Ce qui rend précieux Kilian Jornet est ailleurs. C’est la manière, ce don qu’il possède de rendre les choses apparemment faciles, cette façon bien à lui de réinventer la montagne

Kilian Jornet, ce garçon qui monte au Mont blanc en basket, cet être un peu à part qui court dans une dimension qui ne sera jamais la nôtre, ce sportif au look adolescent qui ne semble pas un seul instant se soucier de son image et qui du coup, en a une excellente, transparente, ce garçon qui n’est que lui-même, un gars qui court plus vite et beaucoup plus longtemps que les autres est devenu alpiniste par le grâce des ponts que l’on vient de tendre entre trail, ultra-trail, ski, ski-alpinisme et alpinisme.

L’outdoor, au sens large du terme, ce qui se joue dehors, ce qui se joue en montagne, se réinvente tout le temps et c’est ça qui en fait sa richesse.

Kilian Jornet donc, est porteur depuis longtemps d’un projet qui dépasse sa foulée mais qui est conforme à une belle ambition. Oui, une ambition peut être belle. Summit of my life. L’idée, on vous résume ça rapidement, était de faire l’Everest comme il fait le reste. Façon Flash Gordon. N’en doutons pas, ils devaient être nombreux en montagne, à penser que le changement d’échelle ne serait pas à son avantage, qu’on ne s’invite pas comme ça chez les dieux. Surtout un simple coureur à pied…

Jornet l’a fait. Il n’est plus depuis longtemps un simple coureur à pied. Il l’a fait. L’Everest en 26 heures. La plupart des médias ont donc relayé l’info : Everest… Jornet… 26 heures.

Les magazines spécialisés ont davantage décortiqué l’affaire. C’est leur métier. Ont expliqué comment un tel exploit pouvait être possible. Wider a précisé que ce n’était pas le record absolu. Une question de parcours. Peu importe serait-on tenté de dire. Un autre site a fait une infographie. Une animation plus précisément. On voit la trajectoire suivre la pente, longer la vallée, la ligne tendre vers le sommet. Ca dure à peine une minute, ça pourrait être une séquence TomTom entre Bastille et République. L’aventure réduite à un trait qui bouge sur un écran et qui gomme le relief, les pas, le froid, l’effort, la pente, la nuit, le vide, le risque, l’altitude, le néant, la souffrance, la dimension extraordinaire, la mort, sans compter tous ceux qui ont disparu là. L’absurdité digitale.

C’est un détail. Dans le cas de l’Everest mais on pourrait faire le parallèle avec le record du GR 20, toute proportion gardée, la vitesse, à ce niveau ne nous dit rien, ne nous raconte rien. Elle est inhumaine. Ce qui rend précieux Kilian Jornet est d’une autre dimension. C’est la manière, ce don qu’il a de rendre les choses apparemment facile, cette façon bien à lui de réinventer la montagne qui n’était auparavant qu’un univers de souffrance et d’effort, de technicité. Bien sûr Kilian Jornet est un menteur, un falsificateur. Ce n’est aisé à ce point que pour lui. Mais il donne envie. C’est le jeu. C’est pour cette raison que symboliquement, on le suit, on s’invente ultra-trailer tous les dimanches. Au moins pendant une heure.

La valeur ajouté de son exemple est dans cette vidéo ci. Dans son énergie, son sourire, son style, sa simplicité apparente. Le record est un chiffre qui ne nous parle pas. Le reste oui.