Archives CZR. Billet initialement publié le 24 mars 2016. Tout est une question de perception. Il illustre également ce que nous aimons faire dans l’analyse d’un sujet, prendre du recul, mettre en perspective et si besoin interroger le passé pour mieux anticiper l’avenir

Claude François Denecourt, nait en 1788 en Haute-Saône. Combattant de l’Armée napoléonienne, il est promu sergent en 1814. À 44 ans, il découvre les beaux paysages de la forêt de Fontainebleau qui lui apportent beaucoup de réconfort. Il décide alors de consacrer tout son temps et une partie de ses économies à faire connaître ce lieu aux touristes. Autodidacte, ayant découvert les livres à vingt ans auprès d’un instituteur alors qu’il sait à peine lire et écrire, il publie ses premiers guides très rapidement

À partir de 1842, Denecourt ne se contente pas d’indiquer les promenades, mais il commence à tracer lui-même les chemins en forêt, avec l’autorisation tacite de l’administration des eaux et forêts, parfois avec l’aide des carriers et autres tailleurs de pavés : à sa mort, 150 km de sentiers sont ainsi tracés et balisés. Il fait également aménager des fontaines, des grottes et fait édifier une tour d’observation appelée « Fort l’empereur » lors de son inauguration en 1853 par Napoléon III (actuellement Tour Denecourt). Il baptise enfin les lieux les plus remarquables. En 1855, les plus grands écrivains (Lamartine, Hugo, Sand, Musset, Baudelaire…) lui rendent hommage à travers un recueil de textes. (texte en italique, source wikipédia)

Pourtant, en 1856, Denecourt publie un texte intitulé : « La guerre
déclarée à mes sentiers ». Ses opposants, il y en a de puissants, lui reprochent d’avoir montré, organisé, donné accès. On fustige les risques d’incendie causés par les cigares de promeneurs. On dit que ses sentiers ont gâché la forêt, l’administration songe à interdire. Déjà…

  • Ne généralisons pas mais force est de constater qu’aujourd’hui nombre de marcheurs sont persuadés d’incarner la seule et unique bonne manière de pratiquer la nature. Cette idée qui voudrait que la marche soit l’équilibre parfait entre tourisme et conservation est même largement répandue y compris au sein des collectivités locales où se décident souvent la manière dont les espaces naturels vont être gérés. Tout ce qui est nouveau et surtout susceptible de troubler le marcheur, est suspect. On voit qu’il n’en a pas toujours été ainsi et la forme d’intrusion la plus simple a elle aussi en son temps connu ses opposants. On a appris depuis qu’un volume important de marcheur génère un gros impact sur la nature.
  • Nous soutenons que nous sommes en train de passer progressivement d’un tourisme de contemplation, à un tourisme d’action. C’est une tendance. La marche aussi noble soit-elle, n’est plus le seul moyen de s’immerger dans la nature, mais elle est encore privilégiée par de nombreux conservateurs qui très souvent se réclament de l’écologie. Il n’est pas question d’autoriser ou de faire n’importe quoi dans les espaces naturels mais quand la France vient à interdire le VTT ici, où à limiter des sports comme le kitesurf là, on peut se demander quel jeu elle joue, et si elle a vraiment changé de logiciel depuis 1856…

L’interdiction d’accès ou la limitation draconienne n’a souvent aucun sens si elle concerne des pratiques dont la nuisance n’est pas avérée. C’est par exemple le cas dans les Calanques, l’érosion supposée des sentiers par les VTT est une fausse information.

Peut-on envisager que ce type de loisirs soient mieux gérés par les territoires. On peut imaginer des postes de bike patrols, des gens qui gèrent les zones où il faut aller, celles qu’il faut éviter. L’économie ne doit pas prendre le pas sur l’environnement mais l’inverse n’est pas souhaitable non plus.

L’accès à la liberté est un droit si il n’y a pas nuisance et les sports outdoor seront de plus en plus de relais de croissance verte pour l’ économie locale. CE sont aussi de gros vecteurs d’images, des sports en accord avec les valeurs modernes, écologie notamment. Or sans économie locale, pas de vie locale non plus. La France peut-elle moderniser sa façon de voir les loisirs où est-on encore en 1856 sous l’emprise des conservatismes, ceux qui voulaient déjà interdire il y a plus de deux siècles ?

Pour conclure, cette vidéo illustre parfaitement le rapport à la nature voulu aujourd’hui par les pratiquants de VTT. La marche est noble, le reste ne l’est pas moins. 

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