Commençons par l’essentiel : que signifie le mot freeride, qu’englobe t-il, est-il réellement tangible, à quelle réalité correspond t-il ?

Le freeride désigne une pratique libre. Sans but déterminé autre que le plaisir. Faire du freeride, ce n’est ni s’entraîner ni concourir, c’est faire l’expérience du sport en lui-même. D’une certaine manière, la notion de freeride rappelle le « Vivre sans temps mort, jouir sans entraves » utilisée comme « devise » par Les Enragés de Nanterre (en 1968) dont Guy Debord et les situationnistes se réclameront. Faire ce parallèle n’est pas anodin – le sport est un des reflets de la société – ce mot matérialise finalement la ligne de démarcation entre deux conceptions du sport, la première qui regroupe les « disciplines » – les mots ont un sens et celui-ci est strict par nature – régies par des règles, une seconde dans laquelle les pratiquants décident de s’en passer pour évoluer différemment. Les deux ayant leurs qualités et leurs défauts.

S’il fallait définir l’antithèse du mot freeride, nous écririons sans hésitation le mot « fédération »

Ce n’est en rien une sentence, encore moins un jugement, et surtout pas une accusation. Simplement un constat nécessaire si l’on veut bien admettre et comprendre que le sport aujourd’hui se vit de multiples façons. La fédération est le sommet d’un système vertical, elle a en charge la gestion globale d’une discipline. Elle a surtout un rôle de détection de talents afin de les propulser vers le haut niveau et sa vision unilatérale du sport provoque ses limites actuelles, les fédérations ont très rarement su comprendre les nouvelles tendances (running, skate, windsurf, grimpe, snowboard). Les « fédé » sont devenues au sport ce que le « parti » est à la politique. Les communautés sportives se réinventent d’ailleurs sans elles.

Le freeride relève plus d’un fonctionnement horizontal, open source, dans lequel chacun évolue librement. La substance même du freeride est la pratique libre, le ressenti, la recherche de sensation, du geste, la partage de préférence à la confrontation, la comparaison qui remplace la  domination, le libre-arbitre plutôt que l’arbitre (Alain Loret), la nature à la place du stade, la plaisir au lieu du résultat. Le freeride en appelle aussi à cette notion de résonance dont parle le sociologue Harmut Rosa, lisez aussi ce que Codezero publiait sur le flow, cet état de conscience modifié qu’évoque entre autres les grimpeurs. Toutefois, si l’on veut être honnête, un courant sportif doit à un moment où a un autre passer par un stade de structuration pour survivre et se développer.

Cette différence nous semble essentielle à réaffirmer à l’heure ou de nombreuses voix suggèrent que les J.O de Paris 2024 doivent être l’occasion de réaffirmer la place du sport dans la société, voir de la réinventer. Comme si les J.O étaient le seul moyen, un rendez-vous absolu, comme si la compétition n’avait que des vertus. Rappelons qu’Innsbruck, par référendum vient de refuser de candidater pour 2016 (J.O d’hiver), prouvant s’il en était besoin que les Jeux ne sont plus perçus comme la référence indépassable.

C’est un sujet récurrent de Codezero, mais nous pensons qu’envisager le sport uniquement au travers les valeurs de la pratique compétitive, c’est ne le voir que d’un oeil, le cantonner dans un espace donné qui déjà, ne correspond plus à tous les désirs sportifs. Nous avons développé ce thème à plusieurs reprises, nous vous invitons donc à relire deux analyses très importantes à nos yeux :

Toutes ces précisions étant faites, passons au sujet, et vous allez comprendre pourquoi nous avons cru utile de contextualiser. Lorsque Red Bull a sorti « Where the trail ends », un film de mountain bike à gros budget, le parallèle avec les films de skis « freeride » justement était saisissant. Il y avait la pente, des riders qui traçaient des « lignes », tout était comparable. La poussière des montagnes chinoises remplaçait seulement la poudreuse des alpes, les gros vélos tenaient lieu de skis. C’était l’essence même du freeride. « Where the trail ends » était par ailleurs un signe évident de cette transversalité culturelle dont nous parlons souvent. On pouvait utiliser un vélo comme une paire de skis, on pouvait surfer les chemins.

Ce nouveau film toujours produit par Red Bull avec encore force budget, des stars comme Cam Zink, Darren Berrecloth, Carson Storch et Tom Van Steenbergen, bref, la crème de la crème, va toujours dans le même sens, la montagne, l’exploration, le partage, la recherche du geste idéal, le freeride se rapprochant à nos yeux, dans certains cas, comme le tricking, le skate ou le ski, de l’expression corporelle et pourquoi pas de la danse.  Vous noterez aussi comme nous l’avons dit dans le passé et comme l’a bien décrit Luc Bouvier Insiders du Think tank Codezero dans sa dernière analyse, le froid est bel et bien le nouvel exotisme, c’est le deuxième trait marquant de ce nouvel épisode.

Le freeride se pratique en ski, en snowboard, en windsurf, en vtt, Jean Baptiste Chandelier nous en donne une très bonne définition en parapente, il devrait pourvoir se pratiquer en voile nous en sommes persuadés, le mot n’a pas cours en surf mais on parle alors de soul surfing. La clé est peut être là car c’est une autre façon de parler d’une recherche similaire. La liberté. Loin des lignes, des points, des juges, des règles.

Le freeride est un dénominateur commun. C’est plus qu’un nom, c’est un mot de passe, un code d’accès, un univers, une culture, une vision, une réalité, celle d’une manière de vivre son sport.

Codezero

Le freeride, c’est le logiciel libre du sport