’été n’est jamais la saison la plus favorable aux vagues, l’ennui est à craindre…

Pékin 2022
Les jeux suivants dans l’agenda sont Pékin 2022 à nouveau. C’est comme si la Chine était seule en lice pour les événements à venir vient ici la question de la collusion avec le politique ; dans ce qu’il a de plus opaque, distant des idéaux de l’Olympe. Pour Patrick Clastres : « Aujourd’hui, les JO sont sauvés par les dictatures. »  Effectivement, après Pékin 2010, et Sotchi 2014, la seule autre ville postulant à l’organisation de la quinzaine était une ville du Kazakhstan, Alma Ata, au régime pas vraiment démocratique. Là encore, le côté pharaonique et « mega structurel » de l’événement peine de plus en plus à trouver écho avec l’individualisme modeste de notre siècle. Sans parler de la durabilité environnementale et sociale. 300000 personnes ont été délogées pour la construction de barrages permettant l’approvisionnement en eau et en neige artificielle de la zone, manquant là aussi régulièrement de neige. L’obsolescence saute aux yeux à l’heure – en tous cas en occident – de la démocratie participative, de la préservation environnementale …

2024
Budapest , Paris et Los Angeles restent en lice mais Boston, Hambourg ou encore Rome ont d’ores et déjà renoncé, par referendum ou par souvenir d’un coût encore trop présent. Paris « made for sharing ». Sharing la pétanque, sport olympique ?
Cette courte projection du futur olympique permet de saisir le décalage grandissant entre l’olympique et le « sport passion et loisir » tel que nous pouvons ici même en parler. Finalement ce n’est plus l’opposition qui est à relever comme il y a quelques années avec l’arrivée des premières disciplines de nature mais l’indifférence. « Oui le skate devient olympique et alors ? » c’était attendu. Comme on l’a déjà écrit c’est plus du côté du CIO que le besoin réside. Tout se passe comme si en chaque sport, une partie des pratiquants tend à la normalisation, ramener le sport de nature dans le giron de la civilisation en quelque sorte, du chronomètre et du stade. La glisse (au sens large), par sa différenciation géographique, vit dans le monde en continu, vibre au-dehors du stade… Ils peuvent rencontrer le rêve olympique, cette suprématie de l’exploit mais ne vivront pas en pointillés par eux comme -et qu’ils me pardonnent- un sauteur en hauteur ou un joueur de curling.
Le foot et le skate peuvent se pratiquer dans la rue, mais l’imaginaire du foot est un imaginaire collectif de grandeur, de stade bondés, de coupes du monde. L’imaginaire du skate reste la rue. Chaque sport son histoire, chaque histoire son sport.
Les jeux olympiques sont peut-être finalement beaucoup de choses sauf le JEU. Walter Benjamin en 1936 déclarait que l’idéal olympique était falsifié et que les «  JO sont réactionnaires ». Déjà

 

En attendant, surfons, skatons, grimpons et surtout…. jouons

Codezero