On pourra dire ce qu’on voudra sur cette séquence, on peut apprécier ou pas la démarche d’Alex Thomson, mais dans le monde qui est le nôtre, dans le monde de la course au large ou regardons les choses en face, si l’aventure est sublime, la performance insensée, les skippers sont des hommes sandwich et les bateaux des 4 x 3, dans cet univers où tout le monde sait bien qu’il faut valoriser le budget conséquent que lâche le sponsor pour payer le bateau et le team, bref, dans cette transaction commerciale ou la compétition et l’aventure servent à vendre du passage TV, Alex Thomson est à peu près le seul marin moderne.

Il se met en avant, met en scène ses sponsors, il a certes la chance d’avoir à vendre de l’élégance (Hugo Boss), de l’audace et de la performance (Benz) quand d’autres ont à vendre des valeurs beaucoup moins glamours (des assurances et des parpaings), mais il a compris depuis longtemps que ce qui fait le nerf de la viralité donc de l’audience n’est pas uniquement dans le vieux scénario usé du marin solitaire et silencieux qui part au large.

Les détracteurs diront que c’est un coup médiatique, et que Thomson doit toujours faire une belle performance dans le Vendée Globe mais dans une certaine mesure on s’en tape. C’est précisément ça. C’est un très bon coup médiatique et c’est autre chose que la course en elle-même, c’est une sorte d’happening, de conférence de presse mais en moins ennuyeux. Les images vont faire le tour du monde.

Nous disions l’autre jour, qu’aujourd’hui, le sport va bien plus loin que le résultat. Cette idée va bien à Alex. Il veut sans aucun doute gagner le Globe, mais son image peut aller au-delà du classement, il l’a parfaitement intégré.

A l’heure où il faut vendre de l’audience, c’est un fait avéré auquel aucun skipper n’échappe, c’est capital. Ceux qui veulent absolument se faire les défenseurs de l’authenticité peuvent toujours faire de la circum navigation sans tambour ni trompette, sans sponsor non plus. Mais quitte à rejouer Faust, autant ne pas se raconter d’histoire…. Parce que quand on parle budget, communication, modernité, récit, viralité, audience, retombées, il faut être dans le concret.

L’art du récit et la réalité sont compatibles.

NDLR : Si tout le monde s’extasie sur le coup (mais dans les coulisses de la course au large ça doit un peu jazzer, croyez nous sur parole) il ne faudrait surtout pas minimiser la véritable performance sportive d’Alex Thomson. Se faire trainer derrière un bateau pour monter à l’aide d’un kitesurf n’est pas nouveau et quelques uns s’y sont cassé les dents. A la montée, il ne faut pas faire d’erreur de barre sous peine de tomber et penser que la descente était une partie de plaisir serait une grave erreur. Un kitesurf n’est pas un parachute mais alors pas du tout. A quelques mois du VG, Thomson prenait de gros risques et a bien géré ce qui reste un gros challenge en kitesurf. Respect.