• Faire un parallèle direct entre le sport et la danse
  • Extraire du sport ce qui pourrait appartenir à l’artistique, au créatif
  • Placer le sport dans un autre contexte

Tels étaient visiblement les objectifs de cette série de vidéos (datant de 2014) et dont nous avions déjà parlé dans le passé. Le propos reste d’actualité. Décoder le sport d’aujourd’hui et de demain, mettre à jour les nouvelles tendances, les mouvements de fond, est thème récurrent chez Codezero.

Cette série, regroupée ici en une seule séquence plus courte, est donc articulée autour de comparaisons audacieuses.

  • Un pilote de motocross et une ballerine
  • un danseur et un skater
  • le spécialiste du tricks Remi Bakkar et des pilotes de freeride en VTT.

Au niveau esthétique, gestuel mais aussi sur le plan du rythme et de la maîtrise technique. Les images parlent d’elles-mêmes, certains « parallèles » justement interrogent, vous jugerez par vous-mêmes.

Si la vision du sport aujourd’hui fait peu débat, il n’en a pas toujours été de même, notamment à la fin des années 60. La société française est alors traversée par une opposition de valeurs auxquelles le sport n’échappe pas. Le libertaire s’oppose à l’ordre établi et des universitaires font le parallèle entre sport moderne et capitalisme, et ce bien avant que le sport deviennent le marché mondialisé qu’il est aujourd’hui. On peut citer les écrits de Jean Marie Brohm qui dénonce farouchement le sport moderne, son obsession pour le rendement et la performance. Sa vision du sport comme spectacle et aliénation est proche de la critique de la société du spectacle abordée par Guy Debord.

Il n’y a pas que le parallèle entre sport et capitalisme qui pose question. Les Instructions Officielles (I.O.) de 1967 préconisent la danse et l’expression corporelle pour les filles, les sports de combat pour les garçons (Ministère de l’Éducation Nationale, 1973). Aujourd’hui, alors que l’on cherche enfin à redéfinir les rapports de l’homme et de la femme dans la société et dans l’espace public, certains passages, certaines références feraient sourire si elles n’étaient pas si récentes finalement. On est loin des réflexions sur la masculinité chères à Michaël Kimmel, davantage dans la transmission des rôles hommes/femmes hyper-stéréotypés et qui agitent le débat sociétal aujourd’hui. Heureusement, on trouve aussi la trace de beaucoup de travail et de réflexion positive pour faire évoluer l’éducation physique.

Mais revenons à notre sujet et à ces parallèles. Il faut bien comprendre que le sport d’aujourd’hui, la façon dont il nous est présenté, la manière dont il est inséré et organisé dans la société est un choix. Le sport est aussi un « corps » en mouvement, les évolutions de la société et des aspirations, l’influencent. Cependant, le sport compétitif est très présent dans les médias du monde entier et pour cette raison, il formate une grande partie de l’image du sport dans l’inconscient collectif. C’est à la fois un marché et un spectacle mondial . Ce sport là est tourné vers la performance. Il faudrait également placer le sport dans une autre perspective, plus personnelle, plus artistique (expression corporelle), plus créative. Pour mémoire Patrick berhault, grimpeur et alpiniste de talent déclarait : « Je grimpe pour me sentir en harmonie avec moi-même, parce que je vis dans l’instant, parce que c’est une forme d’expression éthique et esthétique par laquelle je peux me réaliser, parce que je recherche la liberté totale du corps et de l’esprit. Et parce que ça me plaît. ». Mais si la grimpe rencontre aujourd’hui un nouveau succès, 35 ans après les pionniers français, elle sera déclinée aux Jeux Olympiques sous l’angle de la vitesse. En avalant la grimpe, les Jeux ont choisi l’inverse de ce qu’elle était initialement. Même si le contexte et la pratique ont évolué, l’exemple est frappant. On pourrait faire encore un parallèle du même type avec le BMX. La race est passionnante, bien que dernièrement, la vitesse et la prise de risque aient été mise en cause mais l’esprit californien du début a été sacrifié pour ne laisser que le règne du chrono. Enfin, le snowboard n’a rien retiré de vraiment positif de l’expérience olympique si ce n’est sa normalisation. Un punk en costume.

En d’autres termes, nous pensons que le sport dépasse la seule notion de résultat. Qu’on peut le promouvoir en s’attachant davantage à la forme qu’au fond, que le style, la gestuelle, la démarche, la manière. Le sport c’est aussi le geste technique, le geste tout court, l’attitude, le désir de répliquer soi-même un mouvement, la volonté de se projeter, un élitisme qui inspire plutôt qu’un système qui sélectionne. La place de l’expression corporelle a déjà fait l’objet de nombreuses réflexions, peut-être serait-il temps de les reprendre. Même si toutes les nouvelles tendances sportives sont aujourd’hui bien insérées, mieux comprises, elles souffrent toujours d’un déficit de crédibilité, à minima de compréhension de la part de beaucoup d’acteurs, collectivités locales par exemple, fédérations évidemment. Pour simplifier, on pourrait dire qu’elles sont vues comme une distraction, un amusement, un loisir, quand le sport, le vrai, sous entendu, le sport traditionnel, fédéral, compétitif, serait le maître étalon, le sport « sérieux » celui qu’il faut d’abord prendre en compte. L’approche sportive des chaines de télévisions publiques ne dément jamais cette cécité.

La danse, et plus largement l’expression corporelle, n’ont jamais eu ce problème. Elles sont dans le champ artistique. Or, ces images tendant à montre qu’il y a une quête d’esthétisme dans certaines des nouvelles tendances sportives et que c’est une part de leur identité qu’il faut pousser. En cela elles sont valorisantes pour l’individu et ouvrent de nouvelles perspectives dans les approches sportives, l’éducation, les valeurs à transmettre. Matière à réflexion.