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Publiée par Hydrofoil Pro Tour sur Dimanche 1 septembre 2019

• Le circuit SailGP est à Marseille. il est question de technologie et de vitesse, c’est ce que retiennent les médias grand public. Le parallèle avec la F1 est immédiat. Les F50, ces foilers à ailes rigides sont fabuleux.

• Le circuit Imoca est en Bretagne. Les bateaux du Vendée Globe se mettent à faire des runs. On mesure leur vitesse maxi. C’est impressionnant, c’est aussi efficace (et simple) médiatiquement parlant. Là aussi, difficile de ne pas être bluffé par ces voiliers. Sur les réseaux, les teams lâchent les vidéos de leur proto. Comme celle d’Hugo bosse à la fin de cette réflexion. Une bataille d’image est engagée.

• Les Ultims, ces trimarans géants capables d’enjamber le monde en 40 jours s’appuient sur des vitesses de pointe devenues hors-normes. Ils font rêver, mais leur récit se résume – et c’est dommage – à un chiffre. Dans leurs cockpits fermés, les skippers ne voient plus rien du monde qu’ils survolent.

La voile et ses bonds technologiques, s’est métamorphosée. La France, avec ses chantiers, ses architectes et ses marins, donne le ton dans cette aventure qui fait rêver les passionnés du monde entier y compris les Anglais, on peut en être fier. La vitesse est devenue l’objectif numéro un, le discours majeur des teams et de leurs communicants.

Le constat amène un certain nombre de questions :

• La puissance, la vitesse et la performance absolue étaient des valeurs presque naturellement liées à l’univers mécanique. Lire ici.

• Le voile se les accapare pourtant au moment précis où les problèmes environnementaux posent la question même de la survie de l’espèce humaine et du modèle occidental, à minima une nouvelle façon d’agir dans le monde C’est étonnant de l’écrire, mais c’est pourtant la réalité aujourd’hui. Lire ici.

Les bipèdes que nous sommes sont donc amenés à penser leur avenir autrement. Vite. La consommation, la production, le mode de vie. Le sport ne peut pas y échapper, la voile pas plus. Hors la course en avant du sport ressemble à la fuite en avant du monde occidental. Le toujours mieux rappelle étrangement le toujours plus. La critique qui rapproche le sport moderne du capitalisme ne date pas d’hier (Jean Marie Brohm et d’autres)

La voile serait bien placée pour capter l’air du temps, puisqu’elle est adossée à une énergie renouvelable, elle n’en prend pas le chemin en se déclinant sur un mode « tout carbone » et entièrement tendu vers la performance pure. Elle singe l’automobile, ses codes et son récit au mauvais moment.

Il faut une grue pour mettre à l’eau un F50. Des années de R&D et des budgets colossaux. Beaucoup de composites et des montants conséquents pour un Ultim, des milliers d’heures de travail (35 000) pour un seul Imoca, dernière génération. Bien sûr, il y a la Formule 1, le moto GP et tant d’autres sports dévoreurs d’énergie et producteurs de fumée. Avant ça, les transports aériens, le transport maritime et même le poids du réseau internet sur lequel nous publions. Mais on ne fera pas le sport de demain en renvoyant la patate chaude aux voisins.

La voile qu’on rêve de réimplanter sur les cargos,  ces mêmes cargos que l’on va faire ralentir pour qu’ils consomment moins, cette intimité de la voile avec le vent la rend même résolument moderne. On parle de valeurs. De valeurs de demain.

La visibilité de la haute compétition, sa capacité à faire rêver lui donne donc des responsabilités. L’efficience de demain, la vraie serait d’aller très vite, pas dans l’absolu, mais en relatif, en pesant moins sur le monde. Être moderne aujourd’hui n’est plus d’aller aveuglément vite. Un règlement dans ce sens pousserait les ingénieurs à faire mieux avec moins. C’est le job dans lequel ils excellent. Lors d’un colloque sur le RSE dans la course au large, très récemment à Paris, alors que le débat glissait vers l’impact, le représentant de l’Imoca n’a pas saisi la balle au bond. Certains skippers en sont conscients, et en coulisse, on dit même que certains sponsors réfléchissent à de nouvelles stratégies. La course mais pas seulement.

Une société plus consciente de son environnement ne se construira pas sur le « toujours plus ». C’est le propre de l’homme jusqu’ici avec les effets de bords malheureux que l’on constate. Nous adorons aussi la vitesse, mais elle est le fruit d’une culture qu’il faut « dépasser ». Ou abordons là autrement.

Regardez si vous ne l’avez pas encore fait la séquence de kitefoil qui ouvre cette analyse : peu de vent, peu d’énergie, mais de l’efficience. Le propos n’est pas de dire que le kitesurf est mieux que le bateau, le propos est de comparer les moyens mis en oeuvre pour atteindre une vitesse donnée.

Big n’est plus forcément beautiful.