Aimer une « séquence » sportive pour ce qu’elle porte d’esthétique est un sentiment qui peut concerner tout le monde et tous les sports. Même les sports compétitifs normés, chiffrés, ceux qui n’existent que parce qu’ils produisent un résultat.

  • Certains joueurs de football sont admirés pour leur capacité à faire des « gestes techniques » qui souvent sont des beaux mouvements.
  • Des sprinters sont appréciés pour leur gestuel, en athlétisme, on parle peu de style mais c’est un sujet. Après tout, on choisit certaines disciplines par mimétisme.
  • Les joueurs de tennis produisent du beau geste
  • Les sports de combat, les arts martiaux en particulier font de l’attitude, du geste, un art justement.

Malheureusement, le « résultat », le score, le record, le chiffre, prennent le pas sur le reste. Trop souvent.

Certains sports s’y prêtent d’avantage, c’est culturel. Le skate, le surf, le snowboard, tout ce qui relève de la glisse, le geste est une matière première. L’esthétique, le style sont des fondamentaux.  C’était vrai en grimpe, sans doute un peu moins aujourd’hui, elle est devenue très technique, elle est au J.O, ce n’est pas une coincidence. C’est aussi le cas dans les disciplines du vélo venues de la sphère californienne. VTT slopestyle ou freeride, BMX également. Il y a même eu un terme pour ça, le freestyle, qui désigne encore des disciplines à la fois tournées vers la figure « libre » mais aussi vers la production d’un geste sophistiqué et esthétique.

Nous y voilà. Nous parlons bien de recherche esthétique. De sport « libertaire ». Kilian Bron est à la fois un bûcheron et un esthète. Un athlète au style engagé, un pilote capable de produire du style. Dans sa web serie, rondement menée et magnifiquement filmée, il fait du freeride, il est hors cadre compétitif, il soigne le geste, l’attitude. Nous avons souvent parlé des parallèles entre le sport et la danse, nous ne sommes pas le seuls. Red Bull l’a fait mais aussi des sociologues, des danseurs et bien sûr des sportifs.

Aujourd’hui, de nombreuses pratiques sportives sont guidées par une envie de liberté et d’esthétique. A l’heure où une grande partie des conversations des spécialistes du sport se focalisent sur la transformation digitale, il ne faut pas l’oublier. L’émotion n’est pas numérisable.