La culture visuelle et pour toute dire l’exigence relative aux photos et aux films aussi bien dans leur signification que dans leur qualité, est sans doute LE point commun à tous les sports et autres pratiques alternatives dont on parle ici dans codezero. On ne retrouve pas ça dans la voile par exemple.

Si nous abordons le sujet aujourd’hui, c’est à la suite de la sortie du film Everest. Le film contient évidemment quelques séquences magnifiques mais on peut raisonnablement dire que le résultat n’est peut-être pas à la hauteur du budget et se demander si la 3D apporte réellement quelque chose. En ce sens, l’introduction du teaser d’Into The Minds (ci-dessus) nous semble plus percutante.

Il ne faut pas aller voir Everest si vous cherchez des réponses à la quête existentielle de ceux qui vont aux limites du monde tout en sachant très bien que leur vie s’y jouera à la roulette russe. Hollywood simplifie à l’extrême. On aurait pu s’attacher aux personnages mais ils manquent d’un soupçon de profondeur, il était légitime de penser que la montagne, le sujet finalement, ce massif mortellement beau qui fait décrocher les consciences avant de faire dévisser les corps, serait « magnifié » mais non. La montagne dans Everest n’est pas sublimée. Sur vimeo vous verrez mieux grâce à Sherpa Cinema ou Camp 4 Collective. Le film n’est pas une infâme bouse mais il manque de souffle et de relief, un comble pour un film d’aventure en montagne.

Bref, MERU, un documentaire, est sans doute plus proche de la vérité, on y voit aussi John Krakauer. Le vrai ce coup là. Comme le résume très bien le site internet Avoir-à lire : « Ce n’est pas qu’Everest n’a pas de conscience, la représentation de la mort et de l’incongruité de ce type de commerce de l’extrême sont bel et bien présents dans cette ascension spectaculaire sur le toit du monde, mais le point de vue est systématiquement émoussé pour ne pas détourner le spectateur du chemin de l’émotion facile ».

Bref, le film passe à coté de la montagne. Pour l’anecdote, on notera qu’hier le Nepal a éventualisé l’idée d’une sélection, ne laissant le droit de s’attaquer au monstre qu’au gens expérimenté. Un idée qui choquera peut-être chez nous où la non sélection est une religion, mais qui s’avère on ne peut plus réaliste. En montagne, l’égalité des chances est une fiction qui n’a pas lieu.