Sur canal code zero, on re-diffuse aussi les bonnes séquences. Billet initialement publié le 15 septembre 2014.

Les temps changent, les marins aussi….

Indio est un magnifique Wally de 100 pieds. Vous vous demandez peut-être ce qu’est un Wally ? C’est une marque – mais ce terme n’est pas usuel.  En voile, on dit un « chantier ». Sur le plan sémantique on pourrait – on devrait – se poser la question de la pertinence de ce choix puisque le Larousse nous dit : « endroit où sont entassés ou travaillés des matériaux de construction ». Tout bien considéré, c’est peu valorisant, voire même pire si on pense à la connotation BTP, mais culturellement c’est le mot. Wally n’est donc pas une marque, mais un « chantier « . En réalité, on devrait surtout dire une « griffe ». Wally, c’est davantage Maserati pour la coque et Yves Saint Laurent pour la ligne. On ne voit pas plus de Wally que de robes de haute-couture dans les petits ports de pêche bretons, qui d’ailleurs n’ont pas besoin de ça,  leur habitat naturel se situe davantage entre Saint-Tropez, Porto-Fino ou la Sardaigne. C’est ainsi.

1781901_620348328037366_699900276_nPassons maintenant à l’image du marin dans l’inconscient collectif. En France, LA figure tutélaire reste Tabarly. L’homme était exceptionnel à bien des égards. Les marins citent également Moitessier. Le premier était militaire, fort peu disert, visionnaire et tout entier voué à la course. Le second était un rêveur, un « clochard céleste », marin d’exception et homme de récits. Peut-être les nouvelles figures comme François Gabart changeront-elle l’image du marin, mais pour l’instant, l’homme de mer est une sorte de statue, une image d’épinal un peu datée, un brin rigide malgré tout, rien qui ne puisse vraiment décoiffer une bretonne. Je ne me hasarderai pas à disserter sur le skipper anglo-saxon mais l’image du « yachtman » est encore très prégnante. Bref, on attend la version 3.0 du marin. En attendant, et c’est la raison pour laquelle, je l’ai chroniqué cette vidéo est intéressante en ce sens où elle brise cette image lisse et formatée du marin dans sa veste de quart bardée de sponsors.

Shannon Falcone est un marin d’exception, un trentenaire, un coureur professionnel. Il n’a pas toujours cette coupe de cheveux. Ses parents naviguaient et nombreux sont ceux qui aimeraient avoir son palmarès. Je ne vais pas vous faire sa bio mais il a été membre du team Oracle en America Cup, coupe qu’il a gagné deux fois et il a également participé à la Volvo Ocean Race. L’iroquois tatoué à la barre du Wally Indio, c’est lui. Falcone est aussi un fan de stand up paddle (tout comme Spithill) , c’est aussi un kiteboarder. Il navigue même en foil mais ce n’est pas surprenant. Falcone est à l’image d’une nouvelle génération de « gens de mer » pour reprendre un thème qui m’obsède très légèrement. Shannon Falcone sur un Wally, ce n’est pas Johnny Rotten a la tête du philharmonique de Vienne, c’est juste l’expression d’une nouvelle modernité dans la voile, la preuve de l’émergence de marins « crossovers », et c’est beaucoup moins rare que vous ne pouvez le penser…

La morale de l’histoire ? : la barrière culturelle entre la voile et la glisse s’estompera à la faveur du changement de génération. C’est très bien pour ces deux mondes qui finalement s’ignoraient sans vouloir comprendre qu’ils aimaient la même chose mais d’une façon différente. Une fois, un skipper connu, kiteboarder également m’a tout de même confié : « on pratique aussi le kitesurf parce qu’en Figaro, on se fait quand même un peu chier… »

Les temps changent, les marins aussi.