Le sport fait rêver. A l’origine, il ya le jeu comme diversion, comme amplificateur de l’existence. Le sport est d’abord un jeu, le jeu devient parfois un sport.

Il est porteur d’un récit, d’une ambition, de possibles, il nous emmène vers une ligne d’horizon. Le jeu, le sport n’existerait pas sans l’imaginaire dont on l’anime. Il invite les enfants, les femmes et le hommes à …. jouer, à se construire, se rencontrer, s’inventer des buts, des défis, des aventures.

Jusqu’aux années 70, le récit était exclusivement « sportif » au sens traditionnel du terme. Qu’on le veuille ou non, dominé par l’idée de « victoire ». Le vocabulaire des « commentateurs » en témoigne encore régulièrement. Puis la notion de réalisation personnelle est venu proposer une autre façon de voir le sport, de s’en saisir, de le vivre. Ce n’était plus tout à fait du sport, mais personne n’a trouvé le mot qui résoudrait l’équation. La grimpe, la glisse, l’outdoor mettent en jeu le corps mais surtout, sont une aventure de l’esprit, ce que le corporatisme sportif n’a jamais vraiment compris, trop occupé à mettre les impétrants dans des cases. Une ligne de fracture s’est ouverte.

Peut-être celle-ci n’a plus raison d’être. Peut-être. L’univers sportif est un tout, chacun s’y déplace à sa guise. Tout le monde a compris ou presque. Il n’y a pas d’un coté l’effort et la victoire, de l’autre l’évasion, l’expérience de soi. C’est dans la tête et le coeur de chacun que se dessine et se déplace cette ligne.

Le sport est un véhicule, c’est vous qui décidez du voyage.

Ce autre film de Jason Van Bruggen le démontre très bien. Il part pourtant d’une matière difficile. Ramer a un double sens au moins dans la langue de Molière. Et cette double signification va bien avec cet esprit français, à la fois si créatif et si prompt à voir le négatif. A vouloir sortir des cadres mais à les célébrer sans cesse.

Ce film est sublime car il tire un trait lumineux entre l’effort et l’expérience. Entre ce nouvel espace sportif apparu dans les années 70, et qui met la sensation en avant, et l’univers sportif traditionnel qui ne voit qu’une ligne d’horizon, celle de l’arrivée. Chacun se fera sa religion. L’un n’empêche pas l’autre, mais l’un ne doit pas effacer l’autre. Encore une fois, à l’heure où le mouvement sportif se cherche un nouveau souffle, tout lier au haut niveau, à la haute performance, aux Jeux Olympiques sous prétexte que nous les avons à domicile nous semble un aveuglement de plus. Le récit sportif d’aujourd’hui doit être multiple et en aucun cas lié uniquement à la « victoire », terme assez guerrier finalement et d’un autre temps. L’époque veut au contraire que l’humain, dans sa vie de tous les jours, devienne un peu plus responsable que conquérant, un peu plus conscient et un peu moins dominant.

Le sport de demain reste à inventer. Son récit aussi