Le discours politique associe régulièrement le sport et la banlieue et promet souvent que le premier pourrait sauver la seconde.

Depuis l’attribution des Jeux Olympiques de 2024 à la ville de Paris, les esprit s’échauffent et élaborent toute sorte de scénarios. Les J.O vont être l’occasion de mettre tous les français au sport, de les réconcilier avec leur santé, et peut-être propulser le pays dans la stratosphère. Ce rendez-vous oecuménique serait enfin le moyen de donner un sens à la vie de ceux qui habitent dans les zones défavorisées.

Bien évidemment, le sport à défaut d’être un ascenseur social qui fonctionnerait pour le plus grand nombre ou une solution miracle pour une intégration en panne, a beaucoup de vertus. Il socialise, il apprend à vivre, à se confronter, il permet d’expérimenter la joie, la réussite, la difficulté aussi, il permet de se considérer soi-même, au milieu et avec les autres.

Cependant, vouloir régler avec le sport des problèmes qui dépassent largement le cadre de la pratique sportive est un leurre, à fortiori en appliquant un modèle élitiste donc inadapté au plus grand nombre. On ne sauvera pas la banlieue en construisant des stades quand le sport s’est progressivement éloigné de ceux-ci. En outre, dans le sport « normé », il n’y a qu’un vainqueur, les J.O ne célébreront que lui. Comment apprendre que la défaite et l’ombre peuvent être aussi le résultat d’années d’efforts et de sacrifices à des jeunes qui peinent déjà à trouver leur place dans la société ? Comment non pas canaliser leur énergie, leur soif de vivre et d’exister dans un référentiel dont ils n’ont pour la plupart que faire.

Le phénomène Bikestormz est apparu en 2014, initié par un jeune londonien. De quoi s’agit-il ? De centaines de jeunes passionnés de vélo urbains serait-on tenté de dire qui se réunissent. Pas seulement. De centaines de jeunes avides de vivre, d’exister même.

Parti de Londres, le mouvement s’est étendu à tout le pays avec cette volonté de fédérer les jeunes des quartiers pauvres. Mac, l’initiateur, l’explique lui-même : “Le but du Bikestormz, c’est d’unir les jeunes et de mettre fin aux guerres entre quartiers.” Les jeunes se rassemblent pour créer une véritable unité, loin des embrouilles de banlieue. Leur devise : “Lâchez les couteaux et montez à vélo.” (source Redbull.com)

Bikestormz célèbre le ride en toute liberté et si possible en roue arrière. En vélo, c’est une version soft et acceptable du wheeling en moto, la vitesse, le bruit et le risque en moins. La démarche est la même : se lancer, oser, transgresser, se démarquer, s’affirmer, ne pas être dans la règle, se montrer, être différent. Qui pourrait reprocher ces désirs à un jeune. Avec Bikestromz ils investissent la ville, symboliquement ils l’envahissent et la partagent à la fois. L’affaire est beaucoup moins superficielle et anodin qu’il n’y parait. Les riders de Bikestormz sont les héritiers d’autres rebelles sur deux roues, les Bikeriders que photographiait Danny Lion, ils sont aussi proches dans l’esprit des 12 O’clock Boys de Baltimore. Le documentaire a fait le tour du monde. Il y a des racines sociales à se mouvement, l’ignorer tiendrait de la cécité volontaire.

Bikestormz est un mouvement social d’abord, culturel d’une certaine manière, sportif dans les faits sans qu’il faille s’attendre à ce que la fédération française de cyclisme y voit une opportuniré. Bikestormz est une révolution soft, acceptable, une chance. Ne vous y trompez pas Arte en a déjà parlé. Ils proposent un mouvement pacifique, leur mouvance n’en ait pourtant pas moins sérieuse. Leur démarche en appelle au sport « libre », sans contrainte, sans structure, sans hiérarchie. Comme le skate. Leur discipline est plus proche de la recherche du beau geste que celle du classement. Comme le skate. Leur instrument, le vélo, est qui plus est à la fois intemporel, un vecteur aussi de modernité à l’heure de la néo-mobilité. Enfin Bikestormz replace le « sport » au milieu de la cité, c’est un thème d’actualité.

Coubertin et les J.O, pas plus que la vague artificielle imaginée à Sevran ne sauveront pas la banlieue. Le sport ne réglera pas un problème humain, économique et social enraciné depuis des décades. Nous avons cependant la faiblesse de penser que le « sport » en tout cas, ce que le jeu peut porter d’élan libre, peut être une partie de la solution. Bikestormz est une initiative qui vient du terrain, c’est précieux.