Le salon nautique de Paris ouvrira ses portes le 6 décembre prochain. A cette occasion, coderezo revient sur un des phénomènes dont les professionnels discuteront sans doute, le succès du stand up paddle. Billet initialement publié le 17 juillet 2014.

Sur cette vidéo, le recul du point de vue change tout. La perspective du drone transforme cette scène de stand up paddle. On peut honnêtement se demander si l’on ne voit pas là une partie de l’avenir du nautisme. Ni plus ni  moins. Voici pourquoi.

Dans les billets sur les nouveaux gens de mer et sur la culture maritime post moderne, nous revenions sur le thème de l’évolution du rapport à la mer et évoquions les travaux sur la maritimité. Le billet « le surf trip va t-il remplacer la croisière participait du même principe » : observer, s’attaquer aux idées reçues, se poser des questions pour le plaisir de la réflexion et de l’analyse, faire un peu de prospective en exploitant les signes du marché. En résumé, pister les nouvelles tendances…

La place de la voile en France est pleine évolution pour ne pas dire en fin de cycle. L’époque Tabarly/Moitessier, aussi belle soit-elle touche à sa fin. Trois anecdotes si vous le permettez. Une petit ville de la côte bretonne recense récemment l’âge moyen des propriétaires de bateaux au mouillage sur sa commune. Le résultat de cette brêve enquête non officielle et partielle est sans appel : 73 ans. Au salon nautique de La Ciotat en avril dernier, nous croisons  un professionnel averti, qui nous raconte qu’il y a quelques années, le gros équipementier pour lequel il travaillait avait fait une étude de clientèle : âge moyen 67 ans. Ce sont deux anecdotes auxquelles il ne  faut pas donner plus d’importance que cela mais d’une manière générale, le renouvellement est l’un des problèmes « clé » du « nautisme ».

Considérons maintenant très rapidement le problème sous l’angle économique. L’achat d’un voilier est aujourd’hui hors d’atteinte de la plupart des budgets. Ne parlons pas du coût d’entretien et de la complexité du problème des ports.  A l’heure où l’Europe et en particulier la France peinent à trouver un nouveau souffle, on peut imaginer que les français se tourneront vers des pratiques en accord avec leur budget. Un exemple : chiffres clé du nautisme 2012/2013 justement : voiliers habitables entre 9 et 12 mètres. Unités livrées : 150

BicSUP20111Culturellement aussi, une page se tourne. Dans ce contexte, le stand up paddle amène avec lui beaucoup de questions. Sa simplicité, le fait que sa pratique puisse s’envisager sous plusieurs angles (balade, fitness/yoga comme aux USA, vague, downwind, raid, aventure, plan d’eau intérieur, race) peut laisser penser qu’il prendra de plus en plus d’importance dans le paysage français. Pour l’heure sa place médiatique est croissante mais le marché ne s’emballe pas tant que ça. Prudence donc. On peut se poser la question sur le long terme. Bien évidemment, on ne peut faire aucun parallèle direct entre le SUP, la voile ou même le bateau à moteur, si ce n’est que ce sont des « moyens »  d’aller sur l’eau mais si on veut bien se donner la peine de pousser l’analyse, le SUP a justement beaucoup d’atouts. Son prix d’achat en fait l’embarcation la plus accessible, sa simplicité d’utilisation joue également en sa faveur, son taux d’utilisation (rapport prix/nombre de sorties) sera fort, ne parlons pas de l’atout du gonflable (la glisse transportable), l’impact carbone de sa fabrication et de son utilisation est très faible, c’est un élément qui prendra à long terme de plus en plus d’importance.

Alors évidemment, il serait absurde de penser que le SUP va remplacer la voile. Le propos est juste de dire que la « glisse  » dans son ensemble, surf, kitesurf, planche à voile même car elle reste très pratiquée et enfin stand up paddle, concerne de plus en plus de pratiquants, et que toutes ces disciplines ont en commun de proposer un accès à la mer plus conforme au désirs actuels (moins de volonté pour s’investir dans une passion exigeante et difficile), aux besoins de sensations, surtout le stand up paddle, très peu coûteux, dans l’air du temps. Et sa pratique assez paisible dans l’ensemble en fait l’engin grand public par excellence. Une sorte de vélo des mers…

Vous avez le droit de penser que l’utilisation d’un SUP est limitée, qu’elle peut-être dangereuse, qu’elle ne concerne pas tout le monde. C’est exact mais c’est vrai aussi pour la voile…

Le but de ce billet n’est pas de dire que le SUP est « mieux » que la voile qui serait elle-même plus crédible que le bateau à moteur, et moins « has been » que la planche à voile, quant à elle plus rassurante que le kitesurf. Le but de cet édito est juste de réfléchir à la manière dont les gens iront sur l’eau dans l’avenir, comment ils arbitreront leur choix en fonction des tendances, de leurs désirs, de leurs contraintes et surtout de leur budget

C’est ce que suggère cette vidéo, c’est que si l’essentiel est d’aller sur l’eau… il faut reconsidérer les choses et ouvrir les yeux.  Chez codezero.fr, on adore réfléchir à l’avenir…

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