L’anecdote prête à sourire. Au départ du marathon de Paris, un inconnu décide qu’il est temps pour lui d’aller chercher le quart d’heure de gloire promis à chacun par Andy Wharol, et il prend la tête de la course.

On pourrait philosopher sur ses motivations, il expliquera plus tard le sens qu’il donne à ce geste, il est parfaitement dans son droit. Alexis Valtat est hyper entrainé, ce marathon n’est pas son premier loin s’en faut, il vaut 2h39 sur la distance et si ce temps ne lui permet pas de revendiquer la gloire à l’arrivée, rien ne l’empêche d’oublier Jean de la Fontaine et de lâcher les watts dans le premier kilomètre. Il s’offre l’ivresse de la tête de la course, si Valtat était un pilote de F1, on parlerait de son panache.

mireortfrw7C’est sans compter FR3. On sait parfaitement que leur lecture du sport date des années 1970, ce n’est pas la première fois que la chaines public nous régale d’un dérapage dont le service des sports a le secret, les deux solistes vont se surpasser et leurs mots sont très durs. Sans équivoque. Il n’est pas à sa place, il pollue le début de course, il est déconnecté avec son corps, c’est un plaisantin, il y a des images à ne pas faire, il manque de respect, il fait de l’ombre aux kenyans.

Chacun jugera des termes à la lueur de sa culture sportive mais on notera que c’est cette semaine que sort le film Free to run, et le parallèle avec ce documentaire sur l’obscurantisme sportif est sans pitié. Les deux commentateurs sont les dépositaires d’une vision fossilisée du sport, ils sont comme ceux qui hier pensaient que les premiers runners étaient des farfelus, quand le bon sens commandait de faire de la « gymnastique », ils pensent encore comme ceux qui interdisait aux femmes de courir sous prétexte que ce n’était pas beau (…), pas normal.

Le plus navrant, c’est qu’une chaine de service public qui s’adresse au plus grand nombre tienne des discours si décalé de la réalité. On veut bien comprendre que sa ligne éditoriale ne soit pas avant gardiste, qu’elle soit avant tout le reflet du sport fédéral et grand public, il est difficile d’admettre qu’elle soit à ce point orthodoxe, aveugle, passéiste. Car au delà de l’exemple de ce coureur qui a voulu s’exposer, nous avions déjà souligner à quel point FR2/FR3 avait une vision du sport qui nécessitait une mise à jour. D’autant, et c’est là que le bât blesse, que la « couverture » du cyclisme ou de l’athlétisme abondamment suivi par FR2 et FR3 ces dernières décades a montré que l’univers sportif dont finalement la chaine se réclame, avait engendré des scandales qui a priori leur ont longtemps échappé.

Ne prenons qu’un exemple : Alexis Valtat a fait de l’ombre au Kenyan ? Il suffit de taper dopage + Kenya dans Google pour se faire une meilleure idée du problème et être plus prudent dans son discours.

Il y a peu, nous suggérions qu’il fallait redéfinir ce qu’est le sport. La marathon est une discipline sportive tout à fait traditionnelle, mais qui concerne une pratique sportive, la course à pied, en pleine mutation. Le succès des grands marathons est du au fait que tout un chacun peut venir courir et se mesurer au plus grand, que tout un chacun fera sa course contre lui-même avant tout. La société a changé, la culture et les motivations sportives ont changé, et il est très dommageable que de tels discours perdurent aujourd’hui sur un média qui touche tant de monde.

Ce n’est pas un drame, ce n’est pas non plus une anecdote. Le sport moderne va bien plus loin que le résultat, c’est en substance ce que nous dit Ronnie Goodman mais aussi l’exemple de Bob Hayes.  Le problème pour les chaines de TV, sera d’incarner à terme toute la diversité sportive. La modernité ne consiste pas à faire des grandes conférences de presse pour dire qu’on se déploie sur le net, la modernité, ce n’est pas les tuyaux, c’est le contenu. Danier Hastier, directrice des programme en 2014, disait à l’époque : « Globalement, on ne peut pas s’adresser qu’aux retraités ». 

Effectivement.

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4 Responses to Le service public incapable de moderniser sa vision du sport

  1. Le sport sur France 3 (et France 2) Les Inconnus en avaient déjà fait des sketches inoubliables. Moi je me fiche un peu du marathon, mais je sais que je casse une TV par an au moment de Roland Garros (non, hélas, je n’ai pas de parabole).

    En passant : on ne se blesse pas avec un bas. Jamais. Ou alors peut-être si on le serre très fort autour du cou… C’est avec un bât qu’on risque plus sûrement d’être blessé ;o)))

  2. l’inconnu réalise 2H39 sur marathon, ça calme un peu !! car cette perf pour pour un amateur est top niveau. Il bouleverse les codes sur 600m et il se marre….On peut faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux.

  3. Pourquoi ne pourrait on pas se faire plaisir sur 600m? il a respecte toutes les regles, il est parti de derriere et il les depasse! rien d anormal s il court plus vite!

  4. Autre définition entendue sur France Inter lors d’une rétrospective sur la course à pied : « Quelle est la différence entre le jogging né dans les années 80 et le running d’aujourd’hui ? » Réponse : « Le jogging c’est une type qui court … et le running c’est un type qui court et qui en parle … » 😀

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