Nicolas Hulot participait l’été dernier à un festival autour du kitesurf organisé à Rodrigues, petit île de l’océan indien. La vidéo vient de sortir.

Nous avions réalisé l’année passée une interview de Nicolas Hulot, à l’occasion du Snowkite Master à Serre Chevalier, dans laquelle il était question de kitesurf et de Snowkite. Il n’y a aucun lien entre les deux événements si ce n’est cette façon de parler du kitesurf. Belle et directe. Nous ajoutons donc à la vidéo, des mots complémentaires.

Nicolas Hulot ne manque jamais une occasion de dire sa passion pour le kite. Son extraordinaire vécu personnel pourrait l’amener à relativiser mais non, il est passionné de kitesurf, et c’est une chance pour nous, a les mots justes pour le dire. Son regard sur le kite est intéressant a plus d’un titre. En 2011, il déclarait à Paris Match : « Je parlerais presque d’addiction, mais une addiction douce et sans effets ­secondaires. Pour se détendre, il y en a qui font du ­jogging, d’autres de la musique ou de la peinture ; moi, je fais du kitesurf. C’est un moment de purification. Ça me lave la tête, au propre comme au figuré. Après une heure de pratique, j’ai les yeux qui pétillent, je me sens réinitialisé, capable de me remettre au travail comme si de rien n’était. Le kite participe à mon équilibre. Il me donne une énergie que je mets à profit pour l’ensemble de mes activités. J’ai 55 ans et je peux affirmer que, grâce à ce sport, je vis une seconde jeunesse. » Vous allez le voir, son enthousiasme n’a pas faibli. Il suffit de lui demander…

Comment expliquer que quelqu’un comme vous, qui a vécu des années aussi intenses, immergés dans ce que la nature a de plus beau, à pratiquer des activités assez fortes en termes de sensations, vous adhériez à ce point au kite ? Quelle est pour vous la magie du kite ?

Ca ne s’explique pas forcément, ça se constate. C’est vrai que j’ai la chance d’avoir eue une vraie diversité d’expérience avec les années Ushuaia mais je constate une chose, c’est que dès l’instant que vous êtes sur l’eau avec votre aile et votre planche, vous vous isolez de toute onde négative, instantanément. C’est excessivement déstressant et il y a une très grande intensité d’émotion. De plus, il n’y a pas le niveau de stress que l’on peut connaître lorsque l’on pratique le delta ou le parapente, où une erreur peut avoir de graves conséquences. En kite, une fois qu’on a intégré les erreurs à ne pas connaître près du bord ou sur la plage, à part se prendre une bonne claque ou se casser deux ou trois cotes, ce qui m’est déjà arrivé, le risque est limité, il n’y a que du plaisir, que du bonheur. Je trouve qu’il y a une combinaison d’émotions pures, entre ce que j’ai pu connaître dans des activités aéronautiques et les disciplines de glisse. Et ce sont des émotions qui durent. Quand on fait en snowboard, une grande descente de poudreuse fraîche, l’émotion est forte évidemment mais il faut aller chercher ce genre de condition, quelquefois en peaux de phoque, donc ça se mérite, il faut être là au bon moment, alors que le kite, c’est quasiment instantané et la session dure le temps qu’on souhaite. Il faut dire que j’ai la chance d’habiter au bord de l’eau. En une heure de temps, je peux faire le plein d’émotion et de décompression. J’aime aussi le coté épuré du kite. Une planche minuscule sous les pieds, des lignes invisibles devant le nez et vous avez l’impression qu’une main vous tire vers le ciel. La mis en oeuvre est facile, le montage est d’une simplicité biblique, tout ca participe à un sentiment de simplicité. En même temps, le matériel est simple mais très sophistiqué, il donne accès à une immense variété d’émotion. C’est un tout petit outil qui donne accès à une immense variété de plaisir. Qu’un petit bout de toile donne accès à temps de chose… Pour moi honnêtement, le kite, pour peu qu’on respecte quelques principes élémentaires de sécurité, ce n’est que du plaisir. Personnellement, je n’aime pas éprouver du principe par goût du risque, on peut s’y laisser prendre, ça m’est arrivé, mais c’est malsain, parce que ça signifie qu’on est heureux d’avoir échappé au pire. Ce n’est pas le but. Quand on fait du kite, c’est une heure de plaisir, quand on est dans les vagues, n’en déplaise à nos amis les surfers, on va pouvoir en profiter au maximum. C’est très ludique, très jouissif, très épanouissant. Chacun à son niveau peut se croire très bon, chacun peut mettre son échelle de réussite où il veut. On peut s’épanouir très facilement. On peut faire de la randonnée, aller juste naviguer 30 mn pour le plaisir, aller dans les vagues.. C’est un extraordinaire outil de liberté. En plus il n’y a pas d’autres moyens de propulsion que le vent.

Contrairement à pas mal de riders professionnels, les explications de votre passion sont plus « cérébrales » et certaines à la limite du symbolique quand vous parlez de l’aile, du ciel, du rapport à la nature. Votre récit est dans le registre de l’émotionnel, votre rapport à la mer plus direct. Est-ce que finalement, on ne devrait pas parler plus souvent du kite de cette façon ?
On peut rentrer dans le kite de différentes façons, avec l’esprit de compétition, avec l’ambition d’être le meilleur en figure par exemple mais c’est justement un outil de liberté parce que chacun peut l’utiliser à sa mesure. Personnellement, je ne suis pas très compétition sauf à se tirer une petit bourre entre potes , mais même quand je suis seul, je suis le plus heureux des hommes. Je dois vous avouer quelque chose. Contrairement aux apparences, je suis un grand angoissé ne serait-ce que parce qu’au travers de mon engagement écologique, je suis exposé d’une manière très forte mais une heure de kite me remet les compteurs à zéro et je tiens grâce à ça. Et je trouve que c’est la plus belle des addictions, elle n’a que des conséquences positives. Si il y a une semaine où je ne peux pas pratiquer le kite, je suis en manque. Je constate que ça ne me procure que du plaisir. Dans certaines activités la mise en œuvre n’est pas forcément facile, tandis qu’en kite, à condition effectivement d’être à proximité des plans d’eau, les conditions sont souvent là. Je trouve que c’est une belle combinaison entre la culture, c’est une belle invention humaine, dans sa plus grande simplicité, en même temps, elle nous relie aux éléments et à la nature, elle nous soustrait à la pesanteur, c’est magnifique. On a pas assez d’une vie pour explorer les possibilités du kite, surtout moi, j’ai commencé tard.

Est-ce que pour vous, ce n’est pas un moyen supplémentaire de se lier avec l’océan.
Oui, on expérimente une connaissance sensorielle de la mer. Le kite nous met en osmose avec l’océan, le vent, c’est une belle façon de se rapprocher avec la nature

L’image du kite dans le grand public selon vous ?
Ca évolue. Au début, il y avait ceux qui observaient et ceux qui pratiquaient. Les premiers ont eu sans doute le sentiment que c’était réservé à une élite douée, très sportive et très physique. Et on s’est aperçu que ce n’est pas si exclusif. Un jour je suis parti avec des potes à Rodrigues, il y avait des gens de tous horizons, de tout âge et condition physique et 80% d’entre eux se sont mis au kite et n’y ont plus renoncé. Beaucoup se rendent compte que c’est plus accessible qu’il n’y paraît, que chacun peut le pratiquer à sa mesure. Personne n’est obligé de déhooker dans les sauts… Je vois surtout le coté merveilleux. J’étais sur l’eau hier matin et les gens apprécient le spectacle des ailes sur l’eau. Parce que c’est beau. Les voiles sont belles, les figures sont belles, c’est un sport qui provoque de la sympathie. On le voit ici, ça fait école tous les jours. Le plus contagieux est quand les gens voient le plaisir quand on sort de l’eau et dont on ne se lasse pas. Je fais du kite depuis 8 ans et je prends toujours autant de plaisir. Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, si j’ai une heure de libre, je vais naviguer.

Vous avez aussi pratiquer le snowkite…
Je vais régulièrement à la Grave et je passe donc au Col du Lautaret, une bon spot d’école. Au delà, j’ai pu découvrir la combinaison entre la rando en peaux de phoque et le snowkite. Quel bonheur d’emmener une voile d’à peine 1 kg et qui s’établit en 30 seconde set qui vous permet d’augmenter votre horizon. Ca permet d’accéder à des endroits nouveaux, en s’affranchissant de toute remontée mécanique, c’est génial. Et je trouve ça idéal pour s’initier à condition d’être prudent parce que là, pour le coût l’aérologie en montagne a son importance et vous pouvez vous retrouvez en parapente sans le vouloir.

Le snowkite est-il une nouvelle façon d’aborder de la montagne ?
J’en suis convaincu, d’ailleurs il y a des tas de guides en haute montagne qui se forment à ça. Pour ceux qui veulent trouver le juste milieu entre la randonnée et quelque chose de plus ludique, s’ouvrir peut-être à des endroits auxquels ils n’auraient pas penser ou pour lesquels ils ont un nouveau moyen d’accès. Mais c’est sans doute quelque chose qu’il faut appréhender de manière organisée, éclairée, informée car aller dans ce genre d’endroits impose des précautions pour en pas déranger par exemple des nidifications. Pour moi, c’est une nouvelle pratique de la montagne.

Quels sont les derniers spots qui vous ont marqué ?
On a fait du snowkite en Islande avec Jérémie Eloy, c’était vraiment un grand plaisir parce que les distances semblent infinies et on avait l’impression de les avaler avec la voile. Il y a très peu de temps, j’ai navigué en mer d’émeraude au nord de Madagascar, un spot où on peut naviguer en 7 mètres une grande partie de l’année mais j’ai aussi découvert un très beau spot sur la Lac majeur en Italie. Le kite nous donne aussi la possibilité de naviguer sur des plans d’eau intérieur, c ‘est fabuleux.