C’est le clip du Tour de France à la voile. Autant dire que dans le monde feutré de la régate, c’est une révolution. Enfin, gardons quand même les pieds sur terre, il faut se rappeler que lorsque Oracle a décidé de faire passer la Cup en catamarans ultra modernes, on ne comptait plus les chevaux cabrés sur les pontons. Il a fallu la finale Oracle/TNZ a plus de 40 noeuds pour que la pilule passe.

Le Tour de France à la voile a fait sa révolution l’année dernière en fait. Rachetée par A.S.O, l’épreuve avait subi un gros lifting avec l’arrivée d’un trimaran rapide et moderne et de très intéressantes dispositions comme l’imposition d’un vrai dress code pour les équipes et les bateaux et un parc coureur avec les bateaux à terre pendant les épreuves. Jusqu’à présent, la voile s’était peu préoccupée de son style ni de la façon dont les « spectateurs » pouvaient la voir. De près ou de loin personne ne s’en souciait à part peut-être les anglais du tour Xtrem 40 qui avaient commencé à prendre le public en considération. Un comble….

Dans ce clip dont les premières minutes font penser à une vidéo d’Under Armour (c’est un beau compliment), il est évidemment question de modernité, d’engagement, on y voit des casques, un ambiance limite combat de boxe, des gilets, on a bien compris le message, ça va saigner. Le clip est vraiment beau même s’il tire des ficelles déjà vues cent fois. Sur l’eau, là aussi, on change de registre, ce n’est plus la régate à papa, ça file, ça gicle, ça se retourne.

Franchement, c’est réussi, les plus sportifs, les plus jeunes et tous les partisans du changement dont nous faisons évidemment partie vont adhérer. Ceci étant dit, ce virage violent pose tout de même un certain nombre de questions :

  • Pendant très longtemps, mis à part le cercle très fermé de la course au large française, les marins ont poliment, mais fermement ignorer la vitesse et se gargarisaient de leur conformisme. Elle se démocratise enfin mais le changement d’image risque d’en dérouter plus d’un.
  • Un tel changement dans le vélo, le parallèle est judicieux, c’est le même principe et le même propriétaire, reviendrait à faire passer le tour de France en VTT et à  faire faire du slopestyle au peloton. Sincèrement, ça passerait mal au niveau du public.
  • La voile a mis un temps infini à faire sa révolution et son public reste encore très conservateur. Pour beaucoup de voileux, tout ce qui est multicoques ou bateaux à foils appartient à une autre planète. Doit-on rappeler que c’est un marché de séniors au vrai sens du terme. Ce n’est pas une raison certes, mais l’électrochoc est sévère.
  • Enfin, et c’est peut-être le plus préoccupant, la voile est en train de se donner une image globale, surtout en France, très tournée vers la compétition. Dans les milieux autorisés, on ne parle plus que de foils comme si c’était « la » solution, le saint graal. Nous avons déjà soulevé ce point, les mécanismes du sponsoring et des médias font que c’est cette part de la voile que est le plus visible à la TV.

Qu’en conclure ?

  • Que la voile entame enfin un mécanisme de modernisation qu’elle aurait pu faire il y a vingt ans compte-tenu de l’évolution globale des autres sports.
  • Que ce changement radical qui nous fait penser à une crise d’adolescence tardive est salutaire mais qu’il va falloir se soucier de ce qu’il va produire.
  • La compétition va devenir plus passionnante mais l’image globale de la voile va être modifiée en profondeur. Sa perception par le grand public notamment. « Il faut un gilet, un casque et c’est dangereux ?  » ne plaira pas à tout le monde. Par contre, ça va ramener un public plus sportif à condition qu’on lui montre aussi que tout ne se déroulera pas entre trois bouées.
  • Attention, ce n’est pas la régate qui a fait le succès du Hobie Cat mais une vision toute californienne du plaisir.

Une anecdote pour prendre un peu de recul. A une époque, les courses de slalom en planche à voile étaient de plus en plus rapides et engagées. Les coureurs devenaient des gros gabarits et en plus, ils portaient de gros gilets de poids pour pouvoir supporter de plus grandes surfaces de toiles. On a vu à l’époque q’en termes de perception par un public déjà nettement plus porté vers l’engagement et la performance que ça n’avait pas que des avantages.

Entendons nous bien. Ce qui se passe en voile est salutaire. Mais comme dans tout tout virage à 180°, les conséquences seront nombreuses. Autant s’en préoccuper de suite.

email
Tagged with →  

6 Responses to La voile, cette vieille dame qui fait enfin sa crise d’adolescence

  1. Erwan dit :

    Bon, beaucoup de choses intéressantes, mais j’ai trop de points de désaccord avec votre article.
    « La voile fait enfin sa révolution » dites vous. Mais ce genre de format existe depuis pas mal de temps. Rappelez-vous les trophées des champions d’Yvan Griboval. On était dans le même genre de course avec les mêmes notions de stade nautique, catamaran à échelle, format de course raccourcie.
    De tous temps des personnes ont tenté de rendre accessible au grand publique le jeu de la régate. Afin de rendre ce sport plus populaire, les communicants n’hésite pas à tirer sur les grosses ficelles du sport spectacle, mais imaginons un été de pétole……. Les Diams 24 ne chavireraient plus, les courses retrouveraient la lenteur soporifique des régates de monocoques et les communicants seraient obligés d’utiliser la même banque image pour le teaser du tour 2017.
    Si la coupe a réussi le paris de rendre ce sport spectaculaire, c’est grâce à des moyens technique extraordinaire qui coûtaient une fortune. Mais le modèle économique était-il viable ? Sans la fortune de Larry Elison, était-i possible de mettre cela en oeuvre ? Pas certains. Remarque, le sport est souvent synonyme de modèle économique foireux qui ne tiennent que grâce à l’argent de milliardaires passionnés.
    Vous évoquez quelque chose de très juste avec le plaisir, et la voile ne doit pas oublier sa base, celle qui prend plaisir à naviguer sur des supports bien moins casse gueule, celle qui préfère flâner le long d’une côte en dériveur plutôt que les régates entre trois bouées, celle qui aime le fun que procure un bord de travers en catamaran, celle là même qui est entrain de s’étioler doucement.
    La FFV perd des licenciés chaque année il me semble. Je crois qu’il y a beaucoup de chose à faire de ce côté. Commet ramener les gens dans les écoles de voiles ?
    Comment initier plus de monde au plaisir de la voile ? Comment rendre plus accessible la voile ?
    Pas si facile que ça de répondre.

  2. Code Zero dit :

    Bonjour Erwan et merci. Vos propos sont les bienvenus, le blog est même fait pour ça. Tout à fait d’accord avec le trophée des champions mais globalement, la plupart des régates ont lieu en monocoque. Le catamaran et l’idée du stade nautique n’étaient pas la norme. La preuve, le Figaro et le TdF pour ne citer qu’eux. Quand je dis la voile fait sa révolution, je veux également parler du phénomène foil, pas seulement du TdF et encore une fois, je précise que l’idée est de dire, ok, ca change mais tardivement mais brutalement. Tout le monde semble découvrir la vitesse… J’ai parlé du plaisir également, là c’est une autre histoire, une histoire du culture.

  3. Pano dit :

    Historiquement le TFV était une course d’amateur où les pros sont venus peu à peu. Ils l’ont progressivement influencé puis tué en le rendant non économique (trop cher/technique pour les amateurs un peu avec le mumm beaucoup avec le M34 et puis crise du sponsoring lié à la crise financière pour les pros). Maintenant c’est devenu une épreuve de voile inshore pour pros où quelques amateurs viennent. Donc c’est bien si on considère la voile comme un business façon football pro qui génère du CA via le sponsoring mais pour les amateurs et les étudiants qui ont perdu une épreuve de bon niveau ce n’est pas bien. Avec les amateurs qui désertent les régates (il est loin le temps des SOF avec 500 bateaux), la FFV est elle en train de scier la branche sur laquelle elle est assise? Les deux pratiques peuvent coexister, mais AMHA il faudrait une alternative au TFV pour les amateurs (pourquoi pas une grande course de 2-3 semaines par étapes en J80) pour faire vivre la base aussi.

  4. Hocquet dit :

    En terme de rajeunissement, après l’acceptation difficile de la planche à voile, qui a largement contribué à rajeunir l’image des clubs de voile. La FFV tente une OPA sur le Kite, pour rajeunir son image. Car aujourd’hui les ados veulent des sports dans le vent (?) et plus des supports à l’image repassée même les catas…
    C’est la même démarche avec l’Olympisme qui n’en a plus que le nom, avec l’hypothétique entrée du Kite (sous un format très très éloigné de la pratique loisir).
    Kite, bateaux sur Foil, la voile est-elle prête à encaisser les besoins sous-jacents des nouveaux pratiquants liés à ces supports avec une recherche de plaisir/sensations/expériences éloignée de régates autour de bouées…
    Bref la voile a des moyens (clubs de voile subventionnés) mais est-elle prête à entrer dans le 21ème siècle de « consommateurs testeur hédonistes »…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *