Rediffusion. Billet paru initialement publié le 28 mars 2014.

« Je me souviens d’un pote, installé au Cap Vert, il y a une vingtaine d’années. A l’époque lointaine où Ponta Preta était une vague inconnue. L’île de Sal accueillait alors les voyageurs, bien avant que touristes débarquent en nombre. C’est sa passion pour le windsurf qui l’avait guidé dans ce coin isolé de la planète. Ancien joueur de tennis, il avait pris un jour conscience qu’il ne voulait pas « passer sa vie derrière des grillages ». Cette façon de dire les choses, cette image assez forte, m’avait frappé. Elle fonctionne, il faut l’avouer, même si les fans de tennis n’aimeront peut-être pas… »

Chaque sport est lié à un univers, à un espace donné. La compétition fait partie des paramètres, elle en est même l’objectif. La pratique impose des règle, et des gens pour les faire respecter. Ces sports ont commencé par être des jeux, on peut le comprendre, il fallait les cadrer,  il n’est pas question ici de les remettre en cause. La proposition initiale du surf, qui finalement est à la « racine » de la glisse, était aussi un jeu. Un jeu avec les vagues que Mark Twain a très bien décrit. Mais un jeu qui peut se passer de règles et dont la compétition n’est pas la finalité. La finalité, c’est la sensation, le geste et la plénitude que l’on peut en retirer. Aujourd’hui, on prend encore plus conscience que le rapport à la nature est aussi la clé, peut-être la plus importante, de la richesse de ces pratiques. La glisse est une invitation à vivre d’une certaine manière, une « proposition » diraient les philosophes. Les riders sont les nouveaux nomades.

Ce film, à la fois beau, onirique, imparfait et touchant, résume à notre sens et bien davantage que beaucoup d’autres vidéos d’action, ce que le surf, le kitesurf ou les sports similaires ont à offrir ; Le voyage et la prise de conscience du monde qui en découle. Vos yeux sur d’autres horizons, vos pas sous de nouvelles latitudes, la « connection » avec l’océan , son mouvement et ses rythmes, l’énergie, renouvelable à l’infini, d’une vague sous vos pieds, le partage d’une belle lumière un matin avec vos potes au line up, une forme d’intimité avec le vent que vous captez avec votre aile de kite, le mouvement, votre mouvement. Ce film possède un élément rare qui, on l’a compris, ne tient ni à la maîtrise technique, ni à la qualité de la caméra, il contient un peu de liberté.

L’espace proposé n’est pas un terrain, il n’y a pas de lignes blanches pour matérialiser des limites, pas d’hommes en short équipés d’un sifflet pour pour vous dire ce que vous avez à faire. Vous n’êtes pas là pour marquer des points, votre expérience n’est pas de soustraire quelque chose à quelqu’un, vous n’avez aucune porte à enfoncer, aucun territoire à envahir pour vous réaliser. Il n’y a pas d’heure dans l’absolu, même si la rencontre  avec les éléments implique d’être préparé, d’être humble, enfin de comprendre son rythme et sa force. Mais c’est de l’épaisseur existentielle que vous allez trouver, pas juste une décharge d’adrénaline comme on tend à réduire l’exercice.

Les sports de glisse vous proposent un « usage du monde », ils vous incitent à être « sur la route », ils vous invitent à embrasser la planète sur la bouche, à exploiter votre liberté, à vous mesurer à vous-même. Il s vous offrent une ligne de fuite, une alternative. Et le soir une bière avec ceux avec qui vous avez « chevauché ».

« Et ceux qui errent de sont pas tous perdus », la phrase se glisse dans ces images et donne à ce film toute son épaisseur.

PS : c’est en Irlande, c’est beau et la musique multiplie le potentiel émotionnel du film, mettez du gros son…

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