L’année passée à la même époque, dans le sujet « Quel avenir pour une montagne sans neige ? », nous écrivions ceci : Il est évident que les activités « alternatives » comme le snowkite, le fatbike, le VTT de descente et autres tendances sympathiques dont on parle ici ne replaceront pas le «ski» tel qu’on le connait aujourd’hui. Pas plus que la voiture électrique n’est une solution crédible à la voiture standard. Pour l’instant. Mais il s’agit bien ici de discuter de l’avenir. Nous vous invitons à relire ce sujet et les liens proposés avec. Ceci étant dit, nous pouvons poursuivre la réflexion.

L’hiver 2016/2017 commence aussi mal que le précédent. Bien sûr, la neige finira par tomber, les maires des stations réfléchiront à de nouvelles solutions de mécanisations de nouveaux espaces auxquels les opposants s’opposeront, il y aura de nouveaux des grands débats sur les grands changements climatiques et les choses évolueront à la marge. L’industrie du ski pèse encore beaucoup en France, elle représente une ressource indispensable sur tout l’arc alpin, difficile de la voir disparaître. Voyons comment elle pourrait à minima évoluer.

Revenons si vous le voulez bien sur le succès du ski. Essayons de l’analyser froidement. Rien, absolument rien ne permettait de penser que le grand public accepterait un jour de se laisser aller sur des pentes verglacées, les pieds prisonniers de grosses chaussures lourdes, bloquant une des articulations nécessaire à l’humain pour son équilibre de base, la cheville, le tout solidarisant l’homme ou la femme avec des longues planches en bois très difficiles à manoeuvrer. L’ensemble étant suffisamment instable pour rendre obligatoire des « bâtons » pour au moins parer à l’équilibre le plus élémentaire. Sur le papier, l’existence même du ski, tel qu’on le connait aujourd’hui, peut-être considérée comme incongrue, son audience miraculeuse. C’est un succès qui malgré tout ne se dément pas depuis plus de 50 ans. A titre de comparaison, l’un des paramètres considéré comme un obstacle au développement du funboard, tout au moins son acceptation par le grand public était l’obligation de bloquer ses pieds dans les straps et d’être attaché au gréement via le harnais. Pour en revenir au ski, si cette vision des choses vous rend sceptiques, nous vous invitons à revenir aux années 70. Se casser une jambe était courant, c’était même, dans l’absolu, une situation de risque quasiment « acceptée ». Au ski, on pouvait se casser un tibia mais les parents envoyaient quand même le progéniture en classe de neige. Quel autre sport a résister à pareille situation ? Peut-être parce que le jeu en valait la chandelle. Plaisir de la «glisse», bonheur d’être en montagne, et engouement général dans le cadre de la société des loisirs.

Passons maintenant au vélo.Il est finalement assez difficile d’expliquer aujourd’hui en quoi consistent les tendances « alternatives » du vélo, tant en France, l’empreinte du « cyclisme » et de sa culture est forte. Pourtant, c’est simple, on peut faire du vélo comme on fait du ski ou du snowboard. C’est le même sorte de «plaisir ». L’idée n’est pas de pédaler, mais de descendre. Le nom initial était bien vélo de montagne… Les pratiques descendantes pourraient paraître inadaptées pour un public plus large, l’exemple du ski nous montre que les barrières pourraient être progressivement levées.

Aujourd’hui le VTT reste une pratique encore marginale en montagne mais vous noterez que la plupart des stations s’y sont mis progressivement. Y compris à l’étranger. La clientèle concernée reste encore de type «pionnier». Très souvent des adeptes d’autres sports engagés qui ont un passé en windsurf, en ski justement, en BMX ou en motocross, et évidemment le « volume » d’affaire généré n’a aucune comparaison avec celui fait l’hiver. Exception faite peut-être de Whistler au Canada qui dispose d’un très gros trafic. Comme quoi. Bref, à l’heure où les stations voient encore l’herbe en janvier, on peut raisonnablement se poser la question. Pour l’instant, les stations jouent la carte de la descente. DH en anglais pour downhill. C’est à dire que la plupart des pistes sont faites par et pour une clientèle plutôt spécialisées. La descente ressemble à du moto-cross sans moteur. C’est engagé, technique, assez dangereux.

Il y pourtant plusieurs types de pratiques descendantes, la vidéo qui illustre ce post montre déjà quelque chose de moins radical même si on reste dans un haut niveau de pilotage. L’enduro, une discipline nouvelle d’inspiration très française pourrait être également une voie de développement.

  • Le ski « mécanisé » s’est pratiqué jusqu’à présent sur des espaces très délimités (le fameux domaine skiable) et la pratique du VTT pourrait s’étendre bien au delà puisqu’en enduro notamment, le pédalage est possible (ce qui n’est pas le cas d’un véritable vélo de descente tributaire des remontées mécaniques).
  • Donc une activité moins dense en stations mais qui se diffuse sur d’autres territoires. Les stations étant invitée à considérer qu’adapter leur offre à une clientèle plus large ne serait pas un pêché. La Serpentine à Châtel est une merveille.
  • Dernier point et non des moindres, le VTT ne nécessite pas d’infrastructures énormes bien au contraire. A l’heure d’un aménagement responsable de la montagne, l’avantage mérite d’être considéré.

On portera à l’attention des sceptiques que ces nouvelles tendances du VTT sont en fait des réalités bien établies dont se servent des poids lourds de l’industrie pour leur promotion. Enfin, l’arrivée du VTT électrique offre des opportunités historiques

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9 Responses to Le VTT est-il l’avenir du ski ?

  1. Arnaud dit :

    En Bretagne, on se pose la même question avec le nautisme. C’est potentiellement dangereux, il faut du matériel compliqué, un équipement adapté, il est préférable de prendre des cours… Bref, c’est la même problématique que le ski finalement.
    Quel est selon vous le principal frein au développement des sports nautiques dans ce contexte ?
    Merci

  2. KIPIK Conseils dit :

    Code Zéro a laché le lièvre ou les chiens ??? !!! cette question est celle qui fâche notamment dans les Alpes( du nord) qui sont « monospécifiques SKI »… Alors 2-3 points pour réfléchir : 1 – WHISTLER est depuis 2 ans déjà avec un CA estival, supérieur au CA hivernal ( donnée à consolider) 2- A l’heure où même nos très hautes stations sont en souffrance, on peut skier dans de la belle poudre depuis la fin novembre à CAVNIC à 1300m dans les Carpates roumaines et semaine prochaine, il retombe 1m de neige là bas, donc l’adaptation est peut être celle du skieur à aller chercher la neige là où elle est, sans aller pour autant au bout du monde 🙂 . Cavnic c’est 1H30 d’avion ( CLUJ) + 2H30 de voiture et des petits hôtels à faire pâlir un clapiet de la Mongie…
    Alors le ski n’est pas mort par contre s’ouvrir ,adapter son offre est fondamental même en altitude et certaines stations le font bien ( Tignes, Val Thorens,…) et je pense à Avoriaz avec son espace balnéo aqualudique.
    Pour le VTT je suis mesuré sur son potentiel réel à remplacer le ski vu le nombre de stations et l’histoire du ski en France… Mais surtout on apprend à pédaler avec ses parents et la suite c’est l’expérience, alors que le lobby des moniteurs de Ski sclérose l’apprentissage de la glisse sur neige et l’impose à tous… Les enjeux de la neige sont énormes et l’économie des stations un système complexe peu enclin au changement ( vu les masses en jeu)… Le ciel nous écrira donc la suite 🙂

  3. Needle dit :

    Le DH c’est bien, mais ça fait plus mal que le ski ou le snow quand on se boîte !!! Alors vivement les prochaines chutes!

  4. thierry dit :

    Bonjour le crew Kipik. Evidemment, il est difficile de comparer VTT et ski si l’on se place sur le volume d’affaire bien que nous sommes preneurs de données sur Whistler…. mais à vrai dire la question est ailleurs. Si la neige disparait en partie, il fayudra bien s’adapter. C'(est sans doute la question qui fâche tant l’or blanc a pris de la place, mais on parle bien de la fin possible d’un filon. La clientèle peut elle migrer ailleurs, sans doute. Les français iront-ils skier en Roumanie, c’est à voir. De toute évidence, les stations devront évoluer et pas forcément uniquement vers la thalasso thérapie et en devenant des villes. Vous avez raison, les stations comme la France en général sont peu tournées vers le changement.

  5. Code Zero dit :

    Bonjour Arnaud. Nous l’utilisons parfois également mais force est de constater que le terme « nautisme » ne veut pas dire grand chose. En termes de pratiques, le longboard est une activité « simple », abordable, beaucoup de surfers n’ont jamais pris de cours. Pour la voile, effectivement, le problème est plus complexe. Cependant, on est loin d’atteindre le délire commerciale d’une station de sports d’hiver où le parcours entre le skieur et la piste est jonché de « guichets » en tout genre où il faut payer (location/parking/matériel/remontées etc…

  6. Jérôme dit :

    Bonjour Code Zero. Je découvre votre blog aujourd’hui même à travers un article qui traite d’un sujet et d’une discipline (le VTT) qui m’est chère.
    Je voulais réagir sur 2 points en commençant par la citation « C’est engagé, violent, dangereux et technique ».
    La DH nécessite de l’engagement, en effet. A chacun de mettre le curseur au bon niveau suivant son expérience de la pratique. L’avantage avec le VTT, comme avec le ski d’ailleurs, c’est que lorsque l’on ne sait pas s’étalonner par rapport à son propre niveau (quand on veut bien se remettre en question…), il y a des moniteurs et guides VTT qui sont là pour accompagner le pratiquant, gagner en assurance et progresser techniquement.
    Une bonne manière pour ne pas voir la DH comme violente, dangereuse et outrageusement technique.
    Second point, « C’est à dire que la plupart des pistes sont faites par et pour une clientèle de « pionniers » »
    Je prends le contre pied de cette affirmation en rappelant que de nombreuses stations rendent accessible la pratique VTT (pas que de la DH d’ailleurs) avec des pistes tout niveau allant du vert à la noire (voire au delà) sur la base de la classification usuelle du ski. Donc la démarche est enclenchée et bénéficie à tous pour démocratiser l’accès à la pratique (encadré ou libre).
    L’exemple que vous prenez pour l’enduro avec la vidéo liée à l’article n’est pour moi pas forcément pertinent pour parler de « quelque chose de plus accessible » !
    Steve Storey est un rider professionnel et la piste qu’il emprunte, un pratiquant débutant ne pourrait pas tenir plus d’une minute sur cette piste naturelle (quasi…) en opposition à une piste verte en station de montagne.
    Je dois être un « pionnier » parce que je suis capable de rider des doubles noires en montagne mais incapable de skier une piste verte voir le parcours enfant…
    Donc attention à la contextualisation et aux raccourcis rapides 🙂
    Pour finir sur ma réponse à la question référence en titre, oui sans aucun doute, pas en remplacement, je ne le crois pas et ce n’est pas souhaitable mais comme une alternative crédible et accessible en réponse au changement du climat et à l’essor de l’engouement pour les sports outdoor plus respectueux de la nature.
    Merci pour ces billets et pour l’existence de ce think tank, je vais vous suivre avec intérêt sans aucun doute 😉
    Bonne continuation

  7. Code Zero dit :

    Bonjour. Tout d’abord merci de votre commentaire. Nous avons effectivement précisé que le VTT pouvait difficilement remplacer le ski, en termes de CA, le titre est aussi une manière de jouer avec les mots. Alternative crédible (et partielle), c’est aussi notre opinion. Bien sûr pour Storey et la piste mais pour en revenir à la manière dont sont shapées les pistes ici et notamment outre atlantique, on observe que les pistes US ou canadienne sont souvent des boulevards avec des jumps qui sont majoritairement des « tables » quand en France, on affronte des tracés souvent beaucoup plus techniques (racines, dévers, etc..) jumps avec juste rampe + réception et trou (dangereux et très sélectifs) au milieu. On veut bien votre avis sur ces différentes philosophie de pistes. C’est ce que nous voulions soulever comme débat.

  8. KIPIK Conseils dit :

    Bonjour Jérome,

    Je rejoins Code Zéro pour noter qu’en France, beaucoup de pionniers du DH ce sont fait « plaisir » en développant des pistes techniques « pour eux » en stations tous Massifs confondus , et c’est un mal français qui dépasse largement le VTT.
    Mais le marché les a rattrapé depuis quelques années et il est vrai qu’aujourd’hui on peut plus facilement débuter le VTT de descente et en faire ( commercialement) plus d’une heure sans avoir les bras détruits ou rencontré un arbre. Tout avance très vite 🙂

  9. Jérôme dit :

    Bonjour Code Zéro et Kipik, merci pour vos commentaires, je réponds groupé 😉
    Je suis en phase avec vous sur les premières pistes de VTT construite en massif et bike park pour dire qu’elles étaient plutôt exclusives et qu’il y a encore quelques années, il fallait chercher les pistes bleues et surtout vertes ! Tout avance vite c’est vrai et justement avec la prise de conscience de l’apport économique que peut représenter l’élargissement de la clientèle pratiquante VTT.
    L’essor de la professionnalisation des bike patrol et leurs apports dans l’aménagement des pistes et la sécurisation est une bonne chose, c’est à signaler.
    Concernant la différence des typologies de pistes, ayant eu la chance de pouvoir rouler aux US plusieurs fois, je peux exprimer le même avis sur la différence de technicité des tracés. D’ailleurs, c’était très instructif de pouvoir analyser les types de vélos utilisés (j’étais notamment à Santa Cruz) et c’était en grande majorité (en 2010) un adoption massive du 29pouces, particulièrement adapté à l’époque sur des traces avec beaucoup de flow, de relevés doux et peu de terrains cassants. Mais quand je discutais avec les locaux, leurs rêves étaient de pouvoir venir en France, rider des traces comme la Mégavalanche qu’ils voyaient comme une course mythique. On a pas à rougir de pouvoir proposer en France, des terrains techniques qui donnent une aura non négligeable. Il ne faut juste, à mon avis, pas négliger « la masse » de pratiquants, moins experte et qui représente il faut le rappeler, la majorité.
    Cette technicité d’ailleurs, pour revenir au 29 pouces, a permis aussi aux marques de se remettre en cause et de travailler par exemple de vrai géométrie adaptée (en 2010, plutôt réservé en XC et pas adapté en all mountain/enduro, notamment en raison de bases trop longues et pas adapté au marché français) pour amener le 29 dans les catégories de l’enduro (et plus bientôt…) et gagner encore des vélos toujours plus sécurisants et polyvalents. La guerre sur le bien fondé des formats c’est un autre débat 😉

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