C’est l’été. Le moment pour prendre le temps dit-on souvent. Effectivement après avoir passé l’année à essayer d’en gagner, on peut remettre en cause l’ordre des choses. Harmut Rosa a sans doute raison quand il lie accélération et aliénation (vers une théorie de la modernité tardive, Ed de la Découverte). Effectivement nombreux sont ceux qui profitent de l’été pour ralentir ou à minima administrer leur journée différemment.

Prendre le temps passe aussi pour l’acte de lire. Ouvrir un livre devient presque un défi aujourd’hui, un geste de résistance à la vitesse, aux écrans, à l’information au sens large du terme.

Le livre, c’est l’idée, l’histoire. L’écran, c’est l’information, le pragmatisme, les faits. Enfin, on peut le voir comme ça. Un roman ou un journal. Coté sport, un récit d’aventure ou l’Equipe. Une histoire ou un classement. Certes en été, il est permis de lire un journal, dont l’Equipe et un roman.

Wajung est un film de Nathan Oldfield qui met en scène Dave Rastovich sur une musique de Nick Wales. Il n’est pas intégrable dans cette page, allez donc le voir sur vimeo. On a souvent dit que le surf dépasse le simple cadre d’un sport, force est de constater qu’ici, le geste, le son et cette vision d’auteur montre que le surf est une expérience et tant vers l’expression corporelle, la danse, à une notion d’équilibre avec soi-même et la nature. Une grande place est aussi accordée à l’esthétisme.  Harmut Rosa, encore lui, qui s’élève contre le « toujours plus, toujours plus vite » qui en appelle d’ailleurs à la doctrine olympique trouverait sans doute adapté qu’on cale son concept de résonance sur ces images.

Le surf est au sport ce que le roman est au journal. Il dépasse le seul résultat, sa pratique propulse dans un récit. Aujourd’hui, de nombreuses disciplines sportives peuvent se vivre ainsi, dans une dimension beaucoup plus large. C’est vrai, nous abordons souvent ce sujet mais il est au coeur même de l’existence de Codezero, de la vision du sport que nous défendons et ce film, tout comme Headway, documente parfaitement le propos. Il est question de geste, de sensation, d’art sans doute. D’expérience c’est évident. D’où la nécessité d’un discours sportif qui ne soit pas seulement celui de l’appareil traditionnel.