En résumant à gros traits, on peut dire qu’il y a deux « mondes » dans la voile mondiale.

En France, c’est la course au large qui domine. Et franchement, il y a de quoi être fier. Nous avons « inventé » des grandes courses (Vendée Globe, Route du Rhum) dont la résonance est planétaire, la scène française a produit de grands marins et continue de le faire, parmi les meilleurs architectes navals de la planète, ils ont développé des bateaux fabuleux pour repousser toujours plus loin les limites du déraisonnables. Ce monde là, moderne et technologique, est financé par les sponsors. Très souvent de grands groupes du CAC 40 mais aussi par les PMI-PME

A l’opposé, la voile anglo-saxonne est – au moins en partie – plus traditionaliste. Elle est beaucoup moins orientée course au large (qu’elle n’ignore toute de même pas) et cultive davantage le goût de la régate en équipage entre les bouées. C’est aussi, en partie tout du moins, un monde de propriétaires. Entendez par là, de riches propriétaires.

On notera au passage cette ambivalence. Ce sont les anglo-saxons, toujours « libéraux » aux yeux des français, qui naviguent en équipages, pour lesquels la notion d’équipe est primordiale, quand ce sont les français, en tant que nation, toujours prompts à dénoncer le modèle anglo-saxons supposé individualiste donc mauvais par nature, qui sont les spécialistes de la navigation en solitaire. Quand on connait en coulisse, la place que prennent les égaux dans la voile hexagonale, on peut raisonnablement sourire de cette ambiguïté locale. Au final, il y a autant d’argent en circulation, mais en France on aime sauver les apparences. Fin de l’aparté.

Les riches propriétaires ayant de quoi financer leurs bateaux, ceux-ci sont dépourvus de sponsors. Les anglo-saxons étant plus traditionalistes, ce sont d’immenses monocoques. Sophistiqués bien sûr.

Pour y avoir souvent assisté de près, également à bord, ce type de régate est un spectacle extraordinaire. Il n’est pas ici question de juger ou de comparer avec la course au large, simplement de souligner (une fois de plus, certes) que ce que la voile française a gagné en technicité et en efficacité, elle l’a perdu en élégance et sans doute, en pouvoir de séduction. Si les trimarans ‘ultimes » font indéniablement rêver par leur démesure et leur capacité à raccourcir les distances, la classe Imoca pourrait raisonnablement – à minima – entamer une réflexion sur son identité. Les bateaux sont fabuleux mais assez laids si on veut bien l’admettre et l’omniprésence des sponsors, couplée au naming, ont fait de cette classe un véritable tunnel publicitaire. Oui, il y a du monde au départ et à l’arrivée du Vendée Globe mais ça n’occulte pas le problème de fond. Dans quelle mesure cette voile là n’entame pas le potentiel, on ose le mot – romantique – de la voile, personne ne le sait. Personne n’a d’ailleurs envie de se poser la question qui pourrait être gênante après tout.

Regardez ces images. Jugez par vous même.

Vignette : Giraglia Rolex Cup. www.thierryseray.com