La compétition pourrait finalement nous laisser croire que les hommes considèrent la mer comme un stade. Inventer des lignes là où il n’y en a pas, est-ce bien raisonnable. Convoquer le chrono quand on peut enfin se donner du temps, est-ce le but ? La mer est un endroit pour vivre des expériences, pour regarder l’horizon, où les étoiles, pas sa montre.

Ceux pour qui le vent et les vagues sont d’excellentes raisons pour aller à la découverte du monde, savent que leur route croisera systématiquement celle des pêcheurs. Inévitablement, cette rencontre porte en elle beaucoup plus qu’il n’y parait. Le surfer cherche la vague, le pêcheur la craint, le windsurfer ou le kitesurfer se nourrissent du vent, le pêcheur s’en méfie. Le rapport aux éléments ne peut en aucun cas être comparable, il serait illusoire de le penser, tant les cultures sont opposées entre des occidentaux, pour la plupart, en quête de jouissance sans entrave et de ce qu’ils pensent être la liberté, et des hommes d’un monde beaucoup plus rustre où le quotidien consiste surtout à subsister. Que reste t-il alors de ce télescopage de trajectoires de nature si antagonistes. Sans doute du respect mutuel et à fortiori beaucoup de considération du surfer – au sens large du terme, peu importe le « véhicule » – envers le pêcheur, figure tutélaire, emblème, image d’Epinal d’un certain rapport à la mer idéalisé.

Enjoy The Soup est un collectif composés de jeunes riders et de professionnels de l’image. Ils poursuivent des projets personnels et réalisent également des films pour des marques dont Chiemsee. Ce sont eux qui, lors d’un trip au Pérou, ont réalisé ce « beau » court métrage. Il nous est aussi arrivé en reportage de photographier des pêcheurs à Bali, au Brésil, au Maroc ou en Indonésie, nous pouvons comprendre cette sorte de respect ressenti au contact de ceux qui pratiquent encore la pêche de façon ancestrale ou au mieux « non moderne ». Et qui vont en mer chaque jour pour assurer leur subsistance. C’est finalement la rencontre de deux mondes à chaque fois. Le composite et le bois, l’ancien et le jeune, la modernité et la tradition, l’éphémère et le durable, l’hédonisme et la survie aussi. D’où ce sentiment de moment intense mais aussi, quelque part, de malaise. De lien véritable qui ne peut pas exister réellement.

Pourquoi ce pêcheur ici, dans un média de nouvelles tendances d’une néo-agence marketing. Il est admis aujourd’hui que le marketing de contenu –
l’inbound – passe par justement par un « contenu » de qualité, par un lien particulier tissé avec une audience. On réinvente le journalisme finalement. Rien ne sert d’avoir un « contenu » optimisé pour Google s’il n’est pas d’abord optimisé pour le lecteur. L’humain qui est au bout et qui ne reviendra pas si on lui propose un flux sans âme. Rien ne sert également de dupliquer la même ligne éditoriale que tout le monde. La glisse – bien que ce terme soit devenu un peu désuet – est très souvent traitée comme un passe temps pour ados attardés tout juste capables de se laisser hypnotiser par des vidéos où l’adrénaline gicle à plein tuyau.

Surfer’s Journal ou des sites comme The Inertia ont montré aux Etats-Unis mais également en Europe, qu’il y avait une audience pour une autre façon de voir le surf, qu’il y avait matière à des sujets sur la culture, l’art, l’aventure, la philosophie du sport et même la sociologie qu’il était temps de regarder cet univers autrement que par le petit bout de la lorgnette.

C’est aussi, et dans un genre différent, ce que nous faisons ici en élargissant l’idée au sport. Le sport de demain est une expérience de vie et pas seulement une épreuve

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