Le Hobie Cat Island a été annoncé par un média en ligne comme le voilier le plus vendu en 2015. Cette information est erronée. Ce petit trimaran polyvalent, polymorphe, d’une certaine manière écologique et équitable, ce petit « engin », léger, joueur, emblématique de la culture Hobie, se vend très bien, on vous rassure et voilà pourquoi il est intéressant. Re-diffusion d’un post de Code Zero initialement publié en décembre 2014.

Imaginer le voilier de demain. Le sujet agite les esprits surtout en cette période de crise et de mutation. On parle beaucoup de foils notamment, la dernière édition de la Coupe de l’America ayant eu un impact phénoménal sur les esprits. Il y avait bien eu l’Hydroptère, ou plus récemment, et à une tout autre échelle, les Moths, mais les régates à 40 noeuds entre Oracle et TNZ ont visiblement désinhiber les architectes et rendu moins audibles les tenants de la tradition. Dans le sillage de ce mouvement de fond, même le Tour de France à la voile a viré de bord,troquant le monocoque contre un petit trimaran rapide. Mais revenons au bateau en tant que tel. Le petit catamaran revient en odeur de sainteté et tout le monde parle de vitesse et de sensation. Le très beau mais très élitiste Flying Phantom est l’exemple le plus visible de cette nouvelle donne. Il est aussi fabuleux que son prix est dissuasif, mais il est dans une tendance à laquelle nous croyons, la voile à la session, la voile à la journée, la voile comme jouet qu’on pratique quand les conditions sont bonnes.

La performance n’est pas le seul axe de réflexion lorsqu’il s’agit de penser à l’avenir. D’autres équipes imaginent ce que pourrait être le voilier du futur, version « plaisance » et travaillent sur un axe environnemental. On imagine sans peine que la voile se doit d’être exemplaire à ce sujet, ce n’était pas le cas, il faut bien l’avouer, et toute la problématique du voilier dans son ensemble, de la fabrication au recyclage en passant par son utilisation doit évoluer. De là à en faire une obsession écologique, au point d’en oublier les attentes du futur « client », il y a tout de même un pas. L’exemple du bateau à moteur n’est pas à prendre à la légère : les premières initiatives techniques (pot catalytique, réduction de la consommation et des rejets) ont montré que les clients y étaient favorables mais pas forcément enclins à en assumer le surcoût. Le thème de la réduction de puissance n’est devenue un argument marketing qu’après que fut validé le fait que les clients, pris à la gorge par le budget carburant, se penchaient enfin sur la problématique de la consommation.

Nous pensons qu’imaginer le voilier de demain, c’est avant tout tenir compte des paramètres sociétaux et économiques. La voile est à la recherche d’une nouvelle génération de pratiquants mais qui seront-ils et quelles seront leurs envies et surtout leurs contraintes ?

  • La taille, la qualité et l’équipement des voiliers habitables a augmenté considérablement. Leur prix aussi. Ils sont aujourd’hui une minorité à disposer du budget nécessaire ne serait-ce qu’à un 35 pieds.
  • L’avenir professionnel de chacun est plus incertain.
  • Le crédit de la résidence principale pèse beaucoup plus longtemps sur le compte bancaire d’une famille.
  • Le retraité de demain – client traditionnel du secteur – n’aura plus les moyens de la génération précédente. Ce sont des paramètres identifiés qui feront que, même si beaucoup de jeunes se disent intéressés par la voile (cf l’étude de la F.I.N), le moment venu, le pas sera impossible pour grand nombre d’entre eux.

Mais le plus important n’est peut-être pas là…

On observe un véritable changement dans les comportements. Il n’est pas seulement à l’oeuvre dans les loisirs nautiques, même la ville de Chamonix a du admettre des évolutions majeures (générationnelles) dans la pratique de la montagne. Nous sommes rentrés dans l’ère du plaisir consommable rapidement, plus facilement, au prix de moins d’efforts ou d’engagement. La voile actuelle n’est pas bien armée pour y faire face. Naviguer en voilier a beau demeurer une expérience extraordinaire, l’ensemble des contraintes pour en jouir (cout d’entrée, complexité, mise en oeuvre, compétence, prix de l’entretien et cauchemar portuaire) qui y sont liées pèsent et pèseront de plus en plus lourd. Ce sont déjà les raisons fondamentales qui poussent les passionnés de mer à se diriger vers les nouvelles formes (l’aspect nouveau est à relativiser) de pratiques que sont la planche à voile, le kitesurf ou le SUP et la première erreur serait de penser que ça ne concerne que les jeunes puisque le phénomène touche déjà, massivement, des gens nés dans les années 70 et même dans les années 60. Les vieux d’aujourd’hui ne sont pas les vieux d’hier, le thème a déjà été abordé ici-même. Le schéma de séduction de la voile ne peut pas rester le même.

Dans ce contexte, imaginer le voilier du futur consiste à anticiper les pratiques. Les passionnés voudront sans doute un engin facile à utiliser, transportable et aisé à mettre en oeuvre, avec une vraie dimension familiale ou à minima conviviale, accessible en prix. C’est en ce sens qu’il faut considérer ce film. C’est un très bon observateur du milieu qui a attiré mon attention sur ce modèle depuis l’année dernière. Je ne l’avais regardé que d’un oeil, son inspiration « kayak » n’étant pas ma tasse de thé. Ceci étant dit, le marché du kayak étant ce qu’il est, ce lien de parenté est à voir comme un très gros atout. Regardez bien cette vidéo et la pratique qu’elle propose. Imaginez vous avec dans le golf du Morbihan ou entre Hyères et Porquerolles. Projetez-vous en famille. Sa modularité, son prix, son accessibilité en feront peut-être un engin qui séduira ceux qui seront venus à la mer grâce au stand up paddle. C’est un scénario n’est pas une certitude, il représente une possibilité parmi d’autres. Le kitetender en est un exemple, comparable finalement dans sa dimension « raisonnable ». Il n’est pas plus déplacé que celui qui consiste à penser que le Laser ou l’habitable continueront à attirer de la même façon que dans les années 70 une génération de plus alors que beaucoup d’indicateurs prouvent le contraire. Pour l’anecdote, ce trimaran pliable est un Hobie Cat. La société californienne a déjà vu dans le passé le futur de la voile avant tout le monde…

Comme nous voyons sortir du bois les adeptes de l’habitable, argumentons. Evidemment, ce type d’engin n’est pas appeler à le remplacer mais si le voilier habitable existera toujours, il sera sans doute amené en Europe à faire sa révolution car il est davantage en phase avec une rêve qui s’émousse, qu’avec la réalité du marché actuel. Le désir d’achat d’un voilier n’est plus ce qu’il était, l’affirmation qui hier était « tabou » fait aujourd’hui son chemin. Si on peut le regretter, on ne peut pas se refuser à le constater. L’enjeux devient industriel mais ça ce sera un autre chapitre.

Enfin, et pour terminer, le foil est une belle invention, nous en sommes persuadés, cette architecture va attirer une nouvelle génération, mais il est nous semble également un peu ambitieux de voir en lui la solution à tous les soucis actuels de la filière voile. Sauf à ne voir le problème que sous l’axe de la compétition et de la performance. Réducteur par les temps qui courent… Et tous ceux qui ont vécu de l’intérieur les évolutions et autres soubresauts techniques du windsurf vous diront que l’élitisme technologique qui conduit à une pratique jusqu’au boutiste se paye parfois très cher .