ob_a97dbb_loick-peyronNous nous intéressons à tous les aspects du sport…

Archives Codezero. Billet initialement publié le 11 novembre 2014. Partagé 144 fois sur Linkedin, réseau qu’on peut considéré comme qualifié. La thématique l’explique aussi. 

Le grand large, la tempête, la nuit, la peur, les rafales à 50 noeuds souvent plus, les creux comme des immeubles donc le danger permanent de casser, de chavirer, mais aussi la vitesse, les choix tactiques et techniques, la stratégie, sans oublier les efforts répétés et violents. Le bateau, immense, surpuissant, fabuleux, mais d’une certaine manière terrifiant parce qu’inhumain. Le stress à haut débit, le doute forcément mais l’obligation d’être à fond, performant puisque c’est une course et que les autres – affamés parce qu’ils n’ont pas le même palmarès – ne lâcheront rien. C’est ce que vient d’affronter Loïck Peyron pendant presque 8 jours. Seul.

En 2011, Le même remporte le trophée Jules Vernes. En bouclant la circum navigation en 45 j 13 h et des poussières, Peyron et les 13 hommes d’équipage dont il est « manager » battent, à bord de Banque-Populaire V, le temps de référence, et entrent dans la légende. L’exploit vaut un Everest. Mentalement et physiquement, on ne peut même pas imaginer ce qu’il faut endurer, encore moins le niveau de performance.

Revenons au Rhum. Peyron raconte dans le Figaro «Les 48 premières heures ont été déterminantes. Ça a secoué comme jamais avec ce bateau-là. Je n’ai pas lâché, pas molli. Chaque minute comptait pour ne pas que ça parte «en sucette». Il fallait attaquer dans une mer extrêmement formée avec des manœuvres, des grains, des prises de ris, de la dépense physique et du stress permanent. » Il ajoute : « ça reste totalement déraisonnable de naviguer sur des engins pareils. ». Il pourrait sans problème « dramatiser » la réalité mais il a le tact des grands. Il n’en rajoute pas bien au contraire, laisse les faits parler pour lui.

Loïck Peyron vient de gagner la Route du Rhum. Après six tentatives (1982, 1986, 1990, 1994, 1998, 2002) et trois abandons (1990, 1994 et 2002). On appréciera au passage la tenacité, le détermination et la passion.

Peyron a 54 ans et nombre d’autres skippers talentueux évoluent dans la même tranche d’âge. Il a déclaré « Je venais la faire juste pour le plaisir » puis a pris la peine de préciser « Ça faisait douze que je n’avais pas fait de multicoque en solitaire. ». C’est là que le sujet devient cocace et qu’un parallèle avec le monde du travail actuel, s’impose. Dans le monde réel, qui n’est pas celui de la voile mais qui est censé être moins exigeant ou alors d’une manière différente, un recruteur ou un chasseur de tête n’aurait pas traduit ça par du dilettantisme déplacé et n’aurait pas eu à penser à un manque impardonnable d’expérience récente. Il n’aurait tout simplement pas reçu Loïck Peyron, en raison de son âge considéré comme bien trop « avancé », y compris pour un poste moins exposé. Sa condition physique, que Loïck lui-même minimisait, aurait été jugée insuffisante, son expérience inadaptée, sa soif de réussir émoussée. Quand on sait que de nombreuses entreprises se servent de la voile pour exhorter certaines « valeurs », la motivation, la stratégie, la remise en question, la perte de confiance, le gestion des opportunités ou des moments critiques, l’esprit d’équipe ou la « démocratie à bord » dans le cas des équipages, la faculté d’adaptation, l’humilité et la confiance en soi, la pugnacité, on se demande effectivement comment les DRH (comme le souligne très bien Jacques Sayagh dans Ouest France) vont faire pour expliquer que leur exemple type est un mec qu’ils considèreraient bon pour la casse s’ils l’avaient entre les pattes. On voudrait croire que l’exemple de Loïc et des autres puisse servir mais rien n’est moins sûr. 

En voile comme dans la vie pourtant, et à fortiori en 2014, le mot « vieux » ne veut pas dire grand chose. Ca ne devrait pas être un paramètre qui balaye la trajectoire, les acquis et la valeur d’un homme et d’une femme, qui ont de plus, des choses à transmettre. La preuve. 

De ce point de vue, c’est un retour aux affaires intéressant » concluait Peyron récemment. Et élégant avec ça…