Il aurait fallu, dès le début, accorder plus d’importance aux skaters. Il eut été préférable de voir en eux – et les aider à se voir ainsi – comme les héritiers de Walter Benjamin. Les skaters étaient et sont toujours des flâneurs dans la ville. Nous avions évoqué cette piste dans l’analyse VISION, « Skate, réponse et antidote à la brutalité de la ville. »

« La notion de flâneur, codifiée par W. Benjamin et son œuvre sur les « passages » de Paris, est employée dès la fin du XIXe siècle pour désigner les poètes et les intellectuels qui, en se promenant, observent de façon critique les comportements des individus.  » précise Giampaolo Nuvolati de l’Université de Milan. Il n’est pas interdit de faire un parallèle. On parle bien du rapport avec la ville et la société.

Ce dont ont souffert nombre de nouvelles tendances apparues dans les années 70 et 80 de la part de la société et des institutions, est d’avoir été mal perçues et mal comprises. C’est évidemment valable pour le surf, le skate, la grimpe aussi aux débuts des années 70 en Californie. Elles étaient pourtant révélatrices de profonds mouvements sociétaux, porteuses souvent d’une authentique culture nous avons souvent abordé ce sujet ici-même.

Ce film de Killian Lassablière met parfaitement en lumière cet aspect des choses.  Avec Unwordable, hommage mystique à la capitale française nous dit Konbini, il met en scène le skate non pas comme un « sport » mais comme une véritable exploration, un voyage. A l’heure où il faut repenser la ville et le rapport à la ville, au moment où on prétend revoir les modes de déplacement, on ne peut pas faire l’économie de la réflexion.

Sans doute les skaters auraient-ils pu eux aussi mieux se faire comprendre, on tient là l’une des principales problématiques de sports libres. Ils ne se sont pas questionnés sur leur rapport aux autres, sur  leur pouvoir de nuisance, sur leur « bruit » notamment. Le son d’un beau plateau neuf qui « claque » bien, résonne positivement à leurs oreilles mais n’est pas recevable par les gens avec qui partager l’espace urbain. Les marques automobiles ont bien compris à un moment que le bruit sec des portes de voitures devait devenir un véritable « son » positif et porteur de l’idée même de sécurité et de qualité. Sans doute les skaters auraient-ils du s’interroger et travailler leur « signature sonore » et non pas se satisfaire de faire peur à mémé. Il n’est pas trop tard.