Archives codezero. Billet initialement publié le 9 avril 2014.

Il nous a toujours semblé qu’on avait comme dénier la faculté de « penser » à ceux qui étaient passionnés de glisse. Ce «  on  » est d’ailleurs assez révélateur et il nous oblige à préciser que nous ne suis pas par ailleurs des adeptes de la théorie du complot. Prenons l’exemple de la planche à voile dans les années 80. Son statut de loisir de plage ne le désignait pas d’emblée comme sujet philosophique. Du coup, des années « funboard » qui ont suivi,  les médias ont surtout retenu l’action et les couleurs fluorescentes du zinc. Il faudra attendre le bouquin Génération Glisse pour qu’un homme extérieur au milieu explique qu’on venait sans doute d’assister à un changement culturel majeur dans le sport. Hélas, rares sont ceux qui l’ont entendu…

Les principaux concernés, les windsurfers eux-mêmes puis les médias spécialisés  n’ont pas cherché non plus à donner d’eux-mêmes une autre image que celle de très bons performers qui le soir savaient aussi se mettre la tête à l’envers.  Aujourd’hui encore, ce que les sports de glisse mettent en avant, c’est l’instantanéité, l’exploit physique ou mental, le risque, la figure, le tricks. Ou la fameuse décharge d’adrénaline qui nous ferait passer pour des primates shootés, pris en otage par je ne sais quelle glande. Sale destin finalement. Pourtant, le surf était au départ issu de la contre-culture et des magazines comme Surfer ou plus tard Surfer’s Journal ont pioché dans la richesse du sport, matière à faire un peu de vraie « culture ». Tout n’est pas noir ou blanc, je le concède.

Nous avons toujours chercher à montrer qu’il y avait aussi une dimension «  intellectuelle  » pour ne pas dire philosophique, dans les sports comme le surf, le windsurf ou le reste des disciplines dont on parle ici. Quelque chose qui tient au développement personnel, au rapport profond à la nature. Nous allons à l’eau pour aller chercher des « sensations », une épaisseur existentielle, ou un nouvel usage du monde. Chacun pourra d’ailleurs mettre dans ce terme, ce qu’il lui convient.

Le film intitulé « Create Within » (en bas du texte) est en fait le making of du film « Whitin » dont l’extrait est au début. Il explique le parcours de l’auteur, les raisons qui l’ont amené à faire ce film, il met à jour sa démarche. Within, extraordinaire déclaration d’amour aux vagues, filmée en SloMo, vous plongera au cœur des vagues, Create Within, plus initimiste est tout aussi intéressant à mes yeux, voire plus.

Ce qui est dit dans ce film nous ramène aussi à la notion de «  maritimité  » que nous avons abordé plusieurs fois, pose aussi la question une nouvelle fois de notre rapport avec la mer qui évolue. Moitessier a fait rêver des générations de passionnés de voile, parce que son parcours était celui d’un rebelle et d’un romantique. Moitessier a dédié sa vie à la mer et a su trouver les mots pour le dire, comme Walter Bonatti pour la montagne, nous sommes de ceux qui pensent que la passion pour la mer se traduit aujourd’hui différemment et c’est justement ce que nous dit ce film.