Chris Burkard photographe californien de surf possède un capital « sociodigital » important : 2,8 millions de followers sur Instagram. Lufthansa s’est rapproché de lui pour sa série #lifechangingplaces

Chris Burkard a 31 ans mais déjà de longues années de voyages derrière lui. Il est un des plus talentueux photographe de surf, il a renouvelé le genre. Sa trajectoire et son talent sont source d’inspiration. Finalement, il est plus sain d’inspirer que d’influencer, la nuance n’est pas anodine.

Que nous dit-il ? : l’ailleurs n’est pas partout ; Le vrai voyage, non pas celui que vous faites mais celui qui vous fait pour paraphraser Nicolas Bouvier (L’usage du monde), n’est pas un produit de grande consommation, c’est une expérience personnelle. Burkard aborde par ailleurs un point capital, un sujet qui fait débat. La fameuse « déconnection ». Il a 31 ans, on moquerait le propos s’il avait vingt ans de plus, il faut donc l’entendre car ça sous-entend en passant que ce ne soit pas forcément un débat de génération.

A l’heure où les premiers signaux d’un rejet du tourisme de masses se font jour, ce film n’a que plus de valeur, il faut savoir sortir de sentiers battus et trouver sa propre voie, sans doute sous de nouvelles latitudes, c’est ce que suggère le film et que souligne Luc Bouvier INSIDER du Think Tank Codezero dans le texte qui suit. 

 

Notre ère digitale qui nous emballe et nous fait chaque année tapoter un peu plus sur nos écrans, engendre un désir d’épaisseur, un désir d’être réveillés par nos sens. Notre civilisation est devenue image, exposition. Alors dans ce tsunami, le récit d’une voix sur une expérience vécue s’impose de plus en plus pour rajouter à l’image, une dimension supplémentaire, une profondeur.

Nous n’avons jamais été aussi stimulés de toute part, jamais la notion d’espace et d’ailleurs, n’a été autant exploitée qu’aujourd’hui. Dès lors comment une compagnie aérienne telle que la Lufthansa choisit-t-elle de communiquer ?

En racontant l’histoire d’une démarcation. Démarcation du tourisme de masse, du poli de nos écrans ; il faut du rugueux et de l’histoire. De l’épaisseur temporelle aujourd’hui la plus à même à retenir l’attention au delà des images. La rugosité des îles Lofoten voilà la première strate.

La deuxième épaisseur intervient par cet « ailleurs » qu’on pense ne plus parvenir à trouver. C’est le récit, le poids du temps, le filtre d’une expérience.

Chris Burkard photographe californien de surf possède un capital « sociodigital » important: 2,8 millions de followers sur Instagram Lufthansa est donc venu stratégiquement vers lui pour un épisode de sa série #lifechangingplaces  réalisée par Vincent Urban. Le photographe nous raconte  que tout, par habitude, peut nous lasser y compris les plus belles vagues serties des plus belles plages ; tropicales évidemment.

Aucune carlingue, aucune aile d’avion dans un ciel azur dans ce film ; trop vu. L’exotisme du froid. Tout comme le tourisme hivernal était balnéaire  au début du 20 ème siècle tandis que l’été se passait en oxygénation ou en cure à la montagne avant de se renverser ; nous assistons (est-ce une incidence du réchauffement climatique ?) à une tendance pour le boréal, les forêts de Sibérie, surf d’arctique (voir notre article ici…)

Autre tendance que nous soulignons, comme il est dit « wifi partout, plages bondées, beaux hôtels », autrement dit il y a tout, il y a même trop plein. « je savais que quelque chose manquait » dit Burkard. Paradoxal mais tellement vrai.

Ce qui manque c’est le vide, la déconnexion, la solitude choisie.

Bien évidemment, ceux qui ont un temps d’avance du voyage ou du tourisme sont dans des ailleurs dont les publicités mainstream parleront dans quatre ou cinq ans…

Luc Bouvier