Retour de la thématique outdoor sur codezero avec un texte initialement publié le 16 juin dernier, et légèrement remixé.

Difficile de ne pas avoir du respect et de l’admiration pour Kilian Jornet. Alpiniste-coureur, peut-on lire au hasard du web pour définir cet oiseau rare qui écrit une histoire qui ne ressemble à aucune autre.

On peut se demander ce qui est si attirant, si séduisant, si nouveau finalement dans la trajectoire de cet homme qui court, de cet extra-terrestre qui empile les records. Il y a de la sidération d’abord, devant les chiffres, on est tous formaté par ce genre de comparaison mais justement, ce que fait Kilian, produire du chiffre, de la performance, du record n’est pas à proprement parlé dans le code génétique de codezero qui s’intéresse au plaisir, aux sensations, qui tourne le dos aux sports normés, aux fédérations, aux valeurs traditionnelles du sports.

Alors pourquoi ?

Sans doute parce que d’abord Kilian court en montagne ou à minima en pleine nature. Ca a du sens mais ce n’est pas tout. Kilian court plus vite, plus longtemps et évidemment, si c’est ce que l’on retient avant tout de lui, sa supériorité, il a cependant invité une autre dimension dans sa foulée.

Le plaisir, le jeux, la noblesse du geste. Du marathon, on ne retient finalement que l’effort, que l’interminable effort. Que le dépassement de soi dans la douleur. Des valeurs judéo-chrétiennes profondément ancrées dans le sport d’hier et d’aujourd’hui et dont on peut espérer s’en affranchir. Kilian Jornet associe la course au plaisir, aux sensations, à la joie, à la quête de la beauté. Kilian Jornet semble inventer une autre raison de courir. Les images qu’ils nous envoient en donnent en tout cas cette sensation.

Gosse, on aime souvent courir, c’est un geste naturel, libérateur. Tous les enfants courent. Entre deux maisons, sur une portion de rue, dans la cours de récréation. La plupart ne seront ni sprinter, ni coureur de fond. Quelle image leur renverra le sport  « institutionnel » ? Dans quelle case vous mettait votre prof de gym’…? Dans aucune à vrai dire ? Le système sportif renvoie la plupart des enfants au système de classement. Tout concoure toujours à ne retenir que ceux qui seront devant ou sur le « podium » faisant de la phrase de Coubertin, une très mauvaise farce.

Le plaisir d’un enfant n’a donc que peu de place dans ce schéma là. Dommage, car môme, la fascination de la « piste », du tartant, des couloirs, la beauté du geste en athlétisme est réelle, mais si peu prise en compte. Plus tard, on a inventé le jogging. Pur produit du sport « normé » même si le progrès a été considérable, chacun se voyant la « liberté » de choisir sa distance et de ne pas subir la norme olympique. Mais le jogging se devait d’avoir une « utilité ». Il fallait courir longtemps, plus vite, progresser, c’est humain. Souffrir, on pourrait cependant penser que ça l’est moins.

C’est la plaie finalement. Beaucoup passent à autre chose. Courir est un geste pur, naturel, accélérer est une sensation primale, il n’y a pas forcément « besoin » de s’inventer beaucoup de contraintes autour de ça, ou ne pas confondre contraintes et objectifs.

Kilian Jornet réinvente le geste de courir. En lui donnant de la perspective, du champ, un arrière-plan, un sens et en lui rendant un même temps son « inutilité », sa beauté. D’où cette notion de liberté qui revient sans arrêt dans sa thématique personnelle… Ca reste très paradoxal à mes yeux compte-tenu de la hauteur où il met la barre. Mais c’est ce qui ressort de cet extrait.

Il m’arrive aujourd’hui d’aller en plein nature, courir, puis marcher, puis re-courir. Courir dans la pente comme un animal. Libre. Au rythme de mes sensations. Sans doute parce que Jornet a « produit » un exemple qui me va bien et ce pouvoir là est très rare. Et je parierai bien que je ne suis pas le seul. Et vous, qu’en pensez-vous ?

Alors finalement, Kilian Jornet, vrai conquérant de l’inutile au sens noble du terme ?