Les nouveaux VTT électriques que présentaient fin août les constructeurs à l’Eurobike redéfinissent l’usage du VTT. Pour certains, ils ont tout d’une moto tout-terrain. La motorisation, les suspensions, le prix. Sans le bruit et les émissions moteur. C’est là que ce situe le champ de réflexion le plus intéressant pour les années à venir. Quel sera le transfert d’usage et de clientèle …

Le vélo devient électrique, le signal n’est plus faible. En partie tout du moins. Le phénomène est en train de transformer le marché du vélo tout-terrain, il imprègne le vélo de ville, il va engendrer beaucoup de progrès, en termes d’agréments, de performance, d’autonomie, amener de nouveaux engins et usages comme les vélos cargos par exemple, il débouchera probablement dans les années à venir sur une nouvelles définition du vélo, pour le moins de la mobilité, il mettra un peu plus de temps à se concrétiser dans l’univers du vélo de route, c’est culturel, mais il est fort possible que cette transformation ait lieu un jour ou l’autre.

Le monde du VTT est donc sous l’influence de l’assistance électrique, c’est même un raz de marée sur le plan médiatique et technologique. Le marché est prêt, la distribution aussi (quoique..) les clients sont demandeurs, les constructeurs produisent depuis deux à trois ans un intense effort d’innovation qui devrait durer quelques années. C’est une guerre, une guerre technologique et marketing pour des places de marché.

 

Pour l’instant, les VTTAE sont des engins assez haut de gamme et soucieux de leur images, les constructeurs se battent sur le créneau haut de gamme et sur ce qui s’apprente à des vélos d’enduro, c’est à dire aptes à bien monter mais à être performants en descente. Specialized (le petit dernier le Kenovo a été présenté la semaine dernière, il coute 6290 €), Haibike, Rocky Mountain, Lapierre, Commençal, Moustache, Mondraker et tous les autres rivalisent en termes d’innovation, de design, de technique. Les prix montent en flèche et se rapprochent du prix des motos de tout-terrain. L’usage aussi finalement.

En fait, c’est là que ce situe le champ de réflexion le plus intéressant pour les années à venir. Les nouveaux VTT électriques que présentaient fin août les constructeurs à l’Eurobike redéfinissent l’usage du VTT.

Les passionnés pourront aller plus loin, plus vite, plus haut, en souffrant moins. L’usage du VTT se rapproche de l’enduro en moto, vraiment cette fois. Sans bruit et sans émission de gaz à effet de serre. On y retrouve une partie du plaisir de la moto, sans les inconvénients, avec la sensation de faire du sport et sans arrière pensée environnementale négative. Certes, la moto est une autre expérience mais on parle ici du parallèle et de ce qu’il peut engendrer. Les formes les plus engagées du vtt étaient déjà un moyen de retrouver les plaisir de la moto tout-terrain à moindre frais, la motorisation électrique devrait accentuer ce phénomène, il ne faut pas se mentir. Un poids lourds comme Bosch communique déjà sur le plaisir de la montée, ce qui n’était pas vraiment un champ d’investigation avant. La montée va donc cesser d’être une souffrance, écartant ainsi le vélo d’une partie de sa « culture » initiale héritée du cyclisme. Donc séduire de nouveaux adaptes.

La métamorphose est moins avancée coté vélo de ville, ça dépendra aussi de la législation, mais les vélos électriques peuvent changer durablement le déplacement en agglomération et même en banlieue si l’on considère le segment des vélos rapides (législation à 45 km/h). Arriveront aussi fatalement, les scooters électriques. A l’heure où Libération fait sa UNE (édition du samedi 2 et dimanche 3 septembre) sur le vélo et la ville, on peut aussi se poser une série de questions :

  • Quelle place prendra le vélo électrique de ville.
  • Quel impact aura t-il sur le marché du scooter ?
  • Quel choix feront les femmes et les familles* dans l’avenir ?
  • Dans quelle mesure les marques de vélos ne vont-elle pas challenger les marques de motos dans la mobilité ou une partie de la mobilité ?

*Il sera sans doute plus acceptable et considéré comme moins dangereux d’acheter un VAE sympa (et il y en aura) à un ado, qu’un scooter classique à moteur, où à minima un scooter électrique.

En résumé, le vélo à assistance électrique (VAE) va donc profondément changer le marché du VTT et du vélo de ville. Ce faisant, il peut grignoter des « clients » au monde la moto sur le segment de la moto tout-terrain (qui s’endort sur ses lauriers depuis trop longtemps si l’on excepte la KTM Freeride qui partait d’un autre postulat), mais aussi sur le marché de la mobilité en ville est c’est peut-être plus grave pour le monde de la moto considérant que le scooter est depuis longtemps un gros relai de croissance pour les marques. Bien sûr, cet impact là sera limité aux petits déplacements mais le poids des législations anti-pollutions pourrait également avoir de lourdes conséquences…

Autant d’hypothèses