ishot-8

« En 1957, Henri Jeanneau, passionné d’aviation et de moto, découvre le motonautisme en voyant passer un bateau sous sa fenêtre. Aussitôt, dans la quincaillerie paternelle des Herbiers en Vendée, il construit une coque en bois avec laquelle il participe aux 6 heures de Paris, la plus grande course motonautique nationale de l’époque. Il vire une bouée en tête, ce premier résultat renforce son enthousiasme. et le bateau va devenir son métier.

Quelques années plus tard, en 1961 exactement, Henri Jeanneau participe à nouveau aux 6 heures de Paris avec le Mirage, le premier bateau 100% polyester. Ce nouveau matériau, issu de la pétrochimie, crée une percée technologique sans précédent. A partir d’un même moule, des centaines de coques peuvent être réalisées. Le tissu de verre est appliquée puis imprégné par de la résine étalée au rouleau. Il suffit d’attendre la polymérisation et on peut passer au suivant. C’est le début d’une grande histoire… »

Voilà pour le texte qui accompagnait ce bateau que le chantier vendéen exposait au salon nautique de Paris en 2010, mais dehors, un peu à l’écart de l’entrée du Hall 4, comme si finalement personne n’avait vraiment assumé cet objet extrait des années 60. C’est dommage pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce que dans de nombreux domaines, notamment la décoration d’intérieur, le style 60′s ou 70′s revisité revenait à la mode, le plastique orange par exemple. Plus sérieusement, on peut avancer certaines hypothèses en regardant ce Mirage. Il est petit, il est simple. On pourrait sans doute le considérer spartiate mais il avait sans doute l’avantage d’être peu cher. L’industrie automobile ne s’est aperçu que très récemment qu’elle vendait des véhicules que bon nombre de clients de pouvaient plus s’acheter sauf avec l’appui de crédits trop lourds à porter. Le succès y compris en France de la Logan initialement prévue pour les pays à faible pouvoir d’achat, en est un exemple. En France, le nautisme reste un luxe et la crise qui affecte le secteur depuis 2008 ne fait que renforcer ce constat.

Deuxième axe de réflexion : la France est un pays qui se rêve à la voile, mais la réalité est tout autre. C’est bien le motonautisme qui représente l’écrasante majorité du marché. La ligne de fracture est en train de s’estomper, même les plus grandes marques y font référence en conférence de presse, quand les théoriciens du marketing exposent leur stratégie, impensable il y a seulement quelques années, mais dans l’esprit subsiste encore cette sorte de loi non écrite :  un « vrai » marin est sous voile, celui qui va au large aux moteurs est une brebis égarée, un bipède qui n’a rien compris voire pire. Un mélange de romantisme, mais aussi de préjugés et d’idées courtes préside à cette idée. Un exemple : pour nombre de « marins », le bateau de wakeboard ou assimilé, c’est à dire le bateau que privilégient les américains, est une sorte de « mal » absolu. Un « objet » qu’il est bon de dédaigner dans les discussions de salons ou de pontons. On peut ne pas aimer mais c’est moderne, vivant, marrant, voyant, des « caractéristiques » qui en font un « produit » qui plait aux jeunes. D’ailleurs Bénéteau ne s’y est pas trompé il y a deux ans en sortant un version stylé « wake » de son nouveau Flyer. Version qui a connu un bon succès. Il y a peu d’offres pour un public jeune et encore pourrait-on débattre de ce qu’est un public « jeune » ou un public qui a encore des attentes qu’on peut considérer comme « modernes ». Il y a encore quelque années, un pêche promenade n’était jamais qu’une cabine de douche greffée sur un bidet (le design s’est considérablement amélioré depuis sous l’influence des chantiers nordiques). Une très large partie de la production est encore pensée et réalisée pour un public de retraités ou de familles. Il faut être consensuel. C’est compréhensible mais problématique à terme. En aparté, le changement de génération devra s’accompagner d’une évolution de l’offre.

De même, j’en reviens au début de cette article. Un bateau un peu fun, simple et… pas cher. Il serait le bienvenu, le pouvoir d’achat en Europe n’étant pas au mieux. Il y a bien le Boston Whaler Super Sport 170, mais sa qualité de construction le place hors de portée des bourses plates. Bayliner vient de faire aussi un pas intéressant avec l’Element. On repart du concept du « petit » bateau, simple, économique, pour « aller sur l’eau » juste quelques heures. Entre amis ou en famille peu importe.

Précision, le développement du bateau à moteur n’enlève rien à la beauté de la « voile » et n’empêche pas ceux qui en sont épris de vivre leur passion comme ils le souhaitent. Beaucoup de marins sont aujourd’hui à voile et à… moteur

Le Mirage en quelques chiffres.

Longueur : 4,15 m
Largeur : 1,45 m
Tirant d’eau : 0,68 m
Déplacement : 120 kg
Matériaux : polyester
Architecte : Jeanneau

email

2 Responses to Quand le chantier Jeanneau croyait au Mirage

  1. thierry dit :

    Merci Sylvain….

  2. Eric dit :

    La suffisance de certains gars sur leur voilier quand je passe à coté d’eux au port sur mon bateau à moteur open (Jeanneau aussi) est une vrai réalité. Le truc, c’est qu’il m’arrive de les doubler (eux ou d’autres) quelques heures après avec mon hobie 16. Je me marre en les regardant.
    Votre article est juste, il n’y a pas la Voile d’un coté et les pouilleux de l’autre, c’est bien plus complexe.
    Mais les bateaux de wake sont pas terribles 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *