Dix huit mois de construction, 30 mètres de long, un budget sans doute pharaonique, le trimaran Macif est ce qui se fait de mieux actuellement en termes de course au large. Les mauvais esprits diront qu’il en va comme pour les yachts des émirs, il y aura plus rapide et plus moderne à un moment ou à un autre.

Etre admiratif de ce bolide qui c’est certain permettra à François Gabart d’avaler les océans toujours plus rapidement ne doit pas empêcher de se poser la question suivante : si la course au large se développe, elle a aussi un impact sur la voile elle-même. La manière dont elle est perçue par le grand public. Inconsciemment elle influence les désirs, la manière dont le public justement va se projeter. Ou pas. Dans quel sens et dans quelle proportion s’opère cette influence, c’est un (délicat) sujet de réflexion.

La voile n’est pas qu’une histoire de compétition, de grand large, de vitesse pure et de records. La voile est avant tout une affaire de liberté. Il a semblé que Moitessier, celui qui a fait rêver tout le monde, posait sur tout ça un regard assez romantique. La course est passionnante (Moitessier aimait ça d’ailleurs) certes mais elle se conjugue avec la performance, la sélection le classement et pour tout dire l’élitisme. Curieusement des notions que la société française semble rejeter quand on sort du registre du sport. La course, la performance riment également avec la complexité et l’exigence. On sort pour de bons des sphères de la liberté et de l’accessibilité.

La course a du bon et les multicoques géants fascinent. Les sponsors s’offrent donc à travers eux de la visibilité. Pour preuve, les réseaux sociaux avec un déferlement de photos de la mise à l’eau savamment orchestrée. Ce qui est bon pour eux à court terme n’est pas forcément bon pour un sport à long terme. Après le trimaran plus grand que l’ancien trimaran plus grand, où est l’histoire ? Dans les milieux autorisés, on dit que les français se désintéressent de la Coupe de l’America parce que c’est une course de milliardaires ? Préfèrent-ils les courses de banquiers et d’assureurs ?

Cette vidéo d’une petit bateau en bois faisant du rase caillou parait donc désuète. Un vrai de truc de vieux diront les jeunes et ils auront raison. Il y est pourtant question de liberté. Peu de chance qu’on la voit pourtant à la TV. C’est là tout le problème finalement. Dommage parce que cette petite navigation belle et simple est sûrement un des meilleurs arguments marketing que la voile, au sens large du terme si vous nous permettez l’expression, ait à vendre.

A moins que la sphère de la course au large soit complètement déconnectée de la voile normale et que le public le perçoive ainsi. La question est posée. Ne pensez pas une seule seconde que nous n’aimons pas la régate ou la course au large, c’est tout le contraire….