Ce billet fait partie des « fondamentaux » de CodeZero en tant que think tank. Il a été initialement publié le 24 novembre dernier et aborde la différence culturelle entre les sports traditionnels et ce que nous nommons ici les sports alternatifs. A l’heure où la déconfiture de la FIFA montre à quel point le sport fédéral s’est plus d’une fois pris le pied dans le tapis, au moment où tous les regards sont portés vers le CIO que l’on sait miné par les même maux, cette vision critique de l’élitisme sportif prend tout son sens

Le 24 juillet 1908, Le Baron de Coubertin prononce un discours dans lequel il reprend, la maxime de l’évêque anglican de Pennsylvanie : « L’important dans ces Olympiades, c’est moins d’y gagner que d’y prendre part« . La phrase, sous une autre forme, « L’essentiel est de participer » est devenue une vérité répétée à l’envie, alors même que le sport traditionnel et son culte de l’excellence » (la question des dégâts collatéraux de cette vision pyramidale est posée) va bien en sens contraire en ne retenant au mieux que les trois premiers et en broyant allègrement les autres. 

La compétition a été érigée en modèle absolu de la pratique sportive, horizon et raison d’être du geste, mais des voix contraires commencent à se faire entendre. Celle de Stéphane Proia par exemple, auteur de « La face obscure de l’élitisme sportif » et de « Corps machine« .

Dans un autre registre, les sports alternatifs montrent depuis leur émergence qu’une « pratique » peut d’une part dépasser le simple cadre de l’exercice physique, notamment par sa dimension existentielle ou philosophique et d’autre part, et tourner le dos à la compétition justement pour les mêmes raisons. C’est un changement fondamental dans la façon d’appréhender le sport. 

C’est le propos de ce film de Keita Ikawa projeté au Byron Bay Surf Festival. La compétition et l’élitisme sportif sont des modèles qu’il est grand temps  de remettre en cause, tout au moins peut-on commencer par prendre nos distances.

En 2013, Albert Jacquard, chercheur et essayiste français bien connu, décédé très récemment, répondait aux question de Sud Ouest qui lui demandait  : « Quelle distinction faites-vous entre compétition et émulation ? »

« La compétition, c’est « je ». Je cours contre vous, vous courez plus vite que moi. Cela me désole. Comme je veux arriver premier, j’en prends tous les moyens, y compris la tricherie. C’est cela, la compétition. C’est vouloir l’emporter sur l’autre, ce que fait presque sans y penser la société d’aujourd’hui.

L’émulation, c’est je cours avec vous, vous arrivez plus vite que moi et loin d’en être désolé, j’en suis tout heureux car vous avez des leçons à me donner sur ma façon de courir. L’émulation, c’est être content d’être dépassé par l’autre dans l’espoir qu’il vous ouvre des possibilités nouvelles. C’est l’exact opposé de la compétition.

Tout le reste découle de cette distinction. Ce que je cherche, ce n’est pas d’être meilleur que l’autre, ce qui n’a aucun intérêt, mais d’être meilleur que moi-même, ce qui est merveilleux. »

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8 Responses to Une réponse à l’injonction contradictoire du Baron de Coubertin

  1. […] Le 24 juillet 1908, Le Baron de Coubertin prononce un discours dans lequel il reprend, la maxime de l’évêque anglican de Pennsylvanie : « L’important dans ces Olympiades, c’est moins d’y gagner que…  […]

  2. Da Mouelle dit :

    Quel dommage … le lien semble mort ! … selon vimeo ! Vidéo retirée ou n’ayant jamais existé … « Les mystères de l’internet », j’adore les commentaires de vimeo !
    ZUT … j’en salivais d’avance !

  3. Da Mouelle dit :

    OUPS ! En cliquant ici ça marche mais pas en passant directement sur le site de vimeo. OK pour moi … désolé. Commentaires sous peu.

  4. Da Mouelle dit :

    Excellent !
    Très belle image … discours peut-être un peu simple mais tellement criant de vérité. D’autant plus lorsque l’on sait par quoi il a pu passer (tsunami + centrale nucléaire).
    C’est beau … cela me parle d’autant plus que je suis dans cette optique de vie actuellement. Mon rapport à la compétition est quasi inexistant, et c’est justement impressionnant le nombre d’amis ou de personnes que cela perturbe de me voir accepter une défaite quelconque avec le sourire. L’important réside dans le plaisir et dans la prise de conscience d’avoir tout donné … ensuite, victoire, défaite … qu’importe pourvu qu’on ait eu l’ivresse.
    Dans mes souvenirs d’ado, une pub nike avec un joueur de tennis qui bananait des balles en servant avec personne en face : « La première victoire, c’est celle que l’on remporte sur soi-même » …
    Tout est dit … c’est à mon avis la seule qui peut compter.

  5. Code Zero dit :

    Content de te savoir en phase mais à vrai dire, je ne suis pas étonné. :=)

  6. […] Alvin Ailey, François Delsarte, Merce Cunningham plutôt que Pierre de Coubertin […]

  7. […] Ce billet fait partie des « fondamentaux » de CodeZero en tant que think tank. Il a […]  […]

  8. françois m dit :

    Belle leçon de vie

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