Archives Code Zero. Post initialement publié le 23 janvier 2014.

Alain Loret est un des rares, en tout cas le premier, à avoir vu et analysé la nature même des sports alternatifs et de la glisse en particulier. Si la culture du surf, une vraie contre-culture née sur la côte ouest des années, est apparue dans les années 50, elle s’est développée dans les années 60/70 pendant lesquels les mouvements sociétaux étaient forts. En France, le surf a fait son apparition à la fin des années 60 et les prémisses de la glisse en montagne datent bien du début des années 70. Ensuite, c’est bien le funboard, enfant terrible de la planche à voile qui met le feu aux poudres. C’est en 1980. Le vrai changement de mentalité commence là. J’ai choisi d’illustrer son propos par une très récente vidéo de VTT, très courte, mais qui illustre à merveille ce qui suit. Tout comme, cette image de windsurf prise à Hookipa.

Voici quelques extraits de : «  Nouvelles consommations sportives et nouvelles stratégies industrielles  » par Alain Loret, professeur à l’université de Rouen

«  Après le règne des «  gagneurs  » la pratique du sport se centre aujourd’hui sur des thèmes plus impressionnistes, plus cool, plus fun. L’éclate, le pied priment nettement sur la réussite agressive et la victoire brutale. La performance devient esthétique. Le style personnel, la figure libre, renouvellent les exploits réglementés, comparés et arbitrés d’hier. La recherche de la sensation ou d’impressions plus ou moins vertigineuses s’oppose au classement, à la hiérarchie, au record.

592612763_oDe ce point de vue, la chronique du sports des années «  fun  » propose une iconographie surprenante. Dans les magazines, les glisseurs s’affichent toujours dans des situations de vol, de décollage. …. ils valorisent nettement le délire à la raison. Leur légitimité est celle du vertige et de la griserie qu’il procure. Leur stabilité relève de la maîtrise d’un déséquilibre recherché….. C’est un peu comme si les maîtrises sportives d’antan étaient déportées des pistes balisées et eds couloirs règlementée vers des sites extrèmes que l’on transforme et que l’on transgresse. En réalité, la glisse se présente avant tout comme une revendication d’autonomie. Elle rejette les tablettes de records, les techniques répertoriées, les rapports arbitrés et les mesures précises. Elle revendique l’audace contre l’aptitude et l’impertinence contre la normalisation des comportements.

Nous savons aujourd’hui que l’émergence de ces nouveaux comportements de consommation de produits et services sportifs s’inscrit, très logiquement, dans le processus de changement social et culturel qui rythme l’évolution de la société depuis Mai 1968. La glisse représente donc, d’une certaine manière, la «  branche sportive  » du changement social.  »

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