Dans les évolutions du sport, de la culture sportive, des motivations sportives, la nature a en partie remplacé le stade en tant que lieu référentiel de la pratique. C’est un fait incontestable en outdoor et en glisse. Un autre « monde » sportif est venu complété la réalité sportive traditionnelle. Beaucoup de sportifs passent d’ailleurs d’un univers à un autre au gré de leur différentes envies, des phases de leur vie. Dans un sens ou dans un autre. Nous en avions déjà parlé, les années 70 et 80 ont été le creuset de cette évolution de fond, directement issue des grands changements sociétaux.

La culture urbaine participe également du même phénomène mais elle a sans doute davantage « souffert » d’un manque de reconnaissance. Le skate, le BMX ou le roller étaient sans doute encore moins assimilés à des « sports » dans l’esprit des institutions sportives où des institutions tout court.

Regardez maintenant ce film. Au delà du fait qu’il a un énorme retentissement dans la communauté BMX et même bien au-delà, il montre une pratique sportive qui s’est totalement insérée dans le tissu urbain. Le BMX, tout comme le skate est né en californie, mais il a su fleurir et se développer sur le béton. Il a même donné au béton quelques lettres de noblesse. La ville est devenue un enjeux, un terrain de jeux qu’il fallait lire et expérimenter d’une autre manière. C’était une façon de se l’approprier dont il fallait tirer partie. Malheureusement, les pouvoirs publics et la société en elle-même, n’ont su produire que de l’interdiction.

En 2013 est sorti un documentaire intitulé 12 O’clock Boyz. Réalisé par Lotfy Nathan, ce film a connu une large exposition médiatique, de Vice au très sérieux The New York Times. 12 O’Clock Boyz racontait l’histoire d’une partie de la jeunesse de Baltimore qui traverse la ville en roues arrières dans une sorte de rodéo moderne. Une forme de révolte sociale et identitaire. La pratique est encore courante aujourd’hui. Konbini notait à l’épique que : « Si l’illégalité est inscrite dans la pratique de ces 12 O’Clock Boys, elle ne l’est que de manière conjoncturelle. Tous sauf des bandits, ce ne sont que des mecs qui désirent réinvestir la ville. Loin des rixes et des intrigues de gangs, ils font société là où bien souvent il n’y a rien d’autre. ».

Un des jeunes témoignait d’ailleurs : « Tout ce que l’on veut c’est que la ville nous donne un endroit où conduire. ». Vous pouvez décliner pour le BMX et le skate…

La moto, tout comme certains sports urbains participe d’une culture. Elle séduit bien au delà de l’univers sportif classique et pour d’autres raisons. Mais ces sports peuvent se vivre dans le cadre de la ville. Ce détail est capital car faire l’expérience de la ville, de son propre territoire de cette façon est une façon de se l’approprier au lieu de s’en sentir exclu. A priori, la « politique de la ville » n’a jamais travaillé dans cette direction en France. D’autres s’y sont penchés pourtant

Le propos n’est pas de dire qu’on réglera le problème des banlieues et des quartiers grâce au skate ou au BMX mais il est certain qu’on a ignoré le potentiel de ces sports « libres » susceptibles de créer du lien, qui ne nécessitent pas forcément de lourds investissements, contrairement aux « stades » dont l’accès est souvent très limités. On a ignoré que ces sports étaient en phase avec la ville et qu’il fallait exploiter ce parallèle culturel.

Le wall ride que réalise Bas Keep est une extraordinaire performance. Ce geste à résonance mondial se fait sur un simple mur proche d’une bretelle de raccordement. Et non pas dans un stade lointain, inaccessible. C’est du spectacle sportif de proximité dans lequel des jeunes preuves se projeter. Les 12 OClock Boyz étaient aussi des pilotes extrêmement doués. En politique on parle souvent de proximité…

Le skate est mis en profit en Afghanistan pour amener les petites filles au jeu et ensuite à l’éducation. Le skate a aussi servit de lien en Palestine. Le surf est aussi utilisé pour faire du social.

Pourquoi les sports urbains ne servent-ils pas à mettre en valeur la banlieue, alors que c’est leur cadre « naturel » et qu’on devine par ailleurs qu’ils pourraient séduire, de par leur culture différente, les habitants des fameux quartiers ? La question est posée.