Mag_1_20140215_1648_Page001Xavier De Le Rue est dans l’Equipe Magazine de ce weed-end, l’interview est signée Stéfan l’Hermitte. Non content d’être un des freeriders les plus talentueux de sa génération, Xavier De Le Rue, était un des tous meilleurs performers en boardercross. Alors qu’il pouvait très raisonnablement espérer le succès, dans les éditions précédentes, le métal des J.O lui a échappé par deux fois. A 34 ans, une dernière chance s’offrait à lui avec Sotchi sauf qu’ une broutille règlementaire le prive d’une participation. D’où l’itv dans l’Equipe.

Premier impression, le titre «  Ma Carrière est plus vaste que les Jeux  » pique un peu. Dans l’absolu, je trouve que ça pourrait être mal interprété, traduire un peu de condescendance de la part de XDLR mais à la lecture on note vite que ce n’est pas le cas. En fait il déclare «  Bon, je ne serai jamais champion olympique, ça aurait été un méga bonus, mais ma carrière est plus vaste que les Jeux  ». C’est tout le problème du titre en presse. Il faut sortir une phrase choc mais elle donne très souvent une vision tronquée voir trompeuse du propos. Mais là n’est pas notre sujet.

Ce qui est intéressant dans cet entretien, est que le propos de DLR résume bien toute l’ambiguité du milieu de la glisse vis à vis des J.O. L’attirance est certaine, mais le rejet tout aussi avéré. Pourquoi  ? C’est tout simple. Les J.O sont la représentation la plus emblématique des sports traditionnels, du sport fédéral, des sports où le chrono et le classement sont les fondamentaux. Le plaisir est secondaire, il n’est associé qu’au résultat. A l’opposé, la glisse s’est construite sur des valeurs opposées. Non pas la recherche du podium comme seul but dans la vie tous les quatre ans, mais la quête de la sensation, le recherche du plaisir, à l’inverse de l’effort comme mètre étalon, du travail. La confrontation avec l’environnement et la nature par opposition aux limites d’un terrain. Si la compétition n’est pas absente du monde des sorts alternatifs, elle n’est pas  la justification de tout. Les sports de glisse peuvent «  exister  » en dehors des compétitions.

Il y a donc toujours eu défiance envers l’univers des J.O. Quand l’épreuve du half-pipe a été introduite aux Jeux olympiques, Terje Haakonsen snowboarder norvégien, longtemps considéré comme le numéro 1 mondial ainsi boycotte les qualifications. Il expliquera que cela ne correspond pas à la philosophie du surf des neiges. Un exemple parmi d’autres mais la fascination des J.O a parfaitement opéré sur Shaun White ou d’autres. Mais au sein des différentes communautés des sports de glisse, les avis sont très partagés, nombreux parmi les kiteboarders, étaient ceux qui se sont réjouis l’année passée, quand finalement, la planche à voile a été ré-intégrée dans le giron olympique, au détriment du kite. « Les J.O dénaturent souvent les disciplines qu’ils touchent » a t-on pu entendre.

C’est exactement ce que dit De Le Rue  : «  Pour moi, les jeux, ce n’est pas une finalité, ma carrière est basée sur le freeride  » Plus loin, il poursuit  : «  Je suis persuadé que le sport, tel qu’il est pratiqué de manière traditionnelle a ses limites au niveau du développement personnel…. c’est tellement pas riche de tourner en rond dans un stade  ». En parlant de développement personnel, ce que De Le Rue suggère va assez loin… J’aurais bien fait une accroche avec cette phrase.

Xavier De Le rue révèle beaucoup d’autres choses dans cette itv. Entre autre il évoque la place que prennent les sensations et l’environnement dans le sports de glisse. Je reviendrai sur ce sujet qui finalement un un thème central dans les sports de glisse et les sports outdoor.  Je viens de lire une vraie thèse sur le sujet, ayant trait à ce que nomment les deux chercheurs la «  mise en paysage  » dans les sports de nature.

Autre thème, son film Mission Antarctique dont j’ai parlé dans un post ici-même. Pour terminer, DLR aborde un point capital, qui résume peut-être toute la différence entre les sports traditionnels et les sports alternatifs  : «  La philosophie de ce sport, ce n’est pas forcément d’être le meilleur, c’est plutôt de faire rêver et de faire des trucs que personne n’a fait, de partager des rêves, de pousser le sport plus loin  ». E à jeux là, De Le Rue a des atouts. D’abord, son niveau d’engagement a peu d’équivalent et ses films  dépassent très largement  l’aspect sportif.

C’est exactement ce que l’on dit à longueur de temps ici sur codezero.fr, ce sont les «  nouvelles motivations sportives  », un changement total de point de vue sur le sport, qui devient davantage vecteur de réalisation personnelle. Pour le coup la phrase du baron de Coubertin prend tout son sens, l’essentiel est bien de participer…

A lire également : En quoi la glisse est différente du sport traditionnel #1 : Xavier De Le Rue en Antarctique