« Bête noire, peur bleue » titre Le Monde, ce samedi 17 octobre. L’affrontement entre les bleus et les blacks est toujours un événement. Dan Carter ouvreur des All Blacks offre une très belle analyse du rugby français si ce n’est de la société hexagonale tout entière :  » les Français peuvent être mauvais une semaine, exceptionnels la suivante. DE plus, ils seront très déçus par la façon dont ils ont joué contre l’Irlande, c’est un mauvais signe pour nous ».

Si le match sera un affrontement technique, il est aussi un choc des esprits, des égos, des psychés. Si de nombreuses thèses ont démontré, décortiqué les parallèles entre le sport et la guerre, le rugby, jeu où il faut gagner du terrain, envahir, écraser l’adversaire, en est à lui tout seul un symbole. Par ailleurs, il y a le Haka : Haka nous dit wikipédia est un nom générique pour toutes les danses māori. Étymologiquement, le mot haka signifie « faire ». Et ce type de danse se pratiquait dans toute l’Océanie polynésienne. Il n’était pas rare de trouver dans les paroles des haka des mots crus, et des insultes à destination de l’ennemi. Hier rituel, le Haka est devenu un outil pour générer de la peur, déstabiliser l’ennemi juste avant la rencontre. On voit bien encore aujourd’hui que son impact n’est pas à négliger. CE faisant, le Haka est une persistance du rituel. Le Haka n’est pas moderne, cette manifestation gestuelle pourrait même être prêté à sourire au 21 éme siècle, vu entre deux tunnels de publicité. Mais sa puissance demeure. Le ressort médiatique du match, même si les bleus ne la ressentent pas eux-même, c’est l’affrontement de la peur que symbolise les Blacks. C’est pour ça que tout le monde regarde. Vont-il se faire écraser par les guerriers maori est la question que tout le monde se pose. C’est à la limite du primal.

Ce que permet le sport en tant que rite, c’est l’expression, l’actualisation et l’extériorisation d’une violence posée comme nécessaire : plutôt qu’une négation synonyme de refoulement, il 
en fait le pivot essentiel de la socialité. Là, l’agressivité est maîtrisée, sublimée et combinée avec les codes de l’adresse.

De la même manière, nous pensons que la symbolique sportive se structure aussi d’une autre façon sur cet Autre absolu qu’est la mort. L’horizon du rituel, dans sa répétitivité même, nie le temps pour accentuer le présent, ce « non-temps » de l’instant vécu. « Facteur de négociation face à la déréliction humaine » (Maffesoli M., 1998 : 111), le rite se présente comme catharsis en annulant le temps et l’angoisse dont il est porteur. Extraits de  : Du rite au vertige : l’épaisseur sensible de la réalité sportive. Damien Féménias. Corps et culture. Numéro 4 (1999) Corps, Sport et Rites

La Red Bull Rampage a eu lieu hier dans le désert américain. On peut se demander pourquoi cette compétition de VTT freeride absolument confidentielle à ses débuts, fait un carton médiatique aujourd’hui (toute proportion gardé mais 26 millions de vues pour la back flip de Mac Garry en 2013). Le format court de ces runs en équilibre sur une crête, et l’aspect absolument impressionnant de son contenu convient parfaitement aux réseaux sociaux. Mais l’important n’est pas là.

Lors de la Rampage, les pilotes, parce que le niveau de technicité requis pour faire partie de cette élite en fait bien des pilotes de haut niveau, affrontent avant tout leur peur , ils dépassent la peur. Ils se lancent au sens propre comme au sens figuré dans le vide et c’est pour cette raison que cette épreuve dépasse largement le strict cadre des initiés.

Participer à la Rampage c’est affronter le vide et sa peur ancestrale. C’est là où le VTT rejoint le rugby et le rituel.

Le gol est une sorte de tour en bois utilisée en territoire saa au sud de l’île de Pentecôte au Vanuatu. Chaque année lors de la saison des ignames, certains jeunes hommes s’élancent du haut de la tour, une simple liane attachée aux chevilles. Une fois le saut effectué, ils entrent ainsi dans l’âge adulte. La longueur de la liane est à peine plus courte que la hauteur de la tour, en sorte que le plongeur frôle le sol. Généralement, le sauteur plonge légèrement en avant, et suivant comment celui-ci s’y prend, peut toucher directement le sol ou seulement après le rebond et le rapprochement vers la tour1. Lorsque la liane se rompt, l’accident peut être mortel. La Rampage n’est pas si éloignée du saut du Gol, c’est le courage qu’elle met en scène et c’est ec qui en fait une épreuve différente. On remarquera que le saut de Baumgartner m^le cet imaginaire à celui de l’espace. 

La Rampage est un rituel moderne, tout comme le rugby dans une autre mesure. La machine médiatique s’en saisi ensuite.