Depuis son apparition,  avec de ce coté ci de l’Atlantique la saga de l’Hydroptère puis aux USA l’édition de la Coupe de l’America qui a fait basculé la voile dans le 21 ème siècle, le foil a toujours été synonyme de vitesse élevée, condition siné qua non pour qu’il entre en action.  C’est donc précisément parce qu’elle nous dit le contraire que vidéo de Kaï Lenny au large des côtes hawaïennes ouvre des perspectives totalement nouvelles.

Alors, évidemment, penser que le downwind en foil sera à la portée de tous, c’est une peu imaginer que l’hypothèse de Riemann puisse être résolue par Nabila, puisque Kaï Lenny est un surdoué de la glisse, quelqu’un capable de faire ce qui est parfois inimaginable pour les autres, qu’il est assez léger et qu’il bénéficie ici de la houle hawaienne, ce qui est un privilège rare. Ceci étant dit, on devine malgré tout qu’une partie des pratiquants sauront profiter des progrès techniques (sur le plan de l’accessibilité notamment) que ne manqueront pas de faire les fabricants.

C’est bien à un changement total de paradigme auquel on assiste. Même si le foil concerne pour l’instant un infime partie des pratiquants, il change totalement l’approche de la mer et la façon dont on l’envisagera et la pratiquera dans les années à venir. Le kitefoil permet de naviguer dans un filet d’air, certains windsurfers redécouvrent de nouvelles sensations eux aussi grâce aux foils, le monde de la voile ne pense plus qu’à ça. Ce plan porteur sous-marin qui tire un trait d’union entre la glisse et la voile va peut-être tout changer.

Que Kaï Lenny et Naish inscrivent son utilisation dans les basses vitesses et avec un SUP, une pratique qui suscite un engouement partout dans le monde est un signal supplémentaire. En décorrélant le foil et la vitesse, il peut en élargir l’audience, la pratique. Qui sait…

  • Cette vidéo est en train de faire le tour du monde. La personnalité de Kaï Lenny, ses sponsors, les moyens de productions dont il dispose, le fait que ce soit à Hawaii, tout ça n’est pas étranger à l’affaire. Cependant, l’un des premiers riders à avoir fait du SUP sur foil est Bruno André, un français, watermen lui aussi, qui a travaillé de longues années sur le foil. Cet exemple amène deux réflexions. La première est qu’en glisse, comme en voile, les français sont à la pointe de l’innovation. Tout spécialement en foil. La deuxième est qu’il nous manque souvent des moyens et cette capacité d’adhésion dont les pionniers peuvent peut-être plus bénéficier outre atlantique.
  • La glisse produit de l’innovation, c’est une certitude, elle le prouve encore avec cet exemple, et souvent avec des budgets de développement infiniment moindre que dans d’autres secteurs
  • L’océan, c’est l’immuable par excellence. Tout comme la montagne. C’est un espace qui nous dépasse où la technologie pour ne pas dire la modernité, peut nous aider à prendre notre place aussi éphémère soit-elle.  Parfois, cette confrontation entre l’immuable et la modernité prend un sens particulier et peut nous amener à ajouter à l’aspect sportif une dimension intellectuelle, spirituelle ou philosophique, c’est notre sentiment. La mer est aussi faite pour ça. C’est ce qu’elle a de commun avec la montagne. Elévation physique, émotionnelle et parfois même, spirituelle
  • Pour ceux que ça intéresse, le foil est signé Aguera. Alex Aguera, un nom qui rappellera des souvenirs aux windsurfers.